54,8% au Liban, c’est une défaite électorale

Avec 53,06% des suffrages exprimés contre 46,94% pour Ségolène Royal, Sarkozy s’est vu tresser les lauriers d’une victoire éclatante. Aves 52,92% des suffrages exprimés contre 45,66% pour John McCain, Barack Obama a remporté ce qui a été décrit comme un triomphe.

Au Liban, récemment, le bloc dit du 8 mars, qui regroupe principalement le Hezbollah, Amal de Nabih Berri et le Tayyar de Michel Aoun (mais également quelques autres groupements de moindre importance, comme ceux du maronite et pro-syrien Sleimane Frangié, le druze Talal Arslane et son Parti démocratique libanais et enfin le Tashnaq arménien) a recueilli 54,8% des suffrages exprimés. Et malgré ça, le bloc dit du 14 mars, autour de Saad Hariri (Moustaqbal), Samir Ja’ja (Forces libanaises), Amine Gemayel (Kataeb/Phalanges), Walid Jumblatt (PSP) et quelques autres, a pu remporter 71 des 128 sièges en jeu, le bloc du 8 mars en remportant seulement 57. Soit dit en passant, et vous ne risquez pas de le lire de sitôt dans la presse occidentale, c’est le bloc pro-occidental qui recule lors de ces élections, perdant un siège et le bloc du 8 mars en gagnant un (voir l’excellente présentation sur les résultats des élections libanaises faite par Richard Chambers de l’IFES), comme le souligne également Philippe Edmond.

Un tel résultat ferait passer les élections présidentielles étatsuniennes de 2000 pour un modèle d’exemplarité démocratique, mais il est parfaitement conforme à la logique du système électoral et institutionnel libanais, gangréné par le sectarisme, avec une démocratie de façade se résumant à des élections qui ne se jouent guère sur les programmes mais sur les identités confessionnelles, claniques et régionales (pour un pays aussi petit que le Liban ça peut étonner, mais les clivages régionaux sont très présents et viennent s’ajouter aux clivages sociaux et confessionnels – ces derniers étant gravés dans le marbre de la loi et de la coutume constitutionnelle).

Parmi les commentaires, on aura lu que le bloc du 8 mars, dont le Hezbollah, aurait perdu car Michel Aoun aurait été désavoué par l’électorat maronite/chrétien – le Hezbollah aurait été plombé par Aoun. Le désaveu est effectivement cinglant: le Tayyar de Michel Aoun a remporté dix sièges, ce qui en fait le premier parti chrétien (même s’il ne se décrit pas officiellement comme tel), devant les Forces libanaises du soudard Samir Ja’ja, en deuxième position avec cinq sièges. Si on se rapporte aux sièges par confession (pour une explication plus fouillée sur la répartition des sièges par confession, voir plus bas), on notera que le bloc du 8 mars autour d’Amal, du Hezbollah et du Tayyar a remporté 19 sièges maronites contre 16 au bloc du 14 mars autour de Hariri, Ja’ja, Gemayel et Jumblatt (même si ce dernier semble désormais avoir un pied en dehors du 14 mars), soit un gain de trois sièges pour le 8 mars comparé au résultat des élections de 2005. Parmi les sièges des autres confessions chrétiennes, la répartition est resté stable au sein des arméniens, alors que le bloc du 14 mars a gagné trois sièges parmi les autres confessions chrétiennes (grecs orthodoxes, grecs catholiques, évangéliques et divers) aux dépens de celui du 8 mars. L’étude des chiffres est claire: c’est au sein des électeurs dits musulmans que le bloc du 8 mars a perdu des sièges (un siège en moins par rapport à 2005), ce qui traduit la tension sectaire sunnite-chiite… Encore une chose que vous ne lirez pas dans la presse (même si Deen Sharp du blog Lebanese Elections 2009 a tenté de démystifier quelque peu le résultat ces élections)!

Résumons donc: la Constitution libanaise confessionnalise les postes de députés et induit une sur-représentation du nombre des parlementaires chrétiens par rapport aux parlementaires musulmans; la loi électorale de 2008 répond à la revendication chrétienne que les députés d’une confession soient le plus possible désignés par les seuls électeurs de leur propre confession; l’inscription sur les listes électorales ne reflète pas la réalité démographique du pays, notamment à Beyrouth, dans un sens défavorisant tout particulièrement les chiites – et malgré ça, l’alliance du 8 mars Hezbollah/Amal/Tayyar aouniste remporte une majorité de suffrages et une minorité de sièges. Vous comprendrez donc aisément qu’on en parle guère dans les médias ou blogs mainstream, et pourquoi il me faut vous en parler un peu plus après le saut de page. Lire la suite

Bachir Gemayel, « martyr de la liberté »

L’Orient/Le Jour est le seul quotidien francophone libanais. Il est aussi le journal officieux du patriarcat maronite. Pour savoir ce que pensent les ultras maronites, et notamment les phalangistes et les Forces libanaises, sa lecture est recommandée. La couverture faite par ce quotidien des réactions au discours électoral du patriarche maronite Nasrallah Sfeir (eh oui, le Liban est le pays des deux Nasrallah, Sfeir et Hassan, sans conteste les deux hommes les plus influents du pays) est divertissante. Récemment, le patriarche a en effet alerté ses ouailles – et l’électorat maronite est crucial – sur le danger présenté par l’actuelle opposition parlementaire, donnée favorite pour remporter les prochaines élections législatives, et composée principalement du Hezbollah et du Tayyar (Courant patriotique libre) de Michel Aoun. Pour ceux qui débarqueraient d’une autre planète, Michel Aoun est un-ex général maronite qui incarna pendant quinze ans un résistance farouche contre l’occupant syrien. Le voilà donc allié au Hezbollah, allié stratégique de la Syrie…

Le 8 février, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir appelle donc ses fidèles à voter pour l’actuelle majorité gouvernementale – connue sous le nom du 14 mars, du jour en 2005 où la coalition Hariri/Jumblatt/Gemayel/Ja’ja/Chamoun/Eddé (1) appela à manifester contre l’occupation syrienne – en menaçant le pays d’une invasion de sauterelles, des coupures de courant et d’un krach boursier en cas de victoire du bloc du 8 mars (de jour en 2005 ou le bloc Hezbollah/Amal/Aoun manifesta par anticipation contre ceux du 14 mars…):

Le patriarche maronite est celui qui porte une robe longue

Le patriarche maronite est celui qui porte une robe longue

Si le pouvoir tombe dans les mains des forces du 8 Mars, des erreurs historiques seront commises et aurons un effet fatidique sur le pays » (2)

On peut présumer que l’intervention du vénérable patriarche vise surtout l’électorat maronite de Michel Aoun, fortement tiraillé par des tentations sectaires. Ce dernier n’a pas vraiment la langue dans sa poche, et a ainsi répondu: « le patriarche ne parle pas au nom de tous les maronites« … Pour bien faire passer le message, il a boycotté une messe publique tenue par le patriarche, alors que le président (maronite), le premier ministre (sunnite) et le président du parlement (chiite) y assistaient

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Ce qui est vraiment intéressant avec la feuille de chou sectaire qu’est L’Orient/Le Jour – pas un seul journaliste non-chrétien à ma connaissance, mais je peux me tromper – c’est le caractère ouvertement sectaire des déclarations de politiciens – généralement ceux du 14 mars – ainsi que des éditorialistes maison. Petit florilège:

Sortir cette ville des décombres, c’était s’attaquer à une jungle où des hordes armées ont longtemps fait leur loi, assurant des squats à certains, monnayant leur protection à d’autres, partageant avec les chiens errants et les chats échaudés des ruelles fantomatiques mangées de végétation opportuniste. Pour ceux-là que narguait le ballet incessant des grues, il y avait, dans cette reconstruction menée tambour battant, comme un outrage à la civilisation de guerre, un mépris des prérogatives et des acquis des katiouchas et des kalachnikovs. Comme une décision unilatérale d’imposer la paix, qui était en soi une déclaration d’hostilité. Fifi Abou Dib, L’Orient/Le Jour, 12 février 2009

Si « hordes armées » fait ostensiblement référence aux milices de 1975-1990 (le rôle du Hezbollah dans les combats libano-libanais de cette époque fût limité – les combats dont j’ai connaissance opposant le Hezbollah à d’autres milices libanaises eurent lieu en 1987 et opposèrent le Hezbollah à… Amal et l’armée syrienne – this is Lebanon…), la suite fait implicitement référence au Hezbollah. Il faut connaître le racisme social persistant à l’égard des chiites au Liban, longtemps considérés comme des citoyens de seconde zone (3) et ce tant par les chrétiens – surtout maronites – et les sunnites, pour apprécier la référence aux « chiens errants et (…) chats échaudés« .

L’infaillibilité du patriarche maronite Nasrallah Sfeïr est un axiome: dans un article intitulé « L’histoire, meilleure réplique aux contempteurs de Bkerké » (4), le journaliste Émile Khoury écrit sobrement et avec retenue que

« Encore une fois, les prosyriens se lancent à l’assaut de Bkerké, bille et Aoun en tête. On ne peut dire que le patriarche n’en a cure, car il a le souci moral de ne heurter aucune sensibilité libanaise. Mais il assume toujours les positions qu’impose la défense des constantes. À l’instar de ses prédécesseurs, gratifiés de la gloire du Liban, selon la formule consacrée. Par le verbe, jamais par les armes, comme certains. Et avec le seul parti pris de la cause nationale. Neutre, Bkerké ne peut l’être quand le sort du pays est en jeu. Ni quand le choix oppose le bien au mal, la liberté à l’esclavage, travesti ou non. »

Les mots ne sont pas innocents: l’opposition, c’est-à-dire le bloc du 8 mars, est qualifiée de prosyrienne, sans que le bloc du 14 mars, autour de Hariri, Ja’ja & cie ne soit pareillement qualifié par rapport à ses liens privilégiés avec les Etats-Unis, l’Arabie séoudite et la France. La cause du 14 mars est « la cause nationale« , à l’exclusion de la cause du bloc Hezbollah/Amal/Aoun, qui est sans doute anti-nationale ou apatride. Le patriarche maronite « le souci moral de ne heurter aucune sensibilité libanaise« , ce qui laisse entendre que ceux qui néanmoins seraient heurtés, au sein du bloc du 8 mars, ne représenteraient pas, eux aussi, une autre sensibilité libanaise, mais plutôt étrangère, sans doute pro-syrienne, pro-iranienne, trop chiite en tout cas pour accéder à la qualité de Libanais.

On peut comprendre dans ce contexte que la lutte contre l’occupant israëlien soit de moindre importance:

[Le patriarche] a toujours demandé que l’armée soit déployée au Sud, tout en exigeant le retrait de l’occupant israélien. Par la voie diplomatique et juridique internationale, car le pays avait payé un prix trop lourd, en représailles dévastatrices, en invasions, pour la résistance armée.

Savourez, je vous prie: « tout en exigeant le retrait de l’occupant israélien. Par la voie diplomatique et juridique internationale, car le pays avait payé un prix trop lourd, en représailles dévastatrices, en invasions, pour la résistance armée » – or le Liban, par le biais de sa résistance, principalement mais pas exclusivement du Hezbollah, est le seul pays arabe à avoir libéré la majeure partie de ses territoires occupés sans négociation avec l’occupant israëlien, dont la déroute en mai 2000 est demeurée mémorable. L’Egypte a récupéré le Sinaï en 1979 au prix d’un accord dit de paix qui en fait le fidèle obligé d’Israël.

Ailleurs, dans le même numéro du jeudi 12 février, décidémment faste, on trouve sous la plume de l’éditorialiste Fady Noun une exaltation de primat religieux sur le politique que ne renieraient pas des disciples de Moqtada Sadr:

Ce qui est bon pour le Liban est bon pour l’Église. Le patriarche l’a dit sous toutes ses formes, au fil des mois et des années, et le synode patriarcal maronite l’a redit sans l’ombre d’une ambiguïté : ce n’est pas le Liban qui est fait pour l’Église, mais l’Église pour le Liban. L’Église est subordonnée à la patrie, dans les affaires humaines : elle en est la servante, dans les limites de sa fidélité à la vérité et des principes moraux qui en émanent. En termes profanes, dans les limites du respect et de la promotion des droits de l’homme communément reconnus, en tête desquels viennent les libertés.
Et le patriarche a jugé, au regard de la vérité et de ces droits, au regard de certaines vérités qu’il garde sans doute pour lui, qu’une victoire du 8 Mars qui lui accorderait la haute main sur les destinées du pays n’est pas bonne pour le Liban.
Le général Aoun a affirmé que le patriarche n’est pas infaillible. C’est un fait. Mais le patriarche n’a jamais prétendu que son avis politique est infaillible. Il l’offre donc pour ce qu’il vaut, en homme libre, en homme qui a veillé en conscience à assumer les responsabilités que Dieu lui a confiées, en un temps de très grandes épreuves, en un temps d’épreuves inouïes. (…)

Combien de fois d’ailleurs n’a-t-il pas été déçu, voire trompé, par son environnement politique, par cette cour de flatteurs qui l’assaille jour après jour, et dont il n’ignore ni les arrière-pensées, ni la ruse, ni les intérêts. En ce sens, sa figure rappelle irrésistiblement celle de certains prophètes de l’Ancien Testament, celle de Jérémie en particulier, continuellement contredit dans sa mission.

Le patriarche n’a certes pas reçu mandat populaire de s’exprimer sur la prochaine consultation électorale. Et il ne cherche certainement pas à se substituer à ceux qui l’ont reçu. Il est là pour éclairer notre jugement, pour jeter sur une situation la lumière de la raison, nous donner un avis aussi dépassionné et objectif que possible, un avis aux antipodes des préférences et des intérêts politiques étroits en jeu.
Nous ferions bien, dès à présent, de décider d’en tenir compte dans les choix électoraux qui nous attendent, même au prix de nos préférences et de nos sympathies personnelles. Gardons à l’esprit les conséquences historiques que nos choix pourraient nous valoir, et dont le patriarche craint qu’elles ne soient désastreuses.

Il n’y a pas que les plumitifs de ce journal paroissal à mériter la postérité – certains des politiciens libanais cités mériteraient un Panthéon à eux tous seuls, à commencer par le soudard Samir Ja’ja des Forces libanaises, héritier politique du phalangiste sanguinaire et sioniste Bachir Gemayel:

Deux soudards, dont un commis le massacre de Sabra et Chatila

Deux soudards, dont un commis le massacre de Sabra et Chatila

De son côté, le leader des FL, Samir Geagea, a appelé les Libanais à participer au 14 février pour rendre hommage à Rafic Hariri, « mais aussi à Bachir Gemayel, René Moawad, Kamal Joumblatt, Hassan Khaled et à tous les martyrs de la liberté ».

Voici à quoi ressemble un martyr de la liberté

Voici à quoi ressemble un martyr de la liberté

Bachir Gemayel, martyr de la liberté? Il est vrai que si Shimon Peres, Menachem Begin et Yitzhak Rabin sont prix Nobel de la paix, pourquoi pas? Mais citer Kamal Jumblatt dans la même phrase que Bachir Gemayel est d’un goût douteux. Voici en effet ce qu’écrit le site des Forces libanaises de Ja’ja sur la vision d’Israël de cheikh Bachir:

To Bashir, as to other non-Moslems and even some Moslems, Israel was a good example of a modern, democratic state and a potential ally for those who were working for free, democratic. western-style states in the Middle East. Toward that end, Bashir initiated communication with the leaders of the state of Israel. This relationship soon became systematic and permanent. And in spite of the unequal partnership–Israel being a strong state and Bashir Gemayel the leader of a Lebanese community only–Bashir always made the effort to work with Israel as an equal. He succeeded in nurturing a good relationship between an independent and free people and an independent and free state.

After Basher’s election to the Presidency, the special relationship he developed became more evident. He was the only leader in Lebanon and the Middle East who could talk about and build upon the relationship between Israel and Lebanon without prejudice. To him, Israel was a fact and any Lebanese regional policy needed to accept Israeli’s existence as a state and consider its historical importance and weight in regional politics. He believed that Lebanon could live in peace with Israel and that such a peace could benefit both states and even help pave the way for a general Middle East peace.

Gemayel saw the 1982 Israeli « Operation Peace for Galilee » as an important development for Lebanon which would not only equilibrate Syrian influence on Lebanese politics, but could also generate a new political dynamic, which, if properly used, could lead to the simultaneous withdrawal of Syrian and Israeli troops from Lebanon. By the summer of 1982, the equilibrium of forces in Lebanon had changed and the Lebanese, he believed, finally had the opportunity to act in their best interest and invest in that change.

A propos de Bashir Gemayel, son frère Amine, qui lui succéda à la présidence libanaise en 1982 et signa un traité avec Israël vite dénoncé, embraye:

« Les Libanais devront voter pour le système qui leur convient le mieux, voire pour un mode de vie », a-t-il ajouté, notant que « de nouvelles coutumes et une culture étrangère à la nôtre sont en train d’apparaître chez nous ».

On peut présumer que ces « coutumes et culture étrangères » sont celles du Hezbollah – encore une fois, les chiites sont présentés comme étrangers au Liban – et non pas celles des salafistes de Tripoli, alliés de Hariri…

La suite:

« Il est grand temps que l’électeur chrétien recouvre son rôle et mette un terme à la marginalisation dont il a été victime depuis des décennies, a poursuivi le chef des Kataëb. Notre parti œuvrera pour que les chrétiens puissent choisir eux-mêmes leurs représentants au Parlement. Les Kataëb sont garants de la présence chrétienne. Nous sommes les principaux partenaires des autres dans le cadre du pacte national, et notre soutien à l’État est inaltérable ». (…)

Amine Gemayel a également déploré les critiques qui ont visé le patriarcat maronite dernièrement. « Le communiqué publié par Bkerké en 2000 a lancé la dynamique du 14 Mars, a-t-il souligné. Le patriarcat est le parrain de la marche vers la souveraineté et ne fait partie de la machine électorale de personne. »

Et le chef des Kataëb d’exprimer enfin la volonté du Saint-Siège, qu’il a visité récemment, que « tous les chrétiens se rallient autour de Bkerké ».

Saad Hariri, fils de Rafiq Hariri, a tenu à donner sa contribution:

Kool and the gang

Kool and the gang

Le patriarche maronite est réellement, comme l’a dit de lui Rafic Hariri, la conscience du Liban

On peut se demander si les cheikhs salafistes, pas toujours hostiles à Al Qaïda, assidûment courtisés par Hariri partagent cette appréciation…

I have a soft spot for patriarch Sfeir...

I have a soft spot for patriarch Sfeir...

(1) Fidèle à son habitude, Jumblatt a retourné casaque et penche pour une alliance avec Amal, l’autre parti chiite, dirigé par le madré Nabih Berri, tout en maintenant son opposition au Hezbollah. This is Lebanon, folks…

(2) Une citation que je livre d’ailleurs à la sagacité de ceux qui affirment que la « chrétienté » – whatever that means – serait par essence laïque, face à un monde musulman par essence incapable de distinguer le politique du religieux.

(3) Il fallut l’émergence du leadership politique de l’imam Moussa Sadr, « disparu » en 1978 en Libye, pour que les chiites deviennent une force incontournable au Liban, où ils constituent selon toute probabilité une majorité relative de la population aujourd’hui.

(4) Bkirké est la ville où siège le patriarche maronite.

Spécial dédicace pour les auditeurs de Médi 1, lecteurs de blogs marocains et quelques autres personnes

Lu dans Financial Times à l’instant:

Hizbollah, the Shia group backed by Iran and Syria, received a significant concession – a blocking minority in a new cabinet – but was also seeking an electoral law that could secure a better performance for its Christian allies in Beirut in next year’s parliamentary elections. (…)

The dispute over the division of electoral districts in Beirut – in effect, over a few seats – might appear a detail but it could prove decisive in the elections in which the opposition is hoping to reverse the governing ­coalition’s parliamentary majority.

Opposition officials have complained that the coalition was intent on thwarting any chance of real electoral competition in Beirut. Government loyalists, meanwhile, have charged that the opposition was seeking to control Beirut, a stronghold of the Sunni community that leads the coalition.

Hizbollah’s allies insisted that they would not leave Doha without a deal and negotiations were continuing.

Le Hezbollah se battrait-il à Doha pour défendre les intérêts électoraux de ses alliés chrétiens? Nous aurait-on menti à l’insu de notre plein gré?

Logique en fait: le Hezbollah cherche à renforcer le poids électoral de son allié maronite, l’ex-général Michel Aoun, dans la circonscription de Beyrouth, fief du bloc Hariri. Je tiens d’ailleurs à préciser que lors des dernières élections législatives de 2005, une des trois circonscriptions beyrouthines avait une liste commune composée de, accrochez-vous, la veuve de Bachir Gemayel, le Hezbollah et le Tayyar al Moustaqbal de Hariri. Amis des idées simples, intéressez-vous à autre chose que la politique libanaise…

Je dédie ce post aux personnes précitées, qui lisent, écoutent estiment et répètent que le Hezbollah est un parti fanatique, islamo-fasciste, antisémite, terroriste, putschiste, qui cherche à imposer un Etat islamique au Liban, qui ne tolère aucune dissidence politique ou religieuse, et qui prépare déjà le statut de dhimmi qu’il imposera aux autres confessions non-musulmanes du Liban. Je le dédie aussi à ceux qui croient qu’au Liban, il s’agit d’une confrontation entre Occident et Orient, islam et chretienté, dar al harb contre dar al islam, Lumières contre fanatisme, ceux qui aiment la vie et ceux qui souhaitent la mort, guerre contre paix, ying contre yang et Raja contre Wydad. Enfin, je souhaite rappeler aux débiles mentaux fidèles lecteurs de la presse mainstream qui par extraordinaire liraient ce post que je ne prétends pas que le Hezbollah est sans faute et sans reproche ou une réincarnation de la démocratie-chrétienne norvégienne ou de la social-démocratie finlandaise.

PS: il semblerait cependant, à en croire les premières infos sur l’accord de Doha, que l’opposition Hezbollah/Amal/Tayyar (Aoun) ait lâché du lest sur ses revendications électorales à Beyrouth… mauvaise journée pour Michel Aoun, qui ne sera sans doute jamais président (le général Michel Sleimane est le candidat consensuel désigné à Doha) et qui n’a pas pleinement obtenu gain de cause à Doha sur les circonscriptions électorales de Beyrouth:

Also agreed upon at Doha is the adoption of the Qada (Lebanese administrative District)-based 1960 electoral law with Beirut divided into three constituencies:

* The first electoral district comprises Ashrafiye, Rmeil and Saifi with five seats: Two Armenians, one Maronite, one Orthodox and one Catholic;

* The second electoral district comprising Bashoura, Medawwar and Marfa’ with four seats: One Sunni, one Shiite and two Armenians;

* The third electoral district comprising Mazraa, Msaytbe, Ras Beirut, Mina el Hosn, Zaqa el Blat and Dar el Mrayseh with ten seats: Five Sunnis, one Shiite, one Druze, one Orthodox, one Evangelical and one for the minorities.

This arrangement is actually pretty fair to both sides for now given the current circumstances and the fact that there has been no census since 1932. Saad Hariri got most of what the Future Movement wanted in order to preserve his electoral base in West Beirut.

PPS: Comme le souligne lixy dans un commentaire, cette tirade anti-MSM est fondée sur un extrait du Financial Times de Rupert Murdoch. Ceci n’affecte bien évidemment pas mon infaillibilité suprême.

Le massacre de Halba, un massacre sans aucune importance


Je vais vous parler d’une atrocité qui a eu lieu récemment au Liban. Mais je vais devoir déçevoir les partisans de la liberté, du progrès, de la modernité, de la démocratie, de l’avenir, du respect de la constitution et des institution, de la paix, de la pilule du lendemain, du vaccin contre le sida, de la fête des mères et même de la vie au Liban: cette atrocité est en effet dûe aux forces de l’avenir.

Vous en avez sans doute pas entendu parler, à moins que vous soyiez à l’affût de l’information sur les blogs libanais ou si vous suivez certaines chaînes satellitaires arabes – car la presse occidentale, et ses ersatz marocains, n’en a pas pipé mot. Il s’agit du massacre barbare de douze militants du PSNS (Parti social national syrien), parti multi-confessionnel (même si ses militants sont généralement et hâtivement perçus comme étant des chrétiens non-maronites – des grecs orthodoxes pour faire bref) pro-syrien avec un drôle de symbole.

Ce petit hizbicule est bien évidemment membre à part entière de l’opposition au gouvernement Siniora, regroupée autour du Hezbollah et d’Amal (chiites) et du Tayyar d’Aoun (maronite) (1), ainsi que le parti Baath libanais, El Merada du zaïm maronite de Zghorta Sleiman Frangié, les partisans druzes du zaïm (minoritaire dans sa communauté) Talal Arslane, un parti arménien (le Tashnag), ainsi que d’autres hizbicules et personnalités que j’oublie peut-être. Comme pour toutes les formations politiques libanaises, la sinuosité de son parcours est remarquable: avec une inspiration fasciste à l’origine, tout comme la Kataëb (phalange) des Gemayel, ce parti tenta en 1958 un coup d’Etat contre le président-général (maronite of course) Fouad Chehab, sans doute le président le plus progressiste qu’ait eu le Liban, et qui tenta en 1958 un politique étrangère équilibrée, rompant avec l’alignement aveuglee sur les Etats-Unis et la France décidée par son prédecesseur, Kamil Cham’oun. Cet politique équilibrée fût décriée par la majorité de l’opinion maronite comme étant nassérienne – la guerre civile de 1958, ayant entraîné un débarquement de l’US Marine Corps, avait été le fait des nassériens, chiites et sunnites – et le coup d’Etat avorté du PSNS fût applaudi par les irréductibles maronites, partisans du réduit phénicien, avant-garde de l’Occident dans l’océan arabe du Moyen-Orient.

Plus tard, le PSNS allait évoluer à 180°, rejoignant la coalition islamo-progressistes (on ne disait pas encore islamo-gauchiste) autour de Kamal Jumblatt dans les années 70, et se mettant au service de l’occupant syrien, et devenant de fait l’épouvantail des mêmes irréducitbles maronites, puis, après l’assassinat de Rafiq Hariri, celui des sunnites. Lors de la mainmise syrienne sur le Liban, le PSNS allait bien évidemment être un allié fidèle de Damas, s’alliant, sur le modèle des partis communistes du Komintern, avec ceux que son parrain souhaitait.

Revenons-en au massacre de Halba: il a eu lieu la nuit du 9 au 10 mai à Halba, au Nord Liban, dans le qadha d’Akkar. Les mosquées sunnites de ce patelin appelèrent apparemment – s’il faut en croire un partisan du PSNS, rescapé du massacre – à une « manifestation » des partisans de Hariri devant le siège local du PSNS – qui avait déjà fait l’objet d’une « manifestation » similaire en 2007, lors de laquelle les « manifestants » haririens et militants du PSNS échangèrent leurs points de vue à coup d’armes automatiques. Très vite, le siège local du PSNS fût encerclé par des militants futuristes armés. L’armée libanaise avait cependant, par ses barrages, désarmé une cinquantaine de combattants de Hariri. Ayant épuisé leurs munitions vers 5 heures matin le samedi, les militants du PSNS acceptèrent la médiation d’un cheikh sunnite, en présence de soldats de l’armée (supposée être favorable à l’opposition hezbollahie/aounie dont fait partie le PSNS). Ils acceptèrent d’évacuer leurs locaux et de les remettre à l’armée. L’armée prit possession des locaux mais fût débordée – ou plutôt resta passive – par les miliciens de Hariri, qui exécuta sommairement douze membres du PSNS capturés sur les lieux, dont certains après les avoir suppliciés. Leurs corps furent ensuite mutilés à la hache.

Un milicien haririste eut la bonne idée de filmer cet exploit, qui est désormais accessible un peu partout sur le web – ici (je recommande d’ailleurs ce blog, Lebanese Chess), ici, ici, ici, ici,ici et ici (ce sont les mêmes vidéos). Personnellement, je ne les ai pas regardées – il m’a suffi des premières secondes sur l’une d’entre elles pour ne pas pouvoir aller plus loin, et ne pas regretter mon choix de ne pas opter pour la médécine légale.

Les victimes sont listées sur le blog d’un des survivants du massacre du côté du PSNS, qui a publié puis retiré une liste nominative des attaquants du courant du Futur haririen – c’est une guerre civile, et dans les guerres civiles, les voisins tuent les voisins et les cousins les cousins. Le déroulement des événements est également tiré de son blog (en attendant qu’un des auteurs du massacre en parle sur son blog…).

Je vous laisse juges: si le Hezbollah ou un de ses alliés s’était rendu coupable d’une telle atrocité, que croyez-vous aurait été la couverture de ce massacre dans le New York Times, Asharq al Awsat, Al Arabiya, Newsweek, Le Monde, TF1 ou CNN? Croyez-vous qu’aucune chancellerie occidentale ou arabe n’aurait réagi?

Dans les faits, mis à part quelques médias arabes indépendants, ainsi que des journaux australiens (une des victimes du massacre était un binational libano-australien). Comme l’écrit Nidal sur son blog Loubnan ya Loubnan:

C’est là une situation exemplaire. Vraiment exemplaire.

Le gars du PSNS pense que «le monde entier est témoin de l’horreur [du] massacre [de Halba]». Il n’a pas de raison de douter que ce soit le cas: depuis quelques jours, les images (insoutenables) de ce massacre circulent sur Youtube et ont été diffusées par Al-Manar (la chaîne de Hezbollah).

(…)
Et là où c’est particulièrement sidérant, c’est que si chacun dans le monde arabe a entendu parler de cette image et que le PSNS croit pouvoir annoncer que «le monde entier est témoin de l’horreur de ce massacre», aucun média occidental n’a évoqué cette affaire. Non, vraiment, non. Ce genre de sujet c’est pour les Arabes; dans la presse libre du monde libre, ça n’intéresse personne. Dans la presse libre du monde libre, il y a des milliers de journaux, des centaines de milliers de journalistes, et aucun ne juge intéressant de faire une brève là-dessus; ni pour évoquer le massacre, ni même indirectement pour évoquer le scandale qu’il provoque.

(…)

Réponse donc au gars du PSNS: non, le monde entier n’est pas témoin de ce massacre. Le monde entier n’a rien vu. Les journalistes du monde entier ont autre chose à faire.

Petite précision par ailleurs: dans le contexte libanais, il est intéressant de noter que onze des douze victimes seraient – le conditionnel s’impose – sunnites – le PSNS, qui réfute le confessionnalisme, n’en fait pas état, mais c’est une information glanée sur plusieurs forums.

PS: Juste après avoir terminé ce post, je me rends sur le site de The Independent, et tombe sur cet article de Robert Fisk:

But I brought up the tiny matter of the little massacre in northern Lebanon in which 10 or 12 militiamen were captured and then murdered before being handed over to the Lebanese army. Their bodies were – I fear this is correct – mutilated after death.

« They deserved it, » the elegant woman on my left said. I was appalled, overwhelmed, disgusted, deeply saddened. How could she say such a thing? But this is Lebanon and a huge number of people – 62 by my count – have been killed in the past few days and all the monsters buried in the mass graves of the civil war have been dug up.

(1) En disant que le Tayyar est maronite, ou que le Hezbollah est chiite, on simplifie un peu (mais pas exagérément). En raison du système électoral libanais, où chaque mandat de député est réservé à une confession, un parti comme le Hezbollah a compté des députés chrétiens – lors des élections de 2005, le maronite Pierre Serhal a ainsi été élu sous les couleurs du Hezbollah à Jezzine. Le clientélisme local joue également un rôle: les chrétiens, minoritaires au Liban Sud mais fortement présents dans certains villages, ont tout intérêt à voter pour le Hezbollah en vue d’obtenir le soutien économique et politique de ce dernier pour leurs projets locaux.

Walid Jumblatt wakes up and smells the coffee


Qui l’eût cru? (1) Walid Jumblatt ne pense ni à des voitures piégées, ni à des missiles, mais à obtenir l’intercession de son rival druze Talal Arslane (oui, Arslane de chez Arslane, le descendant de Chakib Arslane et de l’émir druze Arslane), allié du Hezbollah et du Tayyar, ainsi que du président chiite du parlement – Nabih Berri, zaïm du parti Amal – auprès du Hezbollah, selon Time:

There are no longer any Hizballah fighters surrounding the grand red sandstone Beirut town house belonging to Walid Jumblatt, a member of Parliament and one of the leaders of Lebanon’s governing coalition. Still, Jumblatt, a top American ally, is under virtual house arrest. After the lightning speed with which opposition Hizballah fighters defeated government supporters in a six-hour battle on Thursday — only to vanish a few hours later — it became clear that it is pointless to resist the Iranian and Syrian-backed militia, which could return at any time. « I am a hostage now in my home in Beirut, » he said over the telephone to his rival Nabih Berri, the speaker of parliament and a top opposition leader, while TIME waited nearby for an interview. « Tell [Hizballah leader] Sayeed Hassan Nasrallah I lost the battle and he wins. So let’s sit and talk to reach a compromise. All that I ask is your protection. »

Celui qui appelait au soutien militaire des Etats-Unis, à des actes de terrorisme à Damas et attendait de pied ferme la guerre civile au Liban en est tout ébahi – le Hezbollah, qui a vaincu l’armée israëlienne, n’a pas eu de problème à écarter d’un revers de main les milices de Hariri et de Jumblatt:

Yet, despite the fact that Hizballah is perhaps the world’s most fearsome guerrilla organization, somehow Jumblatt misjudged the ease with which Hizballah could pull Lebanon back into the Syrian and Iranian orbit.

Ses alliés étatsuniens n’ont pas été à la hauteur, semble-t-il:

Sitting in his garden terrace in Beirut, with just a few family members and loyal retainers, Jumblatt is quickly coming to grips with the new political landscape. « The U.S. has failed in Lebanon and they have to admit it, » he said. « We have to wait and see the new rules which Hizbollah, Syria and Iran will set. They can do what they want. »

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Loubnan ya Loubnan – le retour

On avait cru le bloggeur Nidal de Loubnan ya Loubnan disparu dans le trou noir de la blogosphère, mais le voici de retour parmi nous avec ses informations et analyses pertinentes sur le Liban – son blog pourrait aussi bien s’intituler « everything you wanted to know about the Lebanese mess but weren’t told by the MSM« . Vous trouverez un post intéressant sur Jumblatt, un autre sur la situation à Tripoli, un troisième sur le déclenchement de la crise et enfin un dernier, antérieur à la crise mais toujours pertinent, sur les très nombreuses violations de l’intégrité territoriale libanaise par l’armée israëlienne. Si vous êtes allergique à tout ce qui se distingue du ronron du Monde, d’Asharq al awsat, France 2, Médi 1 ou du New York Times, ne le lisez pas. Allez, un avant-goût:

Dans la logique de l’opposition, il faut aussi indiquer quelques points importants pour le timing:

  • les survols du Liban par l’aviation israélienne ont récemment augmenté de manière spectaculaire pour atteindre, début avril, les 32 intrusions par jour;
  • en mars 2008, les États-Unis envoient le navire de guerre USS Cole au large du Liban;
  • le rapport Winograd n’est pas lu comme une condamnation de la guerre de juillet 2006, mais comme un mode d’emploi pour corriger les erreurs techniques et stratégiques commises alors; ces «erreurs» corrigées, les Israéliens pourront espérer gagner une prochaine guerre au Liban; le rapport Winograd, pour le Hezbollah, est en fait un «how to» pour permettre au Israéliens de lancer une nouvelle guerre;
  • l’installation de groupuscules jihadistes au Liban est considérée comme le déploiement de mercenaires sunnites ultra-violentes au service du clan Hariri, prêts à attaquer le Hezbollah «par l’arrière» (dans l’optique d’une nouvelle agression israélienne).

Bref, pour l’opposition, une autre guerre israélienne contre le Hezbollah n’est plus une possibilité, c’est une certitude à court terme.

Le fait que le ministre des Télécommunications qui lance l’attaque contre le réseau de communications du Hezbollah soit Marwan Hamadé, homme de main de Walid Joumblatt et bête noire de ceux qui dénoncent la résolution 1559, est à tout le moins un symbole fort.

Que le Hezbollah ait tort ou raison, il était en tout cas évident que ses militants considèrent fondamentalement que cela relève de l’attaque contre les armes de la Résistance. Je me demande même s’il se trouve des gens, au Liban, qui croient réellement, comme l’a affirmé le gouvernement, que ce réseau de communication visait à contourner le monopole d’État sur la téléphonie mobile dans le but de détruire l’économie du pays.

En appelant à une grève générale, l’opposition savait parfaitement qu’il y aurait, comme en janvier 2007, des affrontements armés. En «attaquant» l’intégrité du système opérationnel du Hezbollah alors que les Israéliens et les Américains déploient leurs forces au Liban, le gouvernement savait tout aussi bien qu’il provoquait à coup sûr de tels affrontements. L’absence d’affrontements armés, au contraire, aurait été une incroyable surprise.

Je vous recommande également le blog de l’expert agronome libanais Rami Zurayk, Land and People, généralement consacré aux questions de développement et d’alimentation, mais exceptionnellement orienté sur l’actualité libanaise. Je vous conseille ses posts Perspective et surtout Time zones:

This is what I have to say about the latest series of political speeches in Lebanon: Nasrallah speaks as if there is no future, but Jumblat, Hariri and Sanioura speak as if there is no past.

For Nasrallah, the past performance and actions of the Loyalists is the only reference point. The past (?) collusion of some of them with Israel, their current alliance with the US and the intersection of some of their positions with the Israeli agenda, as well as the incapability of the Lebanese state to liberate the South and to protect the resistance appear to be the only unit of measure.

On the other hand, the trio JHS has been delivering speeches and addresses as if the past did not exist, as if the resistance was not under threat of physical elimination by the Loyalists very allies, as if members of the Loyalists had not destroyed Beirut many times and invited and supported the Israelis when they invaded it, as if there had not been a number of youth killed by the thugs of the Future movement in Tarik al Jadideh and Ard Jalloul, as if there was no Future movement militia in Beirut brought from the North (seen by many on TV and in the streets before the fighting) or PSP (Jumblat) militia (which has murdered Druze political opponents in the mountains), and as if the State was all powerful, belonged to all its citizen, and capable of extending its authority onto the 4 corners of the country and to fend off Israeli agendas.

When you start so far away from each others, the next stop is Xanadu, as my friend Anna would say. The first thing these guys should do is get into the same time zone. This is if they want to find a way out.

Je voudrais aussi mentionner le blog Lebanese Chess d’Antoun Issa, journaliste australo-libanais, qui fait des observations très justes sur le Hezbollah et la communauté sunnite libanaise:

Hizballah’s major battle for hearts and minds will be the Sunnis of Lebanon. Before Rafik al-Hariri’s death, the Sunnis were great admirers of Hizballah, and equal beneficiaries of the combined Syrian-Saudi hegemonic partnership that prevailed in the 1990s. The Sunnis were fervent supporters of the resistance against Israel, and equally sympathetic to the Palestinian cause. The Sunnis and Shi’ites shared similar ideals on Lebanon’s political landscape, with both communities engaged in the left-wing and Arabist movements throughout the 1950s and 60s.

However, the warm relationship was quickly turned upside down following Hariri’s assassination and the sharp rise in tension between the Sunni chief state Saudi Arabia and its Shi’ite equivalent Iran. The Shia-Sunni conflict in Iraq didn’t help the cause either. Suddenly, what was a ‘Muslim camp’ quickly disintegrated into a Sunni vs Shi’ite political feud. Hizballah bemoaned the growing distance between itself and Lebanon’s Sunnis, despite Nasrallah remaining the most popular figure among the Sunni Arab public outside of the country.

But it is worth noting that Sunni support for Saad Hariri became apparent only after his father’s death. At the time of the assassination, the Sunnis felt threatened and that they were being targeted in the country. The Sunni community has long been fractured by competing clans and large families, much like the Christians, but for the first time they found themselves attracted to a single sect leader, and to a commonality.

Rafik al-Hariri originated from the Sunni city of Sidon in the south, and built his prestige and power in the highly secular Sunni West Beirut. That largely alienated the Sunni communities in Tripoli and the north of the country, which held more traditional customs, were more strict in their adherence to Islam, and held close ties to Syria. Sunni residents on the northern fringes of Lebanon would rely on the Syrian towns across the border for their livelihoods, and were much detached from the Hariri world of West Beirut.

Hariri supporters in Beirut have long stated that Rafik al-Hariri had attempted to reconstruct Tripoli as he did Beirut, but his overtures were constantly rejected by then Tripolite Sunni strongman, Omar Karami.

The death of Hariri was met with great investment into the Sunni regions in the north, and money was being poured from Saad Hariri into the pockets of poor families. Hariri needed the respect of the impoverished northern Sunni regions to become the spokesman of Sunnis in Lebanon. Hizballah is hoping that the support of northern Sunnis for Hariri is simply a matter of finances and not conviction. If Hizballah and its allies do reach power, which is becoming increasingly likely, it will need to provide services to these impoverished regions if it is to defeat Hariri’s money machine, and break his claim to the title of leader of all Sunnis in Lebanon.

The short, but violent civil war of the past three days will be followed by a grander civil war that may take years … a civil war for hearts and minds. For it is only with the trust of the Lebanese people can Hizballah truly rule this country.

Bien évidemment, il y a l’incontournable Angry Arab, a.k.a. As’ad Abu Khalil (qui passe chez Democracy Now), à déconseiller aux hariristes hypertendus. D’autres blogs généralistes sont également très utiles – Friday Lunch Club, et des analyses intéressantes chez Abu Muqawama et Syria Comment.

Je viens de découvrir la bloggeuse Ms Levantine, sans parler de Sophia de Les Politiques et l’excellent et abondamment mis à jour Chroniques beyrouthines. The Lebanese Inner Circle semble aussi éviter le sectarisme.

Et n’oublions surtout pas le blog de Manal, étudiante marocaine à Beyrouth coincée là-bas, au milieu des combats, sans soutien de l’ambassade marocaine.

Même si ce n’est pas ma tasse de thé, il y a quelques blogs du 14 mars (c’est-à-dire de la coalition pro-étatsunienne Hariri/Jumblatt/Ja’ja ou de leurs supporters étrangers) qui valent néanmoins le détour – From Beirut to the Beltway, Opening Lines et Blacksmiths of Lebanon.

Le site Lebanon News/Now Lebanon regroupe pas mal de dépêches de presse, de même qu’Iloubnaninfo et OpenLebanon.

Enfin, ça n’a rien à voir avec la crise, mais le blog Jews of Lebanon vaut le détour.

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