Bref rappel sur le parcours d’Aziz Akhannouch

Ma famille me reproche d’acheter trop de journaux, magazines et livres, et ils ont souvent raison. De la lecture du magazine économique Essor de ce mois de janvier, j’en ai retenu ce constat: rien de tel que des certitudes politiques chevillées au corps et une distinction absolue entre intérêts privés et obligations professionnelles pour faire carrière ministérielle au Maroc.

Ainsi donc Aziz Akhennouch, auquel ce magazine – qui rejoint la cohorte des news magazines marocains ne publiant rien, en cette année 2012, sur Internet – a consacré un reportage ma foi très intéressant – « Qui est vraiment Aziz Akhennouch« .

De la constance politique:

Aziz Akhannouch, héritier du magnat de l’industrie Ahmed Oulhaj Akhannouch (présent surtout dans les hydrocarbures avec le réseau de stations essences Afriqiya), fut sélectionné par Driss Basri (il a presque réussi à la faire oublier) pour faire partie du fumeuxfameux G14, groupe de technocrates mis en place par Hassan II au milieu des années 90 pour le conseiller. Par pur désintérêt, cela va sans dire:

Basri aurait même tenté de faire de son poulain un crack de l’économie (avant l’heure) en soutenant sa proposition de rachat de la Samir lors de sa privatisation. Ceci, pour deux fois moins que la valeur fixée de la raffinerie. (Tel Quel n°279, 23 juin 2007)

Par la suite, il se présenta aux élections régionales dans la région Souss-Massa-Drâa en 2003 sous l’étiquette Mouvement populaire, et en devint le président.

Il est étiqueté comme sympathisant du MP (Mouvement populaire). C’était le boom des technocrates avec le gouvernement Jettou. Il est élu en 2003, à la tête de la région du Souss Massa Drâa, sa région natale puisque c’est à Tafraout qu’il a vu le jour. « C’était le rêve de son père« , rappelle un ami de la famille. « Etant homme d’affaires, on fait de la politique automatiquement. Donc c’est pas contradictoire c’est plutôt complémentaire« , affirme [Youssef] Alaoui. (…) [U]n politologue est catégorique: « Akhannouch est un visionnaire. A travers la présidence de la région du Souss, il avait d’autres ambitions politiques cachées: intégrer le gouvernement« . (Essor, janvier 2012)

Pressenti donc pour être ministre en 2007, il obtient le portefeuille de l’agriculture mais sous l’étiquette du RNI – « c’est le seul parti qui lui semblait en phase avec ses valeurs », justifie [Youssef] Alaoui« …

Un politologue glisse à cet effet: « sa nomination était attendue, surtout que l’homme est bien introduit« . Et d’ajouter: « ce n’est pas nouveau. Il a toujours été proche des arcanes du pouvoir, notamment de par sa mère, fille d’une grande famille slaouie, et soeur de Hassan Benabdelali, trésorier de [Mehdi] Ben Barka. Sa cousine, Malika Benabdelali, est l’épouse du Prince Moulay Hicham« .

Ceci ne l’empêche pas de soutenir financièrement le Mouvement de tous les démocrates, antichambre du PAM de Fouad Ali el Himma. Et vient donc ce 1er janvier 2012, où le Maroc apprend sa démission du RNI (ce parti administratif ayant entretemps rejoint l’opposition, sous la houlette brillantissime de Salaheddine Mezouar), afin de pouvoir conserver son portefeuille ministériel, chose faite le 3 janvier ou on apprend qu’il conserve le portefeuille de l’agriculture et de la pêche – le tout après une campagne électorale énergique menée il y a six semaines sous les couleurs du RNI…

Sa ligne politique n’a donc jamais varié: il va là où le bon vent du Palais l’emmène. Déja, son père, feu Ahmed Oulhaj Akhannouch, avait créé un hizbicule en 1974:

D’ailleurs, « cette sensibilité politique et cette volonté de s’investir dans la chose publique il les a héritées de son père« , renchérit-il. A titre de rappel, Ahmed Oulhaj Akhannouch avait créé, à la fin des années 70, le Parti de l’Action. (Essor, janvier 2012)

De la ségrégation entre intérêts privés et charges publiques:

On a évoqué l’épisode de la Samir. Mais la chance sourit aux bienheureux:

En 2002, la chance sourit à Akhannouch. « Il a hérité de l’empire de son père, mais aussi de sa baraka« , ironise l’un des professionnels du secteur. Cette année-là, la raffinerie de la Samir prit feu. Une panne sèche en gaz et carburants au Maroc est plus que probable. L’Etat donne le feu vert pour importer! « Il a longuement attendu ce moment. Le fait que la Samir aie le monopole le dérangeait. Et on dirait que la hasard a bien fait les choses« , rajoute le même professionnel. Akhannouch saute alors sur l’occasion et se lance dans l’importation. Il prend ainsi sa revanche sur sa tentative avortée de s’amparer de la Samir lors de sa privatisation en 1996, et double ainsi ses bénéfices. C’est durant cette même période qu’il se lance dans la politique. (Essor, janvier 2012)

L’année charnière pour le groupe familial d’Akhannouch, Akwa Group, est 2005:

Pour le couple Akhannouch, l’année 2005 sera décisive. 2005, c’est l’année de la fameuse fusion Akwa/Oismine (le groupe de Mustapha Amhal), bien que cette dernière n’ait été scellée du point de vue juridique qu’en juin 2006. « Nous voulions atteindre une taille critique. Au même moment, Amhal négociait le rachat de son entreprise par des groupes étrangers. Je l’ai contacté pour lui proposer un rapprochement de nos activités. Au fil des négociations, le rapprochement s’est transformé en rachat », avait-il déclaré à la presse. Les bruits de couloirs de l’époque font écho d’une toute autre version de l’histoire. « L’Etat ne pouvait plus dépendre des distributeurs internationaux, il voulait créer un champion national des hydrocarbures. Et c’est Akwa qui a été choisi. Amhal était endetté auprès d’Attijariwafabank, et la banque voulait récupérer sa mise. Amhal a été contraint de vendre, même s’il faut dire qu’Akhannouch était tout aussi endetté, puisqu’il n’arrivait même plus à suivre les augmentations de capital de Méditelecom à cette époque« , explique notre professionnel du secteur.(Essor, janvier 2012)

Les coups de pouce d’amis bien placés ne sont rien de nouveau – voici ce qui s’écrivait un an après sa nomination en tant que ministre de l’agriculture, en 2008:

Business. Quel sort pour Akwa ?

C’est désormais son associé Ali Wakrim qui a pris les rênes du groupe Akwa. Vice-président du holding depuis toujours, l’homme était plutôt effacé derrière l’aura et le réseau relationnel de Aziz Akhannouch. Nombreux sont d’ailleurs les observateurs qui voient dans cette nomination et sa démission de la présidence, un prélude à un éventuel désengagement de ses propres affaires. Il y a quelques semaines à peine, une rumeur insistante faisait écho de la reprise des activités du groupe Akwa par SNI-ONA, les holdings royaux. Et pour cause, le microcosme financier est conscient que la récente expansion du groupe d’Akhannouch est due à la bonne grâce des gestionnaires des affaires royales. Les exemples ne manquent pas : la reprise du groupe Somepi a été initiée par Attijariwafa bank et l’association avec des multinationales pour le terminal à conteneurs et pétrolier de Tanger Med sent fortement le coup de pouce invisible du Pouvoir. Surtout, le niveau d’endettement du groupe le laisse à la merci du financement bancaire et, donc, de la bonne volonté d’Attijariwafa. A priori donc, le groupe royal peut se servir quand il voudra dans le conglomérat du capitaine d’industrie. (Tel Quel n° 311, 16 février 2008)

Mais il n’y a pas que les hydrocarbures dans la vie, il y a aussi Morocco Mall.

2005, c’est aussi l’année de la genèse du Morocco Mall. Certes, le projet est à l’initiative de son épouse, et c’est à elle que revient le mérite de l’avoir piloté de bout en bout. (essor, janvier 2012)

Soyons justes cependant:

De toute manière, Akhannouch, le multimilliardaire, n’a de comptes à rendre à personne : ce relooking, il l’a réalisé à ses propres frais. L’homme aurait même renoncé à son salaire de ministre ainsi qu’à ses frais de déplacements. “Pour son premier déplacement officiel à l’étranger, en Italie, fin novembre, le trésorier du ministère s’est étonné de voir que la note de frais du ministre n’a jamais été remplie”, raconte une source du département. Idem pour ses deux récents voyages à Madrid et à Berlin. Même les directeurs et les hauts cadres du ministère qui l’ont accompagné durant ces périples ont eu droit à un confort qu’ils n’auraient pu se permettre avec leurs dotations quotidiennes de 120 euros. Grand seigneur, Si Aziz l’est également avec le petit personnel de son département. Il leur a fait cadeau de la dizaine de moutons que ses cabinards et lui ont reçu à l’occasion de l’Aïd El Kébir. “Depuis, les femmes de ménage et les portiers du ministère le bénissent à chacun de ses passages”, raconte l’un de ses fidèles. (Tel Quel n° 311, 16 février 2008)

Donc voilà un richissime homme d’affaires, dont le groupe – Akwa – tire l’essentiel de sa richesse du commerce des hydrocarbures, secteur réglementé par l’Etat par excellence, et commercialisant un produit – le carburant – qui bénéficie de subventions au titre de la caisse des compensations – et ce groupe a obtenu sa position dominante dans les hydrocarbures grâce à un choix de l’Etat. Quelle chance de siéger alors au Conseil des ministres!

Les leçons d’un remaniement

Plus ça change, moins ça change : c’est là une constante de la politique intérieure marocaine de ces dix ou quinze dernières années. Le remaniement de ce lundi confirme la règle.

Les faits d’abord. Deux ministères de souveraineté changent de mains : le technocrate (lauréat de MIT) Chakib Benmoussa est chassé du ministère de l’intérieur, dont il avait la charge depuis 2006, où il est remplacé par le magistrat Taïeb Cherkaoui, actuellement premier président de la Cour suprême après en avoir été le procureur général. Le psychologue social et ministre de la justice Abdelouahed Radi, propriétaire terrien féodal de Sidi Slimane et élu à la Chambre des représentants depuis 1963, est renvoyé à la tête de l’USFP, qu’il dirige depuis la fin 2008. Il est remplacé à la tête de ce ministère par l’avocat Me Mohamed Naciri, « célèbre pour défendre les intérêts du palais » (notamment dans l’affaire du détournement de fonds au Palais royal d’Agadir), ancien bâtonnier de l’ordre des avocats de Casablanca, ancien juge du Conseil constitutionnel de 1993 à 1999 et dirigeant du célèbre cabinet d’affaires Naciri et associés, désormais associé au mastodonte français Gide Loyrette Nouel.

Des ministères techniques changent également de mains. La grande nouveauté de ce remaniement réduit est bien évidemment la nomination de Driss Lachgar (bloggeur à ses heures perdues), ancien président du groupe parlementaire de l’USFP, au poste de ministre chargé des relations avec le Parlement, tandis qu’un technocrate inconnu, Yassir Znagui, prend le portefeuille du tourisme du RNI Mohamed Boussaïd, et que l’ancien ministre Mohamed Saad Alami (Istiqlal) évince le RNI Mohammed Abbou à la tête du ministère en charge de la modernisation des secteurs publics.

Quelques commentaires en vrac :

  1. A tout seigneur tout honneur: que savait Abbas el Fassi et quand l’a-t-il su? Aussi incroyable que cela puisse paraître aux personnes vivant en régime parlementaire, la presse fait état d’informations selon lesquelles le chef – nominatif – de gouvernement n’aurait pas été consulté à l’avance. Voici par exemple ce qu’écrit Libération du 5 janvier: « Quel rôle a joué Abbas el Fassi dans le remaniement du lundi 4 janvier? Seul le premier ministre peut répondre à cette interrogation qui agite le landerneau politico-médiatique. Ce lundi en fin de matinée, un leader de la majorité qui n’était absolument pas au courant du remaniement gouvernemental avait bien du mal à cacher sa surprise ». Les Echos de la même date renchérissait: « Selon une source bien informée, « le remaniement est une intiative du Roi et le Premier ministre Abbas el Fassi n’aurait rien vu vnir dans c ette action » « . Si cela devait se confirmer, la déliquescence des prétentions démocratiques du régime marocain serait définitivement achevée , et l’autocratie serait revenue à l’état d’absolutisme qui prévalait dans la période 1965-1977.
  2. Après avoir été éjecté du gouvernement après les législatives de 2007 en raison de son score catastrophique dans la circonscription de Rabat, Driss Lachgar fait un retour par la grande porte. Son évincement lui avait fait redécouvrir les délices de la contestation tribunitienne, et il s’était souvenu qu’il fallait réformer la Constitution et former une alliance avec le PJD afin de renforcer une opposition qu’il souhaitait voir menée par son parti – qui est, faut-il le rappeler, au gouvernement depuis 1998. Son militantisme en faveur d’une entrée dans l’opposition en avait fait le principal contestataire à la direction de l’USFP, et avait ravivé les sempiternels espoirs d’un ressaisissement de la gauche marocaine autour de son leader historique et contre l’actuelle politique de cooptation et de répression menée par le makhzen (pour les besoins du raisonnement, je fais comme si l’USFP ne faisait pas désormais partie intégrante de ce makhzen). Comme me l’a dit une figure respectée de la gauche marocaine avec qui j’en parlais hier soir, le pouvoir est en train de dire : «  Vous contestez le makhzen ? Vous appréciez ceux qui mènent cette contestation ? Eh bien, regardez comment nous les cooptons ». Difficile cependant de parler de coup de grâce à un parti qui ressemble à Glenn Close dans « Fatal attraction« , la victime qui refuse obstinément de mourir, même avec la tête maintenue sous l’eau pendant une ou deux minutes – mais elle finit par succomber après une longue et vaine lutte.
  3. Le cas de l’USFP est intéressant. Radi s’étant fait élire secrétaire général il y a plus d’un an contre la promesse de se retirer de son ministère, on avait assisté à une superbe mise en scène, Radi se maintenant sur instruction royale, et le Roi félicitant l’USFP – je précise pour les jeunes qui me liraient qu’il s’agit là du parti de Mehdi Ben Barka, d’Omar Benjelloun et d’Abderrahim Bouabid – de sa maturité politique à accepter le reniement de sa parole par Radi et l’ingérence royale dans ses affaires internes. Comme évoqué, Driss Lachgar avait depuis ce congrès mené une campagne véhémente pour le retrait de l’USFP du gouvernement, prônant une alliance tactique avec le seul vrai parti d’opposition parlementaire, le PJD, et tirant à boulets rouges sur le parti de l’ami du Roi («Le PAM est un projet qui nuit aux avancées enregistrées par notre pays»). La boucle est bouclée : Radi peut se consacrer tout entier au parti, et Lachgar semble avoir été frappé part la grâce. Si le palais voulait montrer que le ralliement des opposants supposés n’était pas une question de principes mais de prix et d’opportunité, il ne s’y prendrait pas autrement. Et on imagine que ce qui reste d’opposants à la ligne makhzénienne à l’USFP en prendra de la graine, soit pour rejoindre la ligne collaborationniste soit pour quitter le parti.
  4. L’empreinte du PAM semble importante. Chakib Benmoussa, coupable de lèse-majesté par ricochet en ne soutenant pas avec toute l’énergie voulue les ambitions électorales du PAM à Marrakech, aura pris la mesure de l’importance de ne pas froisser l’ami du Roi pour qui vise une carrière ministérielle – le wali de Marrakech, Mounir Chraïbi, en avait déjà pris toute la mesure après son limogeage cet été. Les deux ministres RNI limogés doivent probablement leur départ inattendu à la lutte fratricide au sein du RNI, sur lequel le PAM a eu des visées – la fusion de leurs groupes parlementaires s’avérant sans lendemain. Tant Mohammed Abbou , ministre du tourisme sortant, que Mohamed Boussaïd soutenaient le secrétaire général du RNI, Mustapha Mansouri, rudement contesté dans son parti par le ministre des finances Salahdine Mezouar, dont la proximité avec le PAM n’est un secret pour personne – Mansouri étant par contre réputé hostile au PAM (« Mustapha Mansouri, aujourd’hui cible de toutes les critiques, ne semblait pas vraiment porter la formation de Fouad Ali El Himma dans son cœur« ). Enfin, la cooptation de Lachgar écarte le cauchemar d’une alliance USFP/PJD dans une opposition revigorée, particulièrement pénible à envisager pour un Fouad Ali el Himma aux tendances éradicatrices affirmées et un makhzen aux visées hégémoniques.
  5. La ligne sécuritaire du régime, affirmée dans cet automne marocain marqué par la répression systématique de la presse indépendante, le durcissement vis-à-vis des séparatistes et des condamnations aléatoires plus scandaleuses les unes que les autres, est une autre évidence. A l’intérieur, un technocrate passe la main, et c’est un ancien procureur proche du makhzen sécuritaire et parent de la famille royale qui est désormais aux commandes. A la justice, c’est un homme du palais qui succède à deux ministres USFP successifs, le premier, feu Me Mohamed Bouzoubaa, un avocat quelconque, et le second, Radi, un diplômé de psychologie sociale : si Me Mohamed Naciri est un avocat reconnu par ses pairs, il a surtout été l’avocat attitré du palais depuis les années 90 (même si Libération de ce mardi le présente comme l’avocat de l’Etat marocain – ce qui est faux, l’avocat de l’Etat marocain étant l’Agent judiciaire du Royaume, qui dépend du ministère des finances.
  6. En tant que juriste, même s’il n’y a rien de fondamentalement nouveau à attendre ni de la réforme de la justice sous la forme des 17 projets de loi dans le domaine de la justice adoptées en Conseil des ministres (ce fût d’ailleurs la dernière intervention ministérielle de Radi), ni de ce remaniement, je me réjouis néanmoins qu’un vrai juriste soit à la tête d’un ministère où les compétences techniques ne sont pas suffisantes mais absolument nécessaires si une réforme judiciaire doit voir le jour.
  7.  Bejaad doit être le patelin marocain avec le taux le plus élevé de dignitaires ou ministres par habitant: outre Ould Bejaad, alias le criminel de guerre et ancien ministre israëlien de la défense Amir Peretz, on compte Habib Malki, ex-ministre de l’enseignement, Yassine Mansouri, actuel patron de la DGED et donc Taïeb Cherkaoui. Les parents ambitieux savent ce qui leur reste à faire pour assurer la carrière politique de leur progéniture.

On notera au passage que le nouveau ministre de l’intérieur, Taïeb Cherkaoui semblerait être apparenté à la famille royale – par alliance je présume, peut-être via Mohamed Cherkaoui, mari de Lalla Malika, tante paternelle du Roi Mohammed VI:

Taïeb Cherkaoui [ L’homme du sérail ]: (Premier président de la Cour suprême)
Ce natif de Bejaâd, en 1949, est titulaire d’une licence en droit (Université Mohammed V de Rabat), d’un DEA en sociologie (Université de Bordeaux II) et d’un DES en sciences juridiques (Université Hassan II de Casablanca). Après avoir occupé plusieurs postes au sein de la magistrature, il assume à partir de 1997 la fonction de directeur des Affaires pénales et des grâces au ministère de la Justice. C’est sous cette étiquette qu’il aura à gérer les grâces traditionnellement accordées par le souverain et qui ont souvent prêté le flanc à la polémique, notamment quant au sort des détenus islamistes. Actif au sein de la Ligue arabe et au PNUD, Cherkaoui était, depuis mars 2007, procureur général près la Cour suprême. En accédant à la présidence de cette même institution, il marche dans les pas de Driss Dahhak et voit ainsi sa carrière consacrée. Pas vraiment une surprise pour ce proche du sérail, apparenté à la famille royale. Avec cette nomination, il devient l’homme fort de la Justice… au détriment du ministre socialiste Radi ? (Tel Quel)

Petit détail intéressant: la fille de Taïeb Cherkaoui est mariée au neveu du ministre de l’agriculture Aziz Akhennouch, patron d’Akwa Holding et ami de Fouad Ali el Himma:

C’est ainsi que le neveu du patron d’Akwa Group, Mohamed Akhennouch, a épousé la fille de Moulay Taïeb Cherkaoui, l’omnipotent secrétaire général du ministère de la Justice. (Tel Quel)

Sa carrière judiciaire a principalement été en tant que procureur, à l’exception de l’année passée à la tête de la Cour suprême – une trajectoire atypique, un ancien procureur président rarement une cour suprême (un signe supplémentaire des spécificités du système judiciaire marocain):

Ainsi, Si Cherkaoui a assuré les charges de procureur général-adjoint, près les juridictions de première instance et d’appel de Casablanca, avant de remplir, dans cette dernière, la mission de Procureur général qu’il a aussi exercée près la Cour d’Appel d’El Jadida. Ce plongeon dans les labyrinthes des tribunaux s’est consolidé avec de hautes responsabilités confiées dans l’administration centrale lorsqu’il fut nommé, en 1997, à la tête de la Direction générale des Affaires pénales et des Grâces (DGAPG) du Département gouvernemental de la Justice. (Gazette du Maroc)

Le Journal l’avait désigné en 2006 comme un des 60 qui plombent le Maroc:

Moulay Taïeb Cherkaoui, Le véritable garde des Sceaux
Fort de ses liens avec la famille royale, Moulay Taïeb Cherkaoui est devenu l’œil du Palais au ministère de la Justice. L’ancien procureur près la Cour d’appel de Casablanca est incontournable dans le mécanisme décisionnel de ce département. On prête également à celui qui a remplacé Omar Doumou à la Direction des affaires pénales et des grâces un grand pouvoir. Normal, il a sous ses ordres une armée de procureurs qui ne peuvent pas refuser les instructions de leur patron. On rapporte que Mohamed Bouzoubaâ a été rappelé à l’ordre lorsqu’il a essayé, il y a deux ans, de l’écarter de la Direction des affaires pénales. Des magistrats et avocats qui connaissent bien Moulay Taïeb Cherkaoui le considèrent comme le véritable patron du ministère de la Justice. (Le Journal)

Après les ftours qui déboulent, maintenant le tour de la Banque mondiale

Vous le savez, Salaheddine Mezouar n’a dû qu’à la fourberie congénitale des chiites, présents en force au sein de l’Académie royale des sciences de Suède, de ne pas obtenir le prixNobel de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel en 2008, en dépit de sa théorie, fondée empiriquement, sur les ftours qui déboulent et le cours de la bourse qui suit. Cette déconvenue ne l’a pas abattu: il a ainsi récemment reçu le directeur général de la Banque mondiale pour sermonner ce noyau de propagandistes nihilistes à la solde du réseau Belliraj, de Moulay Hicham, Bob Ménard, Ali Lmrabet et de Nadia Yassine sur leurs méthodes de calcul et de collecte des statistiques et de l’information:

Les chiffres biaisés de la Banque mondiale

Lors de son entrevue avec Juan José Daboub, directeur-général de la Banque mondiale, Salaheddine Mezouar, ministre de l’économie et des finances a émis des réserves quant au contenu des publications de la Banque mondiale (Doing Business, Rapport MENA, Perspectives de l’économie mondiale…) qui ne reflètent pas de manière objective les réels progrès accomplis par le Maroc. A ce propos, S. Mezouar a invité la Banque mondiale à prendre, dans les meilleurs délais, toutes les dispositions nécessaires pour corriger cette situation.

Sur le plan du développement humain, le ministre a appelé la Banque mondiale à appuyer le Maroc dans la mise en oeuvre de sa stratégie dans les domaines de la santé et de l’éducation, ainsi que pour la mise en place d’une 2e phase de l’INDH. L’appui de la Banque mondiale aux programmes de réformes engagés par le Maroc dans les secteurs de l’énergie et de l’eau est également souhaité. Dans le cadre de la préparation de la prochaine « Stratégie de partenariat pays » qui débutera en 2010, S. Mezouar a insisté sur la nécessité d’adopter une démarche participative et partenriale dans l’élaboration de cette stratégie afin de mieux s’adapter aux contextes national et international. (L’Observateur, n° 16 du 30 janvier 2009, p.43)

Il est vrai que le scandale de cette conjuration de prêcheurs de haine est patent: dans le classement annuel 2009 du rapport « Doing Business« , qui mesure le climat d’affaires, le Maroc est 128e, devancé par le Lesotho, le Bhoutan et la Tanzanie. La haine qui suinte dans le rapport « Global Economic Prospects 2009: Commodities at the Crossroads » fait froid dans le dos:

 

In the more-diversified economies that are highly dependent on oil and food imports, exports slowed in 2008 as growth turned sluggish among key trading partners in Europe and the United States. But strong recovery in Morocco following drought in 2007 and continued solid performance in Tunisia and Jordan boosted growth to 5.7 percent from 3.8 percent.

 

L’avalanche de boue haineuse se poursuit dans les prévisions spécifiques de la Banque mondiale pour la zone MENA:

Parmi les économies les plus diversifiées de la région, le Maroc a amorcé une reprise rapide avec une croissance de 6,2 % en 2008 contre les 2,7 % enregistrés en 2007 eu égard à la sécheresse. Ces résultats de croissance sont sous-tendus par la vigueur des secteurs non agricoles, en particulier les télécommunications, les services financiers et le secteur du bâtiment et des travaux publics.
Les mesures prises à l’effet de maîtriser les prix intérieurs – la subvention des produits alimentaires et des carburants, la suppression provisoire des droits de douane sur les céréales, et les actions de lutte contre la spéculation sur les prix – ont permis de maintenir l’inflation générale à un niveau relativement bas, en comparaison avec les pays de la région. Il reste toutefois que le niveau des subventions a triplé en deux ans, atteignant près de 6 % du PIB en 2008.

Quelles mesures de corrections pourraient être prises? On ne saurait trop conseiller la Banque mondiale de s’inspirer d’experts véritables, à la déontologie intransigeante:

Crise financière: Le système bancaire marocain limite l’impact
Le Matin du Sahara Publié le : 02.03.2009 | 11h18
Par : Abdallah Darkaoui
Le système bancaire et financier solide, moderne et structuré a permis au Maroc de limiter l’impact de la crise financière planétaire, a affirmé samedi soir à Safi l’expert en économie, Driss Guerraoui.

Le Maroc n’a pas été durement touché par la crise actuelle grâce à l’équilibre de son système financier, a indiqué M. Guerraoui qui s’exprimait lors d’un café littéraire sur «des méditations sur la crise financière internationale».

Les propos d’un expert indépendant attestent de ce constat lucide et objectif:

Economie nationale en 2008: Les résultats suscitent optimisme dans l’avenir
Le Matin du Sahara Publié le : 27.02.2009 | 13h51
Par : Abdallah Darkaoui
L’année 2008 a été marquée par des résultats «très encourageants», sauf pour les échanges extérieurs, ce qui suscite optimisme dans la capacité de l’économie nationale à poursuivre le renforcement de ses équilibres, a indiqué le ministre de l’Economie et des Finances, Salah Eddine Mezouar.

Tous les officiels minimisent l’impact de la crise financière au Maroc, notamment dans le secteur financier. Qu’en pense le Trésor?

– Vous le savez, le Trésor est un membre de l’administration… Nous sommes en quelque sorte les «conseillers» du ministre des Finances. Nous épousons effectivement cette position. (…)

Vu la santé économique du Royaume, est-ce que cette crise peut être considérée comme une opportunité?

– Les pouvoirs publics la conçoivent ainsi. (…)

(Lahbib Idrissi-Lalami, L’Economiste)

On notera que terrifiée par cette leçon de déontologie, la Banque mondiale a censuré cet appel salaheddinesque à la conscience professionnelle et universelle.

Et il n’est pas besoin d’avoir une armée d’expatriés surpayés et d’informateurs indigènes ayant la haine de soi pour un travail d’expertise digne de ce nom. Cet effort est à la portée des bloggeurs citoyens, qui montrent la voie dans l’intériorisation d’un traitement déontologique, fiable et responsable de l’actualité économique, politique, sociale et culturelle du Royaume, comme le montre l’exemple suivant dont les bureaucrates surpayés de la Banque mondiale devraient s’inspirer:

HRH Prince Moulay Rachid of Morocco
This Web Site is dedicated to the Most Important Leader on the Universe. His Royal Highness Prince Moulay Rachid of Morocco embodies the new amalgamation of modernity and tradition. Highly educated, multilingual, intelligent royal leads the way in solving global plight and his clear thinking approach outlines quality of his vision.

Il faut espérer que Salaheddine Mezouar poursuivra dans cette voie courageuse et continuera à porter la bannière de la déontologie scrupuleuse et intransigeante dont lui et les siens sont les artisans, notamment vis-à-vis des groupes subversifs suivants, instruments dociles des sombres complots ourdis à TindoufCaracas et Tel AvivTéhéran:
– le PNUD, auteur d’un rapport sur l’indice de développement humain, dont la dernière version rendue publique place le Maroc après la Namibie;
– Freedom House, auteur d’un rapport sur les libertés dans le monde (vus de la perspective de néo-libéraux étatsuniens certes…) où le Maroc est devancé par le Nigéria et Madagascar;
– Transparency International, dont le classement selon l’indice de perception de la corruption 2008 place le Maroc après le Burkina Faso et la Chine;
– la Heritage Foundation, ONG néo-libérale qui place le Maroc après l’Egypte et la Tunisie en matière de libéralisme économique;
– et enfin la FIFA, qui place le Honduras, l’Ecosse et le Costa Rica avant les Lions de l’Atlas;

Puissent les efforts du Salaheddine des temps modernes être couronnés de succès!

Merci à Larbi pour l’inspiration.

Les nominations aux prix Douglas Feith et Thomas Friedman pour 2008 sont ouvertes

Les nominations pour l’année 2008 pour les deux prix distincts que sont le prix Douglas Feith et le prix Thomas Friedman sont ouvertes à tous les lecteurs de ce blog, jusqu’au 31 décembre à minuit. Le vote final pour désigner un vainqueur dans chaque catégorie sera ouvert à compter du 1er janvier. Ceux qui souhaitent proposer d’autres candidats que ceux indiqués ci-dessous peuvent soumettre leurs propositions dans les commentaires de ce billet.

Le prix Douglas Feith est décerné en l’honneur de Douglas Feith, ex-under secretary for defense et néo-con patenté. L’ex-commandant en chef des troupes d’occupation étatsuniennes en Irak, le général Tommy Franks, l’avait décrit comme « the fucking stupidest guy on earth« . Il est bien évidemment entendu que les nominés peuvent être d’autres persuasions politiques, et que la consécration finale est ouverte à tou-te-s sans distinction de sexe, d’ethnie, de nationalité, de religion, d’orientation sexuelle, d’origine sociale ou d’opinions politiques, pourvu que le candidat/la candidate soit dans la lignée de l’appréciation portée par Tommy Franks.

Le prix Thomas Friedman est quant à lui décerné à un journaliste, chroniqueur ou éditorialiste dont les écrits ou propos s’inscrivent dans la lignée du chroniqueur étatsunien Thomas Friedman, qui sévit au New York Times. Un style boursouflé, des platitudes, des stéréotypes, des erreurs à profusion, des poncifs et des raisonnements approximatifs, voire une bonne pincée de mauvaise foi, chaque lecteur, téléspectateur ou auditeur pourra en relever. Ce qui sera primé ici sera la constance dans l’effort et le talent déployé à atteindre les sommets friedmanesques. Là aussi, il est bien évidemment entendu que les nominés peuvent être d’autres sensibilités politiques ou supports médiatiques, et que la consécration finale est ouverte à tou-te-s sans distinction de sexe, d’ethnie, de nationalité, de religion, d’orientation sexuelle, d’origine sociale ou d’opinions politiques, pourvu que le candidat/la candidate soit dans la lignée de l’oeuvre friedmanesque.

Trois conditions à chaque nomination:

1- Elle doit être fondée sur un écrit ou une déclaration faits durant l’année 2008, de préférence avec un lien ou une référence;

2- Le prix Doug Feith est réservé aux non-journalistes, tandis que le prix Thomas Friedman est réservé aux journalistes voire exceptionnellement à des organes de presse écrite ou audiovisuelle.

3- Les bloggeurs et commentateurs de blogs sont exclus de ces deux compétitions, à grand regret car il y là un gisement de talents inépuisable.

Mes nominés pour le prix Douglas Feith, avec mes regrets pour Rachida Dati, méritoire par la constance de son incompétence et par la carence de son bon sens, mais qui n’a pas réussi à mettre à son palmarès des pics de performance qui lui assureraient une place sur le podium:

1- Abbas El Fassi, premier ministre marocain. Il est presque hors concours. Il mériterait le prix pour l’ensemble de son oeuvre mais encore plus pour son entretien déjà mythique avec Jeune Afrique il y a quelques mois.

2- Salaheddine Mezouar, ministre des finances marocain. Il a raté le prix Nobel d’économie, mais ses déclarations sur la chute de la bourse de Casablanca, dût aux repas de rupture du jeûne resteront dans les annales.

3- John Mc Cain. Il a déclaré en septembre que les fondamentaux de l’économie étatsunienne étaient bons. Sans commentaire.

Mes nominés pour le prix Thomas Friedman:

1- Nadia Salah, rédactrice en chef de L’Economiste: un peu comme pour Abbas El Fassi, c’est le couronnement d’une oeuvre de longue haleine, avec des pics de performance qui forcent l’admiration. C’est aussi un peu injuste: c’est toute l’équipe éditoriale de L’Economiste qui devrait être primée.

2- Khalil Hachmi Idrissi, éditorialiste d’Aujourd’hui Le Maroc, pour la parfaite maîtrise des réalités constitutionnelles marocaines manifestée par le constat que « la famille royale est une famille comme toutes les familles marocaines« .

3- Je me rends compte que la patrie des droits de l’homme est injustement absente de la liste des nominés.  S’agissant du domaine médiatique, c’est sans doute que la concurrence y est trop rude pour distinguer une seule individualité: entre les blocs-notes de BHL, les approximations du Monde, la haine raciale d’Ivan Rioufol dans Le Figaro, l’esprit partisan de Claude Askolovitch et l’insondable abîme de flagornerie qu’on retrouve régulièrement dans les pages des newsmagazines, difficile d’en distinguer un de peur d’en oublier. Mais il faut cependant garder une mention spéciale pour Charlie Hebdo, l’organe de propagande islamophobe de Philippe Val, le plus célèbre lecteur de Spinoza de France. Si les éditoriaux du maître des lieux sont d’une bêtise difficilement égalable, l’incohérence de ses propos en fait un orfèvre de la mauvaise foi journalistique. Mais me rendant compte que ces deux listes de nominés comptent aucune femme, Rachida Dati ayant été recalée in extremis, je me dois de proposer le nom de soeur Caroline Fourest, papesse du clergé laïcard, qui aime les caricatures lorsqu’elles visent le prophète Mohamed mais semble plus circonspecte quand elles visent Philippe Val.

A vous de jouer.

Salaheddine Mezouar nominé pour le Prix Nobel d’économie


C’est officiel: Salaheddine Mezouar, ministre des finances, fait partie de la short-list établie par l’Académie royale (suédoise) des sciences. C’est bien évidemment l’ensemble de son oeuvre qui lui vaut ce privilège, mais surtout sa récente théorie sur la baisse boursière au Maroc:

Pour lui, la brutalité de la baisse sur des volumes limités vient des «investisseurs qui se sont fait peur en discutant après le f’tour, en imaginant que la crise mondiale allant aussi débouler au Maroc»

Faites un geste pour la bourse de Casablanca, sautez le ftour! La patrie, le ministère des finances et les actionnaires de la bourse de Casablanca vous en seront reconnaissants.

%d blogueurs aiment cette page :