L’Economiste-watch – flashback persan

Via un commentaire de Citoyen chez Larbi, quelques considérations géopolitiques salahesques, portant sur l’Iran (ça date quand même de 2007, mais le génie est intemporel):

Démagogues

C’est une nouvelle à peine croyable, et pourtant elle est vraie: le quatrième producteur mondial de pétrole, l’Iran, est incapable de fournir à sa population l’essence dont elle a besoin. Ces besoins ne sont pas bien grands puisque le revenu par tête des Iraniens n’est pas très supérieur à celui du Maroc, malgré la manne des pétrodollars. C’est d’ailleurs ce paradoxe, et en dépit de la répression policière, qui a poussé des jeunes à se révolter violemment contre les mesures de restrictions. On comprend leur colère lorsqu’on sait que le taux de couverture énergétique (théorique) de leur pays est de 195%, quand celui du Maroc n’est que de 6%.
Qu’est-ce que le Maroc a à voir avec ces événements, qui sont, somme toute, bien lointains?
D’abord, et toute première leçon: lorsqu’on mélange la religion et la politique, les résultats sont désastreux, pour la population et pour le pays. Qu’on en juge! Ce pays millénaire de 70 millions d’habitants, qui a (avait?) une base industrielle sans commune mesure avec celle du Maroc, n’est pas capable d’offrir ne serait-ce que les instruments d’une communication moderne et confortable à sa population. Il n’y a que 62 téléphones portables pour 1.000 Iraniens. A titre de comparaison, les Marocains en ont 312.
Ensuite, deuxième leçon, quand le pouvoir politique n’autorise aucune liberté d’expression, il empêche en même temps l’autorégulation du pays. Par exemple, quand les journaux marocains s’inquiètent du déficit prévisible en électricité, le gouvernement se dépêche d’agir, ce qui pour le moins limitera les dégâts. Les journaux iraniens, eux, n’ont pas le droit de critiquer ouvertement leurs responsables. Résultat, il n’y a pas de sonnettes d’alarme, pas d’évaluation de l’action publique… jusqu’au jour où il n’y a plus d’essence à la pompe!
Enfin et en période électorale c’est important: méfions-nous des démagogues et des jeteurs d’anathèmes. Ce sont des criminels en puissance

Nadia SALAH

Un véritable feu d’artifice. Permettez-moi de souligner les points suivants:

1- « le revenu par tête des Iraniens n’est pas très supérieur à celui du Maroc » – c’est vrai, selon une fatwa d’un cheikh salafiste de la Banque mondiale le revenu par habitant du Maroc en 2006 était de 3.860 USD, tandis que le chiffre correspondant pour l’Iran était de 9.800 USD, soit en gros 2,5 fois plus par habitant que le Maroc. Mais on n’est pas obligé de prendre pour argent comptant cette odieuse propagande chiito-nihiliste.

2- « en dépit de la répression policière, qui a poussé des jeunes à se révolter violemment contre les mesures de restrictions » – seuls des nihilistes élitistes et étrangers à l’authentique modernité du terroir allégueraient qu’avec Sefrou, Ifni et Marrakech, le Maroc n’aurait rien à voir avec ces phénomènes connus des seuls pays étrangers, les émeutes au Maroc étant toujours ourdis par des marginaux à la solde des séparatistes (1).

3- « lorsqu’on mélange la religion et la politique, les résultats sont désastreux, pour la population et pour le pays » – certains ennemis de l’authenticité moderne propre au génie marocain tentent vainement de diffamer le génie national en évoquant certains passages obscurs d’un texte au demeurant inconnu et inappliqué – « Le Royaume du Maroc, Etat musulman souverain » (préambule), « L’islam est la Religion de l’Etat qui garantit à tous le libre exercice des cultes » (article 6), « La devise du Royaume est DIEU, LA PATRIE, LE ROI » (article 7), « Le Roi, Amir Al Mouminine. Représentant Suprême de la Nation, Symbole de son unité, Garant de la pérennité et de la continuité de l’Etat, veille au respect de l’Islam » (article 19), « Le Conseil de régence est présidé par le premier président de la Cour Suprême. Il se compose, en outre, du président de la Chambre des Représentants, du président de la Chambre des Conseillers, du Président du Conseil régional des oulémas des villes de Rabat et Salé… » (article 21), « Aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi ou recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions, hormis le cas où les opinions exprimées mettent en cause le régime monarchique, la religion musulmane… » (article 39) et enfin « La forme monarchique de l’Etat ainsi que les dispositions relatives à la religion musulmane ne peuvent faire l’objet d’une révision constitutionnelle » (article 106).

4- « Il n’y a que 62 téléphones portables pour 1.000 Iraniens. A titre de comparaison, les Marocains en ont 312 » – cf. « Jamais, depuis trente ans, je n’ai vu le Maroc courir à une telle vitesse ! Une classe moyenne est en train d’émerger. Il a été vendu plus de 100 000 voitures neuves l’année dernière, contre 10 000 il y a quinze ans« .

5- « quand le pouvoir politique n’autorise aucune liberté d’expression, il empêche en même temps l’autorégulation du pays » et « Les journaux iraniens, eux, n’ont pas le droit de critiquer ouvertement leurs responsables » – commentaires superflus, n’est-ce pas Ahmed Benchemsi?

6 – Nadia Salah, sans doute terrassée par l’effort de réflexion, n’a pas évoqué les dangers de l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel (2), cause évidente du retard iranien – ces dangers ont pourtant récemment été soulignés par ses collègues éditorialistes du Matin du Sahara.

Etant moi-même terrassé par l’effort, je vous renvoie à la Gâchette du Maroc pour une analyse plus poussée du discours de la méthode salahesque.

(1) Je sais, inutile de le signaler, c’est anachronique, lesdites émeutes ourdies par des cercles séparatistes à l’étranger ayant eu lieu après ladite chronique de Nadia Salah, mais ne me cassez pas la baraque.

(2) Suffrage universel fortement limité dans le cas iranien par le filtre idéologique et institutionnel éliminant tout candidat non-favorable au caractère religieux du régime.

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