« Peres est choqué et inquiet »

« Peres, who is working overtime as super-foreign minister, is shocked and concerned by Israel’s international status » (Haaretz).

Bonne nouvelle.

Baisemain et protocole royal

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On peut trouver des infos intéressantes même dans des magazines qui ne paient pas de mine, comme l’hebdo casablancais Finances News Hebdo du 30 juillet 2009. En effet, entre des dizaines de pages de panégyrique sur les dix années de règne, quelques pubs et une chronique où la journaliste Imane Bouhrara révèle qu’elle fait 1m78 pour 70 kg, on y trouve une interview très intéressante de Nadia Yassine, ainsi qu’un entretien avec le chercheur universitaire Aziz Chahir portant sur le protocole royal au cours de ces dix dernières années.

Dans un article qui accompagne cet entretien, Finance News Hebdo relève que si « les règles protocolaires sont restées pratiquement sans changements majeurs dans les relations du Souverain avec le corps des agents d’autorité« , le Roi serait moins protocolaire au contact de la foule lors de ses déplacements – « les mesures protocolaires durant le règne de Mohammed VI ne sont pas aussi imposantes que par le passé » (à vérifier, à mon sens).

Dans l’entretien, Aziz Chahir analyse l’instrumentalisation du protocole: « je pense que malgré le changement d’époque et des hommes, l’objectif du protocole royal demeure indéniablement le même, à savoir le maintien de la suprématie politique et symbolique du monarque à travers sa présence physique parmi ses sujets« .

Cette analyse est à contraster avec l’étonnant texte de Mohamed Ennaji, historien et sociologue qui fût disciple et collègue de l’immense Paul Pascon, avec lequel il écrivit « Le Makhzen et le Sous al-aqsa : la correspondance politique de la maison d’Illigh« , et qui a récemment fait parler de lui avec deux ouvrages récents, « L’amitié du Prince » et « Le sujet et le mamelouk« , dans lesquels il tente de démontrer la racine islamique de la sujétion. De manière assez étonnante, il dit s’être détourné de l’étude du makhzen (« C’est une certaine insatisfaction ressentie après tous les travaux sur le Makhzen et ne rendant pas fondamentalement compte de la sujétion au Maroc, qui est à l’origine de ce travail« , Economia, juin/sep 2008) et privilégie désormais une approche anthropologique s’écartant du contexte spécifiquement marocain.

Les mauvaises langues diront sans doute que cet éloignement de l’étude spécifique de la sujétion makhzénienne tombe bien, puisque Mohammed Ennaji est le fondateur et l’organisateur du festival des Alizés, qui se tient annuellement à Essaouira sous le regard bienveillant du conseiller royal André Azoulay, de même que le festival des Andalousies atlantiques (ah, ces noms de festival…) dans la même ville (1), et qu’il vient d’organiser le festival Awtar à Benguerrir pour le compte de la fondation Rhamna de Fouad Ali El Himma, répondant à un journaliste l’interrogeant sur sa proximité avec moul traktor que « je l’ai dit et écrit à plusieurs reprises : au Maroc, on ne peut pas organiser un festival sans passer par les relais du Pouvoir. Mais je peux vous assurer que j’ai eu une totale liberté pour la programmation« …

Comparons les deux textes – tout d’abord, l’entretien avec Aziz Chahir:

Entretien: « Le protocole adapté au style du Souverain »
Dans cet entretien, Aziz Chahir, enseignant-chercheur à la Faculté de droit de Casablanca, pense que le protocole royal n’a pas réellement changé malgré les différences de forme constatées.
Finances News Hebdo du 30/7/2009, p. 40

Finances News Hebdo: Quels sont, d’après vous, les grands indicateurs de la réduction des mesures protocolaires durant ces dix ans de règne de Mohammed VI?

Aziz Chahir: Après dix ans de règne, je crois personnellement que le Roi n’a pas mis sur pied un « nouveau » protocole royal. Au contraire, celui-ci demeure, au fond, intact puisqu’il continue à fonctionner selon les anciennes modalités (rites, codes, cérémonies,…). Je me rappelle à cet égard d’une déclaration du monarque à Paris Match au cours de laquelle il affirmait son engagement à préserver la spécificité et la rigueur du protocole marocain, à la condition toutefois qu’il soit adapté à son style de gouvernement. C’est dire tout l’attachement du Souverain à la tradition monarchique et en particulier à « la culture de Cour » qui s’installe au coeur même des Etats et des sociétés modernes, pour reprendre ici une idée de Norbert Elias.

Cependant, je crois que le monarque a tenté malgré tout d’adapter le système protocolaire à son style de direction qui se veut moderne et ouvert sur la société. Le Souverain a décidé ainsi d’opérer un allègement du lourd protocole royal en rendant, par exemple, facultatif le baisemain et en bannissant les militaires de la cérémonie d’allégeance. Et dans un élan plus réformiste, le Roi a même autorisé son épouse officielle à paraître en public et même à l’accompagner dans certains de ses déplacements officiels. En lui accordant le statut privilégié de « princesse », le monarque a accordé ainsi à son épouse une place inexistante jusqu’alors dans le protocole.

Finances News Hebdo: En sa qualité d’Amir al mouminine, des continuations subsistent certainement entre SM le Roi et les sultans alaouites. Est-ce que cela n’influence pas sur une réduction plus poussée des mesures protocolaires?

Aziz Chahir: Le protocole royal fait partie intégrante d’un modèle louis-quatorzien de Cour assez uniforme. Celui d’une institution minutieusement réglée au sein d’une monarchie de type dynastique. Pour preuve, il existe même un ministère de la Maison royale, du Protocole et de la Chancellerie. C’est dire toute l’importance accordée par la monarchie au système protocolaire dont la mission est d’assurer au Souverain sa double légitimité politique et symbolique à la tête de la Nation. Il est ainsi à la fois Commandeur des croyants et chef de l’Etat, détenteur d’un pouvoir spirituel et temporel.

L’exercice de ces pleins pouvoirs passe inéluctablement par une ritualisation des conduites du monarque grâce à un système protocolaire bien ancré d’ailleurs dans l’histoire de la dynastie alaouite. Par exemple, à l’époque de Moulay Ismaïl, le protocole royal a été érigé en culture politique et avait contribué à sacraliser la personne du Roi devenue, le temps aidant, inviolable et inacessible. Plus, la moindre apparition en public ou déplacement du Souverain est devenu un rite de passage pour marquer la suprématie et la domination royales.

Ceci étant dit, après des décennies de règne alaouite, le protocole n’a pas tellement changé malgré les différences de forme, par exemple entre la m’hala vulgarisée par le sultan Moulay Ismaïl, qui sillonnait le Royaume sur le dos de son cheval suivi d’esclaves et de fidèles, et le cortège royal en limousines blindées qui roulent sur des centaines de mètres de tapis même lorsqu’il pleut.

Je crois que malgré le changement d’époque et des hommes, l’objectif du protocole royal demeure indéniablement le même, à savoir le maintien de la suprématie politique et symbolique du monarque à travers sa présence physique parmi ses sujets. Pour ce faire, le Roi tient impérativement à renouer le lien avec le peuple grâce au rituel politique de la « baya » à travers laquelle les sujets manifestent leur allégeance au sultan. La symbolique de cet acte renforce ainsi l’autorité du monarque et lui permet de monopoliser les usages protocolaires pour consolider son pouvoir politico-religieux.

Finances News Hebdo: Enfin, est-ce que vous pensez que la nouvelle tradition inaugurée par le Roi sera un exemple à suivre pour les futurs rois du Maroc?

Aziz Chahir: Je crois que le monarque est plus que jamais conscient que la pérennisation de la monarchie passe inéluctablement par la préservation des fondements historiques de la dynastie alaouite. A l’instar de ses ancêtres, le Souverain tente ainsi de réinventer la tradition suivant laquelle, pour légitimer le protocole royal par exemple, il peut être utile de démontrer sa pertinence culturelle comme partie intégrante d’une civilisation ancestrale. A cela, il faudra ensuite adapter le protocole au contexte politique actuel et aux contraintes de la modernité. Par exemple, à l’ère de la mondialisation et de la communication de masse, il paraît insensé d’arrêter le pays pour regarder, en temps réel, sur place, ou à travers une télévision qui suspend ses programmes, un cortège royal qui mettrait le monde hors du temps.

Ceci étant dit, je crois que la protocole royal, tel qu’il a été recadré par le Souverain, sera vraisemblablement un exemple à suivre pour les futurs rois du Maroc. Ces derniers auront certainement du aml à abandonner un système protocolaire enraciné dans l’imaginaire collectif. Au contraire, les futurs monarques vont essayer de rationaliser le sytème protocolaire afin de sécuriser davantage les cortèges royaux, surtout avec la recrudescence de la menace terroriste.

Ensuite, l’article de Mohammed Ennaji publié dans la Gazette du Maroc, que je reproduis ici:

Le scoop du baisemain, de l’Histoire aux histoires
Mohamed Ennaji
La Gazette du Maroc 24 Juillet 2009

A la une du journal al-Massae, un auteur nous livre en avant première un scoop. Ce serait El Youssoufi, l’ancien Premier Ministre socialiste, l’ancien résistant en personne, qui aurait insisté auprès du Roi pour maintenir le rituel du baisemain ! L’information, on le voit, vaut son poids d’or. Par surcroît, elle n’est pas le fruit de spéculations théoriques, loin de là, elle sort du sanctuaire lui-même. C’est un homme de la maison fortunée qui aurait distillé la nouvelle au politologue. On imagine le Roi en colloque avec le Premier Ministre, débattant de la monarchie et de ses rites à haute voix : Qu’en pensez-vous maître ? Oui Majesté, on garde ceci et on abandonne cela ! Et convaincu par l’argumentaire infaillible d’un militant ayant vécu sa vie loin des rituels palatins, le Roi tient conseil avec ses serviteurs de l’intérieur pour les tenir informés de son décret concernant le rituel en question. Et notre auteur chanceux a la primeur de ces conciliabules ! Il n’y a pas à dire, la connaissance historique avance à grands pas !

Mais où est l’Histoire dans tout cela  ? C’est que les rituels du protocole de cours, à vrai dire, ne naissent ni ne meurent d’une décision prise à la légère du jour au lendemain. Ils naissent d’une lente accumulation fruit de la pratique quotidienne du pouvoir, de l’obligation où se trouve l’autorité de s’entourer d’une aura. Ils condensent en eux les péripéties de la formation du statut du chef. Ils expriment le contenu du lien d’autorité impliquant, il ne faut guère l’oublier, deux parties : le maître et ses sujets. Ils évoluent et disparaissent parce que les sociétés changent ainsi que les mentalités qui vont avec et donc le vécu du rapport au pouvoir. Le baisemain est dans ce cadre un produit historique. Il ne naît pas de la fantaisie d’un despote qui lui dicterait de tendre la main à tout propos à ses sujets. Il est le produit d’un rapport de force qui fait que le plus faible se soumet au plus fort parce que ce dernier lui tord le cou ou est en mesure de le faire. La main, avec le temps, devient le symbole de cette puissance parce qu’elle en fut initialement l’organe fondateur. Elle recueille les redditions qui, dans les sociétés pacifiées, se nomment allégeances. Dans celles-ci le chef n’est pas plus puissant uniquement parce qu’il concentre la force mais aussi le prestige et la richesse qu’il a pu engranger grâce à elle.

On s’approche de lui, on le courtise sans doute parce qu’on le craint, mais aussi et surtout pour en toucher les dividendes. En plus de ses trésors, l’autorité fascine les populations qui lui courent derrière, profitent de n’importe quelle occasion pour l’approcher. Le chef est adoré, sollicité, supplié, non pas seulement par les nécessiteux mais par les riches aussi qui s’agglutinent autour de lui, se jettent sur sa main, à ses pieds et les embrassent goulûment. Nous dirions aujourd’hui, comme le font les grands notables, pour la photo.

C’est ainsi que se forme et se consolide la servitude comme contenu d’un lien d’autorité tissé de contrainte et d’adoration. La main dans les rituels des palais trahit cette relation dont elle laisse deviner les origines guerrières mais aussi affectives et sacrées. Sans ce dernier aspect, on ne comprendrait pas le baiser déposé de nos jours encore en Occident sur la main du pape, par des personnes qu’on dit pourtant libérées par la modernité. On prend conscience, avec cette parenthèse, de la vivacité d’une telle pratique qui a la ressource de se lever jusque dans des recoins de la société moderne où le sacré lui donne refuge. De cette servitude nous avons, pour la plupart d’entre nous qui observons de l’extérieur, une vision simpliste et réductrice. L’enceinte du palais cache à nos yeux des secrets qui réduisent les volontés et font les sujets se prosterner sous la contrainte. Que de gens «très progressistes» vous raconteront comment peu à peu le mystère qui a présidé à leur accès à la maison fortunée, les a acculées, malgré elles, à baiser la main du monarque sans qu’elles y aient songé un seul instant auparavant. Or il suffit d’examiner de près le sentiment des serviteurs au Roi, pour se rendre compte que le baisemain traduit largement une volonté de celui qui l’accomplit.

Nous baisons bien la main de nos pères et de nos bien-aimées. Baiser la main du chef devant lequel on sent le trouble nous envahir comme dans le sentiment amoureux n’est pas plus compliqué. Le serviteur tient au plus haut point à manifester sa fidélité, son attachement et n’a de moyen plus indiqué de le faire, en présence du Roi, qu’en apposant un baiser sur sa main fortunée, al-maymouna. Le baisemain est un moment de proximité unique, qui explique que tant de responsables l’éternisent avec fierté par une photo qu’ils ont toujours bien en vue à leur bureau comme à la maison.

Vu ainsi, le baisemain, en tant que rapport entre deux parties consentantes, ne peut disparaître définitivement qu’en cas de changement radical du lien d’autorité. Dès lors, et vu son contenu et l’empressement de nombreux sujets à s’y appliquer, ce n’est pas au roi qu’il revient de l’interdire. C’est grand-pitié en effet d’empêcher un sujet de donner libre cours à ses effusions sincères. A ma connaissance, le Roi Mohammed VI ne contraint personne de nos jours à s’y conformer. Et personne parmi ceux qui ne baisent pas sa main n’a été livré jusqu’à présent à la solitude de l’exil.

C’est qu’un roi n’a pas besoin du baisemain pour conforter sa puissance, sa main en réalité est partout présente, elle s’est démultipliée avec l’appareil d’Etat. Déjà à l’entrée en audience, les présents sont, comme le dit l’expression en cours, entre ses mains, bayna yadayh, sans qu’ils aient à les toucher.
C’est qu’il a, pour reprendre les vocables en usage, la main haute et longue. Et puis nous ne sommes plus dans une petite communauté où le chef a besoin de bomber le torse pour se faire obéir.
Dans les sociétés complexes le chef délègue pour mieux contrôler, et justement pour mieux avoir en mains. Il éloigne de lui la fonction répressive notamment parce qu’elle porte ombrage à sa personne auguste et clémente.

C’est pour cela qu’on dit que Dieu n’a pas de main gauche dont il laisse le soin à l’ange de la mort. Il suffit pour mieux nous faire entendre à ce sujet de citer un exemple terrestre qui nous fut naguère familier, en se remémorant le cas du défunt Driss Basri qui en fut dépositaire dans le règne précédent et en supporta, à sa disgrâce, tous les désagréments. Aussi se fixer sur la main «physique» du monarque c’est faire fausse route et se refuser à bien comprendre un système dans sa complexité.

Mais c’est aussi une façon de se débarrasser de sa part de responsabilité dans un rituel dont nous sommes partenaires. Attendre du palais de rendre caduc le baisemain et lui en tenir force rigueur à lui seul pour cette pratique relève de la myopie. A supposer par ailleurs qu’il le fasse, il y aura toujours des serviteurs plus zélés que d’autres, ou plus adorateurs, qui ne pourront pas se retenir encore et toujours de baiser sa main à l’envers et à l’endroit.

La différence d’approche entre ces deux articles est frappante: le chercheur Aziz Chahir explique l’instrumentalisation politique et symbolique du protocole royal, élément parmi d’autres de la formation d’une identité politique marocaine marquée par la suprématie royale, tandis que Mohammed Ennaji, ancien disciple de Paul Pascon et ex-sympathisant d’Ilal amam, s’offusque de manière inexplicable de ce que l’ancien premier ministre Abderrahmane Youssoufi aurait conseillé à Mohammed VI le maintien du baisemain – et à le lire, on a l’impression que cela relèverait de la lèse-majesté. Si Ennaji a raison de dire que les rites et cérémonies relevant du protocole royal s’inscrivent dans le long terme, il termine son article en soulignant le caractère mystérieux, adorateur et volontaire du baisemain:

Que de gens «très progressistes» vous raconteront comment peu à peu le mystère qui a présidé à leur accès à la maison fortunée, les a acculées, malgré elles, à baiser la main du monarque sans qu’elles y aient songé un seul instant auparavant. Or il suffit d’examiner de près le sentiment des serviteurs au Roi, pour se rendre compte que le baisemain traduit largement une volonté de celui qui l’accomplit.
Nous baisons bien la main de nos pères et de nos bien-aimées. Baiser la main du chef devant lequel on sent le trouble nous envahir comme dans le sentiment amoureux n’est pas plus compliqué. Le serviteur tient au plus haut point à manifester sa fidélité, son attachement et n’a de moyen plus indiqué de le faire, en présence du Roi, qu’en apposant un baiser sur sa main fortunée, al-maymouna. Le baisemain est un moment de proximité unique, qui explique que tant de responsables l’éternisent avec fierté par une photo qu’ils ont toujours bien en vue à leur bureau comme à la maison.
Vu ainsi, le baisemain, en tant que rapport entre deux parties consentantes, ne peut disparaître définitivement qu’en cas de changement radical du lien d’autorité. Dès lors, et vu son contenu et l’empressement de nombreux sujets à s’y appliquer, ce n’est pas au roi qu’il revient de l’interdire. C’est grand-pitié en effet d’empêcher un sujet de donner libre cours à ses effusions sincères. A ma connaissance, le Roi Mohammed VI ne contraint personne de nos jours à s’y conformer. Et personne parmi ceux qui ne baisent pas sa main n’a été livré jusqu’à présent à la solitude de l’exil.

On ne comprend cependant plus très bien le raisonnement d’Ennaji: initialement, il s’indigne de ce que l’on ait pu croire que le Roi puisse s’abaisser à s’entendre donner conseil sur le baisemain par son Premier ministre. Ensuite, il explique que le rituel du baisemain s’inscrit dans la durée, qu’il n’est pas imposé, qu’il est volontaire et répond à l’affection ou l’adoration ressentie pour le Roi (miroir de celle que l’on ressent pour son père ou sa femme), y compris, mystérieusement, par des anciens progressistes – ce doit être autobiographique là… De deux choses l’une: soit le baisemain est imposé, et effectivement on voit mal le Roi en discuter avec un Premier ministre aussi peu farouche que’Abderrahmane Youssoufi, soit le baisemain est volontaire et reflète l’adoration des sujets pour leur Roi, et alors on comprend mal ce que cela aurait de choquant que le Premier ministre en parle avec le Roi adoré…

Tout juste pourra-t-on en conclure que la servitude volontaire ne se manifeste pas seulement par le baisemain, et que le fait d’avoir été un ancien disciple de Paul Pascon et ancien sympathisant d’Ilal amam n’est en rien une protection efficace.

(1) Ce festival des Andalousies atlantiques est organisé en coopération avec la fondation Tres Culturas del Mediterraneo, fondation qui associe le Maroc, le gouvernement de la province autonome d’Andalousie, Israël (par le biais du Centre Pérès pour la paix), et l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas et Mohammed Dahlan – que du beau monde, on le voit… Petit détail: André Azoulay est président-délégué de cette fondation. Le comité de parrainage comprend, du côté israëlien, le boucher de Qana Shimon Peres, Shlomo Ben Ami, David Rosen (directeur de la fameuse Anti-Defamation League) et Ron Pundak du Centre Peres pour la paix. Du côté marocain, c’est une véritable dream team qui est déployée: Ahmed Herzenni, les frères Fassi Fihri (Ali et Taïeb), Driss Benhima (RAM), Leïla Benjelloun (l’épouse d’Othmane Benjelloun), Fadel Benyaïch du Palais et sa soeur Karima (ambassadeur du Royaume à Lisbonne), Zoulikha Nasri (conseillère royale), Touria Jabrane et – who else? – l’inénarrable, l’incomparable et l’irremplacable Khalid Naciri.

Selon le cheikh al islam Shimon Peres, la confrontation entre sunnites et chiites est inévitable

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Dans une récente fatwa, Shimon Peres a tranché – « le conflit entre le Moyen-Orient sunnite et la minorité iranienne qui tente d’en prendre le contrôle est inévitable« :

« The collision between the Middle East, which is Sunni Arab, and the Iranian minority that seeks to take it over, is inevitable » (…)

« Sooner or later, the world will discover that Iran has the aspiration to take over the Middle East and that it posses colonial ambitions »

Toute ressemblance avec un autre pays de la région serait purement fortuite.

Bon, j’ai essayé de poursuivre un peu plus loin dans le persiflage, à la mode d’un Fhamator ou d’un Zakaria Boualem mais je dois avouer mon pitoyable échec en arrivant au passage suivant, devant lequel même le satiriste le plus motivé ne peux que baisser les bras:

Earlier Monday, Peres told Palestinian President Mahmoud Abbas on Monday that Israel hoped every nation in the Middle East would attain freedom.

« The people of Israel want peace, » Peres told the Palestinian leader by phone. « On the eve of the festival of Pesach, we are all praying for peace and freedom for every people in the region, and one must not lose hope on the way to peace. »

Pesach, or Passover, is a Jewish holiday commemorating the Israelites’ escape from enslavement in Egypt; as such, it is also known as the « Festival of Freedom. »

Abbas, who called Peres, said: « I want to wish you and the people of Israel a happy Pesach holiday. »

Il y a eu Elie Semoun et Dieudonné, il y a désormais Shimon et Mahmoud.

Extraordinaires Norvégiens: grève de sympathie avec Gaza, prix Nobel de la paix à Peres remis en cause

La Suède avait longtemps habitué le reste du monde à être la voix scandinave pour la liberté des peuples, les droits de l’homme, le pacifisme et le respect du droit international – même si cette image était bien évidemment un stéréotype présentant ses failles – la fin de la guerre froide a ainsi révélé que les gouvernements suédois successifs, même sous le tiers-mondiste Olof Palme, avaient des accords clandestins avec l’Otan en matière d’armements, de coopération militaire et en matière de renseignements. Depuis le début du processus dit d’Oslo, la Norvège semble avoir repris le flambeau.

Je vous ai déjà parlé de Mads Gilbert et Erik Fosse, les deux chirurgiens norvégiens actifs à l’hôpital Shifa de Gaza, qui ont révélé au monde occidental – les arabophones regardent Al Jazeera – les atrocités en cours à Gaza.

Sachez également qu’un des cinq membres du comité Nobel décernant le prix Nobel de la paix, l’ancien député travailliste Berge Furre, théologien et prêtre luthérien, a déclaré au quotidien norvégien Dagsavisen que le comité Nobel – dont il fait partie – devrait avoir honte que Shimon Peres, actuel président israëlien, se soit vu décerner le prix Nobel de la paix en 1994.
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Ce mardi le prix Nobel de la paix de 1994 a soutenu de tout son poids le bain de sang à Gaza.
– Nous combattons la terreur, et nous avons tout le droit de défendre nos citoyens, a déclaré le président d’Israël Shimon Peres à une délégation de l’Union européenne le même jour où 40 écoliers sont morts à Gaza.

Sentir les mains brûler

Berge Furre a quitté le comité Nobel au nouvel an. Il est très choqué qu’un prix Nobel de la paix est politiquement complice des atrocités qui sévissent désormais à Gaza.

– Nous devrions nous taire de honte pour ce que nous avons fait, et chercher une autre voie. Et espérer que le prix Nobel soit toujours digne. Il faut toujours bien réfléchir au prix Nobel, surtout après un événement comme celui-là, rajoute-t-il.

– Peres devrait-il rendre le prix?

– Il a eu le prix – et s’est déshonoré par la même occasion. Ca ne fait pas grand chose s’il le rend ou non, mais il devrait sentir ses mains brûler quand il le touche.

Un autre membre du comité Nobel, Ole Danbolt Mjøs, qui a également quitté ses fonctions au 1er janvier, a également exprimé sa circonspection:

– Si tu veux un commentaire à ce qu’il [Berger Furre] a dit, mon avis c’est que Peres devrait miser tout ce qu’il a de forces et de temps pour contribuer à une paix durable et rapide au Moyen-Orient, avec la position qui est la sienne, dit Mjøs à Dagsavisen.

-Devrait-il rendre le prix Nobel de la paix?

– Selon les statuts il ne peut être repris, et cela n’a d’ailleurs jamais eu lieu.

– Mais devrait-il le rendre de sa propre initiative?

– Pour ce qui est de ses réflexions et de ses valeurs je n’ai aucun commentaire.

Pour des raisons évidentes, les membres actuels du comité Nobel sont tenus à un devoir de réserve et refusent de s’exprimer sur la question. Peres avait déjà éveillé des réactions similaires en 2002, lors de la phase la plus meurtrière de la deuxième intifada, alors que Shimon Peres était ministre des affaires étrangères du gouvernement d’Ariel Sharon. Selon Dagsavisen:

Cette fois-là la membre du comité Nobel Hanna Kvanmo exprima le souhait que le prix Nobel soit retiré à Peres. Gunnar Berge craignait que Peres réduise à néant la réputation du prix Nobel et Gunnar Stålsett accusa Peres de violations du droit international.

Un député – Esper Johnsen, travailliste – du Storting – le parlement norvégien (qui désigne les membres du comité Nobel) – a ainsi demandé que Shimon Peres rende son prix Nobel:

Il est ahurissant que Shimon Peres défende l’invasion de Gaza. Il n’est pas digne du prix Nobel de la paix et devrait le rendre, déclare Johnsen.

Il m’est particulièrement difficile de voir comment souffrent les enfants à Gaza. Je pense tout le temps comme j’aurais fais moi-même si j’habitais Gaza. Nulle part où aller, et avec la responsabilité pour ce que j’ai de plus cher – ma fille. Cela me fend tout simplement le coeur.

Dans ce pays de moins de cinq millions d’habitants, 40.000 manifestants ont protesté contre les massacres à Gaza le 8 janvier, soit l’équivalent de 600.000 manifestants en France ou au Royaume-Uni.
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Plus extraordinaire encore: à l’initiative du syndicat travailliste LO et du syndicat des conducteurs de locomotive a décidé, le jeudi 8 janvier, d’arrêter tout le trafic ferroviaire dans le pays ainsi que le tramway et le métro à Oslo pendant deux minutes à 16.00, en une grève symbolique de solidarité avec la population de Gaza.

L’église luthérienne, qui est une église d’Etat, a également très fermement condamné l’agression de Gaza. Sur Facebook, 22.000 Norvégiens ont rejoint un groupe demandant l’expulsion de l’ambassadeur d’Israël à Oslo.

Tack, Norge!

Entendu d’un médecin norvégien travaillant dans un hôpital de Gaza

Le médecin norvégien Eric Fosse raconte sur Al Jazeera les conditions de travail dans l’hôpital de Gaza dans lequel il exerce: deux patients opérés dans les couloirs, l’absence de médicaments, deux autres patients morts dans l’attente d’une opération qui n’est jamais venue. Il ne sait plus comment s’en sortir. Ils n’ont plus de pièce de réserve pour l’appareillage médical. Il raconte les victimes du bombardement d’un marché aux fruits, ce dimanche matin. Il raconte le cas de deux petits garçons, que les parents avaient interdit de jouer dans la rue. A la place, ils sont montés jouer sur le toit, où ils ont été atteints par des éclats d’obus. Un est mort, l’autre a perdu une jambe. A l’hôpital Al Shifah, un père, une mère et leurs trois enfants de la famille Habache sont morts vers 16 heures. Une des filles, dont on voit le cadavre, a l’âge de ma fille aînée. Il n’y a plus d’électricité, sauf les générateurs. Les gens commencent à ne plus pouvoir utiliser leur GSM, ne pouvant plus les charger. Ils se rendent en masse aux hôpitaux pour prendre des nouvelles dès qu’ils entendent qu’une bombe a atteint un quartier où ils ont de la famille. Les bombardements sont continuels, de l’air, de la mer, et de terre. Il fait nuit maintenant: le caméraman d’Al Jazeera, du côté israëlien de la frontière, montre la ville d’Ashkelon, toute illuminée, et quelques kilométres plus loin, Gaza, où les Palestiniens se font bombarder dans l’obscurité la plus totale.

Et il faut bien évidemment reconnaître le droit d’Israël à exister – « la sécurité d’Israël est non-négociable« , comme le dit l’ambassadeur adjoint des Etats-Unis auprès de l’ONU.

Dan Judelson, Jews for Justice for Palestinians, s’exprime devant la résidence de l’ambassadeur d’Israël à Londres, contre la guerre à Gaza. Avis aux antisémites, qui se trompent de haine: on peut éventuellement haïr les gens pour ce qu’ils font, pas pour ce qu’ils sont.

Shimon Peres, prix Nobel de la paix, idole des lecteurs du Nouvel Observateur et des éditorialistes de la presse officieuse marocaine, vient de refuser un cessez-le-feu. Le Conseil de Sécurité refuse même d’adopter un simple communiqué, qui, contrairement à une décision prise sur le fondement du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, est dénué de force obligatoire. Tiens, à propos du chapitre VII, hier Nabil Shaath parlait de l’article 7 de la Charte des Nations-Unies, réclamant une décision prise sur ce fondement comme l’avait été la résolution 1701 prise à la suite de la guerre du Liban de 2006. Les étudiants en deuxième année de droit savent faire la différence, Nabil Shaath non. On ne change pas une équipe qui gagne.

Marwan Bishara dit que la posture des dirigeants arabes, qui demandent simplement un cessez-le feu, est une insulte – « it adds insult to injury » – une gestuelle vide de sens. Il pose les bases: Israël peut protéger ses citoyens, mais pas son occupation. Israël et Hamas se battent autour des conditions d’occupation de Gaza: le cessez-le-feu concerne simplement l’assouplissement éventuel des conditions de vie à Gaza avec surtout l’assouplissement de l’embargo auquel est soumise Gaza, et pas la question principale, l’occupation de Gaza et des autres territoires occupés. Il rappelle les termes des communiqués étatsuniens, israëliens et arabes de 2006, similaires à ceux d’aujourd’hui: pas de cessez-le-feu immédiat pour Israël et ses alliés, appels dérisoires à un simple cessez-le-feu du côté des alliés arabes d’Israël.

Etonnant: 700.000 manifestants à Istanbul contre la guerre à Gaza, un pays dont l’armée est comme cul et chemise avec l’armée israëlienne mais où le parti post-islamiste au pouvoir, l’AKP, essaie de ré-équilibrer ses relations avec Israël.

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