54,8% au Liban, c’est une défaite électorale

Avec 53,06% des suffrages exprimés contre 46,94% pour Ségolène Royal, Sarkozy s’est vu tresser les lauriers d’une victoire éclatante. Aves 52,92% des suffrages exprimés contre 45,66% pour John McCain, Barack Obama a remporté ce qui a été décrit comme un triomphe.

Au Liban, récemment, le bloc dit du 8 mars, qui regroupe principalement le Hezbollah, Amal de Nabih Berri et le Tayyar de Michel Aoun (mais également quelques autres groupements de moindre importance, comme ceux du maronite et pro-syrien Sleimane Frangié, le druze Talal Arslane et son Parti démocratique libanais et enfin le Tashnaq arménien) a recueilli 54,8% des suffrages exprimés. Et malgré ça, le bloc dit du 14 mars, autour de Saad Hariri (Moustaqbal), Samir Ja’ja (Forces libanaises), Amine Gemayel (Kataeb/Phalanges), Walid Jumblatt (PSP) et quelques autres, a pu remporter 71 des 128 sièges en jeu, le bloc du 8 mars en remportant seulement 57. Soit dit en passant, et vous ne risquez pas de le lire de sitôt dans la presse occidentale, c’est le bloc pro-occidental qui recule lors de ces élections, perdant un siège et le bloc du 8 mars en gagnant un (voir l’excellente présentation sur les résultats des élections libanaises faite par Richard Chambers de l’IFES), comme le souligne également Philippe Edmond.

Un tel résultat ferait passer les élections présidentielles étatsuniennes de 2000 pour un modèle d’exemplarité démocratique, mais il est parfaitement conforme à la logique du système électoral et institutionnel libanais, gangréné par le sectarisme, avec une démocratie de façade se résumant à des élections qui ne se jouent guère sur les programmes mais sur les identités confessionnelles, claniques et régionales (pour un pays aussi petit que le Liban ça peut étonner, mais les clivages régionaux sont très présents et viennent s’ajouter aux clivages sociaux et confessionnels – ces derniers étant gravés dans le marbre de la loi et de la coutume constitutionnelle).

Parmi les commentaires, on aura lu que le bloc du 8 mars, dont le Hezbollah, aurait perdu car Michel Aoun aurait été désavoué par l’électorat maronite/chrétien – le Hezbollah aurait été plombé par Aoun. Le désaveu est effectivement cinglant: le Tayyar de Michel Aoun a remporté dix sièges, ce qui en fait le premier parti chrétien (même s’il ne se décrit pas officiellement comme tel), devant les Forces libanaises du soudard Samir Ja’ja, en deuxième position avec cinq sièges. Si on se rapporte aux sièges par confession (pour une explication plus fouillée sur la répartition des sièges par confession, voir plus bas), on notera que le bloc du 8 mars autour d’Amal, du Hezbollah et du Tayyar a remporté 19 sièges maronites contre 16 au bloc du 14 mars autour de Hariri, Ja’ja, Gemayel et Jumblatt (même si ce dernier semble désormais avoir un pied en dehors du 14 mars), soit un gain de trois sièges pour le 8 mars comparé au résultat des élections de 2005. Parmi les sièges des autres confessions chrétiennes, la répartition est resté stable au sein des arméniens, alors que le bloc du 14 mars a gagné trois sièges parmi les autres confessions chrétiennes (grecs orthodoxes, grecs catholiques, évangéliques et divers) aux dépens de celui du 8 mars. L’étude des chiffres est claire: c’est au sein des électeurs dits musulmans que le bloc du 8 mars a perdu des sièges (un siège en moins par rapport à 2005), ce qui traduit la tension sectaire sunnite-chiite… Encore une chose que vous ne lirez pas dans la presse (même si Deen Sharp du blog Lebanese Elections 2009 a tenté de démystifier quelque peu le résultat ces élections)!

Résumons donc: la Constitution libanaise confessionnalise les postes de députés et induit une sur-représentation du nombre des parlementaires chrétiens par rapport aux parlementaires musulmans; la loi électorale de 2008 répond à la revendication chrétienne que les députés d’une confession soient le plus possible désignés par les seuls électeurs de leur propre confession; l’inscription sur les listes électorales ne reflète pas la réalité démographique du pays, notamment à Beyrouth, dans un sens défavorisant tout particulièrement les chiites – et malgré ça, l’alliance du 8 mars Hezbollah/Amal/Tayyar aouniste remporte une majorité de suffrages et une minorité de sièges. Vous comprendrez donc aisément qu’on en parle guère dans les médias ou blogs mainstream, et pourquoi il me faut vous en parler un peu plus après le saut de page. Lire la suite

Selon le cheikh al islam Shimon Peres, la confrontation entre sunnites et chiites est inévitable

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Dans une récente fatwa, Shimon Peres a tranché – « le conflit entre le Moyen-Orient sunnite et la minorité iranienne qui tente d’en prendre le contrôle est inévitable« :

« The collision between the Middle East, which is Sunni Arab, and the Iranian minority that seeks to take it over, is inevitable » (…)

« Sooner or later, the world will discover that Iran has the aspiration to take over the Middle East and that it posses colonial ambitions »

Toute ressemblance avec un autre pays de la région serait purement fortuite.

Bon, j’ai essayé de poursuivre un peu plus loin dans le persiflage, à la mode d’un Fhamator ou d’un Zakaria Boualem mais je dois avouer mon pitoyable échec en arrivant au passage suivant, devant lequel même le satiriste le plus motivé ne peux que baisser les bras:

Earlier Monday, Peres told Palestinian President Mahmoud Abbas on Monday that Israel hoped every nation in the Middle East would attain freedom.

« The people of Israel want peace, » Peres told the Palestinian leader by phone. « On the eve of the festival of Pesach, we are all praying for peace and freedom for every people in the region, and one must not lose hope on the way to peace. »

Pesach, or Passover, is a Jewish holiday commemorating the Israelites’ escape from enslavement in Egypt; as such, it is also known as the « Festival of Freedom. »

Abbas, who called Peres, said: « I want to wish you and the people of Israel a happy Pesach holiday. »

Il y a eu Elie Semoun et Dieudonné, il y a désormais Shimon et Mahmoud.

Bachir Gemayel, « martyr de la liberté »

L’Orient/Le Jour est le seul quotidien francophone libanais. Il est aussi le journal officieux du patriarcat maronite. Pour savoir ce que pensent les ultras maronites, et notamment les phalangistes et les Forces libanaises, sa lecture est recommandée. La couverture faite par ce quotidien des réactions au discours électoral du patriarche maronite Nasrallah Sfeir (eh oui, le Liban est le pays des deux Nasrallah, Sfeir et Hassan, sans conteste les deux hommes les plus influents du pays) est divertissante. Récemment, le patriarche a en effet alerté ses ouailles – et l’électorat maronite est crucial – sur le danger présenté par l’actuelle opposition parlementaire, donnée favorite pour remporter les prochaines élections législatives, et composée principalement du Hezbollah et du Tayyar (Courant patriotique libre) de Michel Aoun. Pour ceux qui débarqueraient d’une autre planète, Michel Aoun est un-ex général maronite qui incarna pendant quinze ans un résistance farouche contre l’occupant syrien. Le voilà donc allié au Hezbollah, allié stratégique de la Syrie…

Le 8 février, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir appelle donc ses fidèles à voter pour l’actuelle majorité gouvernementale – connue sous le nom du 14 mars, du jour en 2005 où la coalition Hariri/Jumblatt/Gemayel/Ja’ja/Chamoun/Eddé (1) appela à manifester contre l’occupation syrienne – en menaçant le pays d’une invasion de sauterelles, des coupures de courant et d’un krach boursier en cas de victoire du bloc du 8 mars (de jour en 2005 ou le bloc Hezbollah/Amal/Aoun manifesta par anticipation contre ceux du 14 mars…):

Le patriarche maronite est celui qui porte une robe longue

Le patriarche maronite est celui qui porte une robe longue

Si le pouvoir tombe dans les mains des forces du 8 Mars, des erreurs historiques seront commises et aurons un effet fatidique sur le pays » (2)

On peut présumer que l’intervention du vénérable patriarche vise surtout l’électorat maronite de Michel Aoun, fortement tiraillé par des tentations sectaires. Ce dernier n’a pas vraiment la langue dans sa poche, et a ainsi répondu: « le patriarche ne parle pas au nom de tous les maronites« … Pour bien faire passer le message, il a boycotté une messe publique tenue par le patriarche, alors que le président (maronite), le premier ministre (sunnite) et le président du parlement (chiite) y assistaient

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Ce qui est vraiment intéressant avec la feuille de chou sectaire qu’est L’Orient/Le Jour – pas un seul journaliste non-chrétien à ma connaissance, mais je peux me tromper – c’est le caractère ouvertement sectaire des déclarations de politiciens – généralement ceux du 14 mars – ainsi que des éditorialistes maison. Petit florilège:

Sortir cette ville des décombres, c’était s’attaquer à une jungle où des hordes armées ont longtemps fait leur loi, assurant des squats à certains, monnayant leur protection à d’autres, partageant avec les chiens errants et les chats échaudés des ruelles fantomatiques mangées de végétation opportuniste. Pour ceux-là que narguait le ballet incessant des grues, il y avait, dans cette reconstruction menée tambour battant, comme un outrage à la civilisation de guerre, un mépris des prérogatives et des acquis des katiouchas et des kalachnikovs. Comme une décision unilatérale d’imposer la paix, qui était en soi une déclaration d’hostilité. Fifi Abou Dib, L’Orient/Le Jour, 12 février 2009

Si « hordes armées » fait ostensiblement référence aux milices de 1975-1990 (le rôle du Hezbollah dans les combats libano-libanais de cette époque fût limité – les combats dont j’ai connaissance opposant le Hezbollah à d’autres milices libanaises eurent lieu en 1987 et opposèrent le Hezbollah à… Amal et l’armée syrienne – this is Lebanon…), la suite fait implicitement référence au Hezbollah. Il faut connaître le racisme social persistant à l’égard des chiites au Liban, longtemps considérés comme des citoyens de seconde zone (3) et ce tant par les chrétiens – surtout maronites – et les sunnites, pour apprécier la référence aux « chiens errants et (…) chats échaudés« .

L’infaillibilité du patriarche maronite Nasrallah Sfeïr est un axiome: dans un article intitulé « L’histoire, meilleure réplique aux contempteurs de Bkerké » (4), le journaliste Émile Khoury écrit sobrement et avec retenue que

« Encore une fois, les prosyriens se lancent à l’assaut de Bkerké, bille et Aoun en tête. On ne peut dire que le patriarche n’en a cure, car il a le souci moral de ne heurter aucune sensibilité libanaise. Mais il assume toujours les positions qu’impose la défense des constantes. À l’instar de ses prédécesseurs, gratifiés de la gloire du Liban, selon la formule consacrée. Par le verbe, jamais par les armes, comme certains. Et avec le seul parti pris de la cause nationale. Neutre, Bkerké ne peut l’être quand le sort du pays est en jeu. Ni quand le choix oppose le bien au mal, la liberté à l’esclavage, travesti ou non. »

Les mots ne sont pas innocents: l’opposition, c’est-à-dire le bloc du 8 mars, est qualifiée de prosyrienne, sans que le bloc du 14 mars, autour de Hariri, Ja’ja & cie ne soit pareillement qualifié par rapport à ses liens privilégiés avec les Etats-Unis, l’Arabie séoudite et la France. La cause du 14 mars est « la cause nationale« , à l’exclusion de la cause du bloc Hezbollah/Amal/Aoun, qui est sans doute anti-nationale ou apatride. Le patriarche maronite « le souci moral de ne heurter aucune sensibilité libanaise« , ce qui laisse entendre que ceux qui néanmoins seraient heurtés, au sein du bloc du 8 mars, ne représenteraient pas, eux aussi, une autre sensibilité libanaise, mais plutôt étrangère, sans doute pro-syrienne, pro-iranienne, trop chiite en tout cas pour accéder à la qualité de Libanais.

On peut comprendre dans ce contexte que la lutte contre l’occupant israëlien soit de moindre importance:

[Le patriarche] a toujours demandé que l’armée soit déployée au Sud, tout en exigeant le retrait de l’occupant israélien. Par la voie diplomatique et juridique internationale, car le pays avait payé un prix trop lourd, en représailles dévastatrices, en invasions, pour la résistance armée.

Savourez, je vous prie: « tout en exigeant le retrait de l’occupant israélien. Par la voie diplomatique et juridique internationale, car le pays avait payé un prix trop lourd, en représailles dévastatrices, en invasions, pour la résistance armée » – or le Liban, par le biais de sa résistance, principalement mais pas exclusivement du Hezbollah, est le seul pays arabe à avoir libéré la majeure partie de ses territoires occupés sans négociation avec l’occupant israëlien, dont la déroute en mai 2000 est demeurée mémorable. L’Egypte a récupéré le Sinaï en 1979 au prix d’un accord dit de paix qui en fait le fidèle obligé d’Israël.

Ailleurs, dans le même numéro du jeudi 12 février, décidémment faste, on trouve sous la plume de l’éditorialiste Fady Noun une exaltation de primat religieux sur le politique que ne renieraient pas des disciples de Moqtada Sadr:

Ce qui est bon pour le Liban est bon pour l’Église. Le patriarche l’a dit sous toutes ses formes, au fil des mois et des années, et le synode patriarcal maronite l’a redit sans l’ombre d’une ambiguïté : ce n’est pas le Liban qui est fait pour l’Église, mais l’Église pour le Liban. L’Église est subordonnée à la patrie, dans les affaires humaines : elle en est la servante, dans les limites de sa fidélité à la vérité et des principes moraux qui en émanent. En termes profanes, dans les limites du respect et de la promotion des droits de l’homme communément reconnus, en tête desquels viennent les libertés.
Et le patriarche a jugé, au regard de la vérité et de ces droits, au regard de certaines vérités qu’il garde sans doute pour lui, qu’une victoire du 8 Mars qui lui accorderait la haute main sur les destinées du pays n’est pas bonne pour le Liban.
Le général Aoun a affirmé que le patriarche n’est pas infaillible. C’est un fait. Mais le patriarche n’a jamais prétendu que son avis politique est infaillible. Il l’offre donc pour ce qu’il vaut, en homme libre, en homme qui a veillé en conscience à assumer les responsabilités que Dieu lui a confiées, en un temps de très grandes épreuves, en un temps d’épreuves inouïes. (…)

Combien de fois d’ailleurs n’a-t-il pas été déçu, voire trompé, par son environnement politique, par cette cour de flatteurs qui l’assaille jour après jour, et dont il n’ignore ni les arrière-pensées, ni la ruse, ni les intérêts. En ce sens, sa figure rappelle irrésistiblement celle de certains prophètes de l’Ancien Testament, celle de Jérémie en particulier, continuellement contredit dans sa mission.

Le patriarche n’a certes pas reçu mandat populaire de s’exprimer sur la prochaine consultation électorale. Et il ne cherche certainement pas à se substituer à ceux qui l’ont reçu. Il est là pour éclairer notre jugement, pour jeter sur une situation la lumière de la raison, nous donner un avis aussi dépassionné et objectif que possible, un avis aux antipodes des préférences et des intérêts politiques étroits en jeu.
Nous ferions bien, dès à présent, de décider d’en tenir compte dans les choix électoraux qui nous attendent, même au prix de nos préférences et de nos sympathies personnelles. Gardons à l’esprit les conséquences historiques que nos choix pourraient nous valoir, et dont le patriarche craint qu’elles ne soient désastreuses.

Il n’y a pas que les plumitifs de ce journal paroissal à mériter la postérité – certains des politiciens libanais cités mériteraient un Panthéon à eux tous seuls, à commencer par le soudard Samir Ja’ja des Forces libanaises, héritier politique du phalangiste sanguinaire et sioniste Bachir Gemayel:

Deux soudards, dont un commis le massacre de Sabra et Chatila

Deux soudards, dont un commis le massacre de Sabra et Chatila

De son côté, le leader des FL, Samir Geagea, a appelé les Libanais à participer au 14 février pour rendre hommage à Rafic Hariri, « mais aussi à Bachir Gemayel, René Moawad, Kamal Joumblatt, Hassan Khaled et à tous les martyrs de la liberté ».

Voici à quoi ressemble un martyr de la liberté

Voici à quoi ressemble un martyr de la liberté

Bachir Gemayel, martyr de la liberté? Il est vrai que si Shimon Peres, Menachem Begin et Yitzhak Rabin sont prix Nobel de la paix, pourquoi pas? Mais citer Kamal Jumblatt dans la même phrase que Bachir Gemayel est d’un goût douteux. Voici en effet ce qu’écrit le site des Forces libanaises de Ja’ja sur la vision d’Israël de cheikh Bachir:

To Bashir, as to other non-Moslems and even some Moslems, Israel was a good example of a modern, democratic state and a potential ally for those who were working for free, democratic. western-style states in the Middle East. Toward that end, Bashir initiated communication with the leaders of the state of Israel. This relationship soon became systematic and permanent. And in spite of the unequal partnership–Israel being a strong state and Bashir Gemayel the leader of a Lebanese community only–Bashir always made the effort to work with Israel as an equal. He succeeded in nurturing a good relationship between an independent and free people and an independent and free state.

After Basher’s election to the Presidency, the special relationship he developed became more evident. He was the only leader in Lebanon and the Middle East who could talk about and build upon the relationship between Israel and Lebanon without prejudice. To him, Israel was a fact and any Lebanese regional policy needed to accept Israeli’s existence as a state and consider its historical importance and weight in regional politics. He believed that Lebanon could live in peace with Israel and that such a peace could benefit both states and even help pave the way for a general Middle East peace.

Gemayel saw the 1982 Israeli « Operation Peace for Galilee » as an important development for Lebanon which would not only equilibrate Syrian influence on Lebanese politics, but could also generate a new political dynamic, which, if properly used, could lead to the simultaneous withdrawal of Syrian and Israeli troops from Lebanon. By the summer of 1982, the equilibrium of forces in Lebanon had changed and the Lebanese, he believed, finally had the opportunity to act in their best interest and invest in that change.

A propos de Bashir Gemayel, son frère Amine, qui lui succéda à la présidence libanaise en 1982 et signa un traité avec Israël vite dénoncé, embraye:

« Les Libanais devront voter pour le système qui leur convient le mieux, voire pour un mode de vie », a-t-il ajouté, notant que « de nouvelles coutumes et une culture étrangère à la nôtre sont en train d’apparaître chez nous ».

On peut présumer que ces « coutumes et culture étrangères » sont celles du Hezbollah – encore une fois, les chiites sont présentés comme étrangers au Liban – et non pas celles des salafistes de Tripoli, alliés de Hariri…

La suite:

« Il est grand temps que l’électeur chrétien recouvre son rôle et mette un terme à la marginalisation dont il a été victime depuis des décennies, a poursuivi le chef des Kataëb. Notre parti œuvrera pour que les chrétiens puissent choisir eux-mêmes leurs représentants au Parlement. Les Kataëb sont garants de la présence chrétienne. Nous sommes les principaux partenaires des autres dans le cadre du pacte national, et notre soutien à l’État est inaltérable ». (…)

Amine Gemayel a également déploré les critiques qui ont visé le patriarcat maronite dernièrement. « Le communiqué publié par Bkerké en 2000 a lancé la dynamique du 14 Mars, a-t-il souligné. Le patriarcat est le parrain de la marche vers la souveraineté et ne fait partie de la machine électorale de personne. »

Et le chef des Kataëb d’exprimer enfin la volonté du Saint-Siège, qu’il a visité récemment, que « tous les chrétiens se rallient autour de Bkerké ».

Saad Hariri, fils de Rafiq Hariri, a tenu à donner sa contribution:

Kool and the gang

Kool and the gang

Le patriarche maronite est réellement, comme l’a dit de lui Rafic Hariri, la conscience du Liban

On peut se demander si les cheikhs salafistes, pas toujours hostiles à Al Qaïda, assidûment courtisés par Hariri partagent cette appréciation…

I have a soft spot for patriarch Sfeir...

I have a soft spot for patriarch Sfeir...

(1) Fidèle à son habitude, Jumblatt a retourné casaque et penche pour une alliance avec Amal, l’autre parti chiite, dirigé par le madré Nabih Berri, tout en maintenant son opposition au Hezbollah. This is Lebanon, folks…

(2) Une citation que je livre d’ailleurs à la sagacité de ceux qui affirment que la « chrétienté » – whatever that means – serait par essence laïque, face à un monde musulman par essence incapable de distinguer le politique du religieux.

(3) Il fallut l’émergence du leadership politique de l’imam Moussa Sadr, « disparu » en 1978 en Libye, pour que les chiites deviennent une force incontournable au Liban, où ils constituent selon toute probabilité une majorité relative de la population aujourd’hui.

(4) Bkirké est la ville où siège le patriarche maronite.

Israel and the « moderate » Arab countries, or with enemies like these who needs friends?

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Lu dans une dépêche d’agence, que je reprends ici dans son intégralité, Yahoo ne conservant pas d’archives des dépêches publiées. Le lecteur attentif notera que le Maroc faisait partie du groupe d’Etats arabes « modérés« … Je me demande ce que Si Taïeb a bien pu dire – le Maroc redoute-t-il les ayatollahs duodécimains d’Alger et de Tindouf? Une offensive généralisée et sans concession contre le zawaj muta’a? Moulay Hicham, Ali Lmrabet et Bob Ménard ont-ils été identifiés du côté de Qom?

Je vous laisse à vos méditations:

Les Arabes font part aux Occidentaux de craintes sur l’Iran
9 nov 2008 18h11
Arshad Mohammed et Alaa Chahine

Les pays arabes modérés se sont ouverts aux Etats-Unis et à l’Union européenne de leurs inquiétudes concernant l’influence croissante de l’Iran au Moyen-Orient.

Cet échange a eu lieu à Charm el Cheikh en marge d’une réunion du « quartet » des médiateurs internationaux pour le Proche-Orient visant à faire le point du processus de paix israélo-palestinien un an après la conférence d’Annapolis.

Ont participé à la discussion sur l’Iran les ministres des Affaires étrangères d’Egypte, des Emirats arabes unis, de Bahreïn, du Maroc et de Jordanie ainsi que la secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice, l’émissaire diplomatique européen Javier Solana et Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, dont le pays préside l’UE.

Solana a déclaré aux participants que les négociations des grandes puissances avec l’Iran sur son programme nucléaire étaient « dans une impasse » et qu’il attendait une réponse de son interlocuteur iranien Saeed Jalili à sa proposition de le rencontrer à nouveau, pour la première fois depuis juillet.

Selon un participant à cet échange de vues qui souhaite garder l’anonymat, le chef de la diplomatie jordanienne a surpris par sa vigueur en soulignant que, si le dossier du nucléaire iranien était devenu un problème pour les Occidentaux, « la quête hégémonique de l’Iran » dans la région constituait depuis longtemps aux yeux des Arabes la véritable « crise« .

Il a notamment dénoncé l’accroissement de l’influence du régime théocratique de Téhéran en Irak, au Liban, en Syrie et auprès de groupes radicaux palestiniens comme le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza.

LE MINISTRE RUSSE ABSENT

Selon le même participant, Solana et Kouchner ont semblé surpris de la franchise et de la véhémence des ministres arabes dans la formulation de leurs griefs.

Un responsable américain a pour sa part déclaré que Rice avait pris note de la crainte de la part des pays arabes modérés que l’Occident, et particulièrement les Européens, négligent leurs préoccupations face aux appétits régionaux prêtés à l’Iran chiite.

Selon Solana, cette réunion avec les ministres arabes s’est tenue à leur propre demande à la faveur de la présence dans la station balnéaire égyptienne de la mer Rouge des membres occidentaux du « quartet » de médiateurs pour le Proche-Orient.

Celui-ci est composé des Etats-Unis, de l’Union européenne, de la Russie et des Nations unies. Mais le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui participé à la réunion du « quartet » n’a pas pris part à celle avec les ministres arabes.

Face à Téhéran, Solana représente six puissances – France, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, Chine et Russie – qui pressent l’Iran de cesser ses activités nucléaires sensibles sous peine de nouvelles sanctions, auxquelles Pékin et Moscou se montrent toutefois réticents.

Lors de sa première conférence de presse depuis son élection à la présidence américaine, Barack Obama a jugé vendredi « inacceptable » la mise au point éventuelle par l’Iran de l’arme nucléaire et exhorté la communauté internationale à l’empêcher.

Le président du parlement iranien, Ali Larijani, lui a répondu en l’invitant à « un changement changement fondamental » d’attitude, soulignant que « réitérer les objections au programme nucléaire iranien serait accomplir un pas dans la mauvaise direction« .

Lors de sa campagne électorale Obama n’a pas exclu de discuter directement avec les dirigeants iraniens, y compris du dossier nucléaire.

Version française Marc Delteil

Loubnan ya Loubnan – le retour

On avait cru le bloggeur Nidal de Loubnan ya Loubnan disparu dans le trou noir de la blogosphère, mais le voici de retour parmi nous avec ses informations et analyses pertinentes sur le Liban – son blog pourrait aussi bien s’intituler « everything you wanted to know about the Lebanese mess but weren’t told by the MSM« . Vous trouverez un post intéressant sur Jumblatt, un autre sur la situation à Tripoli, un troisième sur le déclenchement de la crise et enfin un dernier, antérieur à la crise mais toujours pertinent, sur les très nombreuses violations de l’intégrité territoriale libanaise par l’armée israëlienne. Si vous êtes allergique à tout ce qui se distingue du ronron du Monde, d’Asharq al awsat, France 2, Médi 1 ou du New York Times, ne le lisez pas. Allez, un avant-goût:

Dans la logique de l’opposition, il faut aussi indiquer quelques points importants pour le timing:

  • les survols du Liban par l’aviation israélienne ont récemment augmenté de manière spectaculaire pour atteindre, début avril, les 32 intrusions par jour;
  • en mars 2008, les États-Unis envoient le navire de guerre USS Cole au large du Liban;
  • le rapport Winograd n’est pas lu comme une condamnation de la guerre de juillet 2006, mais comme un mode d’emploi pour corriger les erreurs techniques et stratégiques commises alors; ces «erreurs» corrigées, les Israéliens pourront espérer gagner une prochaine guerre au Liban; le rapport Winograd, pour le Hezbollah, est en fait un «how to» pour permettre au Israéliens de lancer une nouvelle guerre;
  • l’installation de groupuscules jihadistes au Liban est considérée comme le déploiement de mercenaires sunnites ultra-violentes au service du clan Hariri, prêts à attaquer le Hezbollah «par l’arrière» (dans l’optique d’une nouvelle agression israélienne).

Bref, pour l’opposition, une autre guerre israélienne contre le Hezbollah n’est plus une possibilité, c’est une certitude à court terme.

Le fait que le ministre des Télécommunications qui lance l’attaque contre le réseau de communications du Hezbollah soit Marwan Hamadé, homme de main de Walid Joumblatt et bête noire de ceux qui dénoncent la résolution 1559, est à tout le moins un symbole fort.

Que le Hezbollah ait tort ou raison, il était en tout cas évident que ses militants considèrent fondamentalement que cela relève de l’attaque contre les armes de la Résistance. Je me demande même s’il se trouve des gens, au Liban, qui croient réellement, comme l’a affirmé le gouvernement, que ce réseau de communication visait à contourner le monopole d’État sur la téléphonie mobile dans le but de détruire l’économie du pays.

En appelant à une grève générale, l’opposition savait parfaitement qu’il y aurait, comme en janvier 2007, des affrontements armés. En «attaquant» l’intégrité du système opérationnel du Hezbollah alors que les Israéliens et les Américains déploient leurs forces au Liban, le gouvernement savait tout aussi bien qu’il provoquait à coup sûr de tels affrontements. L’absence d’affrontements armés, au contraire, aurait été une incroyable surprise.

Je vous recommande également le blog de l’expert agronome libanais Rami Zurayk, Land and People, généralement consacré aux questions de développement et d’alimentation, mais exceptionnellement orienté sur l’actualité libanaise. Je vous conseille ses posts Perspective et surtout Time zones:

This is what I have to say about the latest series of political speeches in Lebanon: Nasrallah speaks as if there is no future, but Jumblat, Hariri and Sanioura speak as if there is no past.

For Nasrallah, the past performance and actions of the Loyalists is the only reference point. The past (?) collusion of some of them with Israel, their current alliance with the US and the intersection of some of their positions with the Israeli agenda, as well as the incapability of the Lebanese state to liberate the South and to protect the resistance appear to be the only unit of measure.

On the other hand, the trio JHS has been delivering speeches and addresses as if the past did not exist, as if the resistance was not under threat of physical elimination by the Loyalists very allies, as if members of the Loyalists had not destroyed Beirut many times and invited and supported the Israelis when they invaded it, as if there had not been a number of youth killed by the thugs of the Future movement in Tarik al Jadideh and Ard Jalloul, as if there was no Future movement militia in Beirut brought from the North (seen by many on TV and in the streets before the fighting) or PSP (Jumblat) militia (which has murdered Druze political opponents in the mountains), and as if the State was all powerful, belonged to all its citizen, and capable of extending its authority onto the 4 corners of the country and to fend off Israeli agendas.

When you start so far away from each others, the next stop is Xanadu, as my friend Anna would say. The first thing these guys should do is get into the same time zone. This is if they want to find a way out.

Je voudrais aussi mentionner le blog Lebanese Chess d’Antoun Issa, journaliste australo-libanais, qui fait des observations très justes sur le Hezbollah et la communauté sunnite libanaise:

Hizballah’s major battle for hearts and minds will be the Sunnis of Lebanon. Before Rafik al-Hariri’s death, the Sunnis were great admirers of Hizballah, and equal beneficiaries of the combined Syrian-Saudi hegemonic partnership that prevailed in the 1990s. The Sunnis were fervent supporters of the resistance against Israel, and equally sympathetic to the Palestinian cause. The Sunnis and Shi’ites shared similar ideals on Lebanon’s political landscape, with both communities engaged in the left-wing and Arabist movements throughout the 1950s and 60s.

However, the warm relationship was quickly turned upside down following Hariri’s assassination and the sharp rise in tension between the Sunni chief state Saudi Arabia and its Shi’ite equivalent Iran. The Shia-Sunni conflict in Iraq didn’t help the cause either. Suddenly, what was a ‘Muslim camp’ quickly disintegrated into a Sunni vs Shi’ite political feud. Hizballah bemoaned the growing distance between itself and Lebanon’s Sunnis, despite Nasrallah remaining the most popular figure among the Sunni Arab public outside of the country.

But it is worth noting that Sunni support for Saad Hariri became apparent only after his father’s death. At the time of the assassination, the Sunnis felt threatened and that they were being targeted in the country. The Sunni community has long been fractured by competing clans and large families, much like the Christians, but for the first time they found themselves attracted to a single sect leader, and to a commonality.

Rafik al-Hariri originated from the Sunni city of Sidon in the south, and built his prestige and power in the highly secular Sunni West Beirut. That largely alienated the Sunni communities in Tripoli and the north of the country, which held more traditional customs, were more strict in their adherence to Islam, and held close ties to Syria. Sunni residents on the northern fringes of Lebanon would rely on the Syrian towns across the border for their livelihoods, and were much detached from the Hariri world of West Beirut.

Hariri supporters in Beirut have long stated that Rafik al-Hariri had attempted to reconstruct Tripoli as he did Beirut, but his overtures were constantly rejected by then Tripolite Sunni strongman, Omar Karami.

The death of Hariri was met with great investment into the Sunni regions in the north, and money was being poured from Saad Hariri into the pockets of poor families. Hariri needed the respect of the impoverished northern Sunni regions to become the spokesman of Sunnis in Lebanon. Hizballah is hoping that the support of northern Sunnis for Hariri is simply a matter of finances and not conviction. If Hizballah and its allies do reach power, which is becoming increasingly likely, it will need to provide services to these impoverished regions if it is to defeat Hariri’s money machine, and break his claim to the title of leader of all Sunnis in Lebanon.

The short, but violent civil war of the past three days will be followed by a grander civil war that may take years … a civil war for hearts and minds. For it is only with the trust of the Lebanese people can Hizballah truly rule this country.

Bien évidemment, il y a l’incontournable Angry Arab, a.k.a. As’ad Abu Khalil (qui passe chez Democracy Now), à déconseiller aux hariristes hypertendus. D’autres blogs généralistes sont également très utiles – Friday Lunch Club, et des analyses intéressantes chez Abu Muqawama et Syria Comment.

Je viens de découvrir la bloggeuse Ms Levantine, sans parler de Sophia de Les Politiques et l’excellent et abondamment mis à jour Chroniques beyrouthines. The Lebanese Inner Circle semble aussi éviter le sectarisme.

Et n’oublions surtout pas le blog de Manal, étudiante marocaine à Beyrouth coincée là-bas, au milieu des combats, sans soutien de l’ambassade marocaine.

Même si ce n’est pas ma tasse de thé, il y a quelques blogs du 14 mars (c’est-à-dire de la coalition pro-étatsunienne Hariri/Jumblatt/Ja’ja ou de leurs supporters étrangers) qui valent néanmoins le détour – From Beirut to the Beltway, Opening Lines et Blacksmiths of Lebanon.

Le site Lebanon News/Now Lebanon regroupe pas mal de dépêches de presse, de même qu’Iloubnaninfo et OpenLebanon.

Enfin, ça n’a rien à voir avec la crise, mais le blog Jews of Lebanon vaut le détour.

« I am watching the Bush Doctrine running for its life on the streets of Beirut »

La rubrique est tirée de Angry Arab – who else?

Rappelez-vous: c’était au lendemain de l’assassinat de Rafiq Hariri en plein Beyrouth, en toute probabilité commandité par des services syriens – si on en croit le livre « Killing Mr Lebanon » du correspondant du Times au Liban, Nicholas Blanford, ce serait le fait d’une cabale alaouite autour d’Assef Chawkat (et bien évidemment Bashar al Assad, son beau-frère), mûe par des sentiments confessionnels anti-sunnites où les rivalités internes syriennes pesaient aussi lourd que le ressentiment anti-Hariri – enfin, allah ou alem.

Les forces du bloc Hariri (hégémonique dans le camps sunnite, malgré l’opposition médiatique de Salim el Hoss et locale d’Omar Karamé à Tripoli), des Forces libanaises du soudard maronite Samir Ja’ja (nice wife though) et du zaïm druze marxiste tendance Chico Walid Jumblatt , sans compter quelques also-rans comme les phalangistes d’Amin Gemayel, avaient manifesté le 14 mars 2005 à Beyrouth, rassemblant un million de personnes demandant le départ des troupes syriennes alors encore présentes dans le pays. Avec le soutien de leurs parrains et alliés occidentaux (j’utilise cette expression par commodité de langage) et séoudiens, le bloc du 14 mars allait effectivement obtenir le départ total de toutes les troupes syriennes dans l’année.

Face à eux, les chiites, autour d’Amal du satrape corrompu Nabih Berri et du Hezbollah, seule force militaire digne de ce nom au Liban, s’étaient unis avec le Tayyar (Courant patriotique libre) du général maronite Michel Aoun, qui a pourtant fait carrière sur son opposition à la Syrie, ainsi que quelques forces d’appoint (le fameux PSNS, le chef druze minoritaire Talal Arslane, le chef maronite Sleiman Frangié, ami personnel de Bachar al Assad). S’étant réunis pour manifester contre les ingérences séoudo-occidentales le 8 mars 2005, ces alliés (les aounistes étaient cependant alors à l’écart) constituent l’opposition parlementaire (ils sont minoritaires au parlement, mais ce n’est pas le moment d’entrer ici dans le détail du système électoral libanais, qui est confessionnel – on n’est pas député de Beyrouth, mais député grec-catholique, arménien-catholique, sunnite ou maronite de Beyrouth), et si le Hezbollah et Amal ont initialement participé au gouvernement de Fouad Siniora (ce n’est pas le cas du Tayyar aouniste, allié au Hezbollah depuis février 2006), fidèle de la famille Hariri, ils quittèrent le gouvernement le 11 novembre 2006. Lire la suite

Le sondage Zogby sur l’opinion publique (qui n’existe pas) arabe en 2008

C’est un sondage périodique intéressant, qui montre notamment que la propagande étatsuno-séoudo-israëlienne présentant l’Iran et son programme nucléaire comme un danger pour les pays arabes unnites ne prend pas vraiment, y compris dans les pays du Moyen-Orient les plus travaillés par le sectarisme: ainsi, 73% des Séoudiens estiment que l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran serait une bonne chose pour le Moyen-Orient (p. 30 – le chiffre équivalent pour le Maroc, où 750 personnes habitant Casablanca et Rabat ont été interrogées pour ce sondage, est de 37%, avec 35% estimant que les conséquences seraient néggatives et 28% que cela ne changerait rien – ces chiffres marocains indiquent peut-être l’influence des médias français tant sur les personnes interrogées que sur les journalistes marocains).

C’est surprenant, mais le Liban, pourtant très gravement confronté à un conflit sectaire sunnites/chiites, semble beaucoup moins réticent envers l’arme nucléaire iranienne que le Maroc, qui ne connaît aucun conflit sectaire de ce type: 15% des Libanais interrogés (mais on ne connaît pas la répartition confessionnelle de l’échantillon libanais) seulement estiment que l’Iran devrait être contraint à cesser son programme nucléaire, avec 75% d’avis contraires (pour le Maroc, la proportion est de 31% et 68% respectivement, seuls les Emirats arabes unis étant plus réticents, avec 34% et 55%) – sur les pays concernés par ce sondage, aucun ne dégage une opinion majoritairement favorable à l’interdiction du programme nucléaire iranien (cf. p. 33), en dépit de la propagande incessante en ce sens des médias séoudiens, et bien évidemment occidentaux.

Le fiasco de cette propagande est encore plus patent quand on interroge les personnes sondées sur le pays représentant la plus grande menace pour eux: 95% désignent Israël, 88% les Etats-Unis – et seulement 7% l’Iran et 1% la Syrie (p. 89). Idem quand on leur demande leur leader politique favori: le trio de tête, devançant le numéro quatre qui est un surprenant… Nicolas Sarkozy (!?), est Sayed Hassan Nasrallah (26%), Bashar al Assad (16%) et l’inénarrable Mahmoud Ahmedinejad (10%), soit un trio de tête composé de deux chiites et d’un alaouite, dont un non-arabe. Rappelez-vous en quand vous lirez la prochaine fois un journaliste, éditorialiste, « talking head » ou « fast-thinker » dire ou écrire que les arabes et les sunnites se sentent menacés par les Iraniens et les chiites…

Sur le conflit israëlo-palestinien, 73% des personnes interrogées (tous pays confondus) sont favorables à une solution de coexistence de deux Etats, un juif et un palestinien, ce dernier s’étendant sur tous les territoires occupés en 1967 y compris Al Qods (Jérusalem-est), tandis que 19% sont pour la lutte contre Israël même si les territoires occupés en 1967 sont rendus aux Palestiniens (p. 41) – et ces chiffres sont rigoureusement identiques à ceux obtenus auprès des personnes interrogées au Maroc (p. 42) .

Sur toute la région, la Palestine est citée parmi les trois questions les plus importantes par 86% des personnes interrogées (p. 44 ) – ceux qui se complaisent à penser, y compris au Maroc, que l’opinion des pays arabes est lassée de la question palestinienne en sont pour leurs frais.

La vision d’Israël est intéressante, car peu conforme au stéréotype voulant que les arabes soient persuadés de l’existence d’un immense complot judéo-sioniste qui asservirait le monde en général et les Etats-Unis en particulier: ainsi, ils sont 41% à penser que les Etats-Unis et Israël ont des intérêts mutuels la plupart du temps, et 26% à penser qu’Israël est un simple instrument de la politique extérieure étatsunienne, tandis que 24% pensent qu’Israël influence les Etats-Unis en vue d’obtenir son soutien (p. 47).

Sur la politique intérieure palestinienne, c’est-à-dire le conflit entre Hamas, vainqueur des élections législatives de 2006, et autorité palestinienne contrôlée par le Fatah, l’opinion arabe est plutôt favorable au Hamas, du moins lorsqu’elle prend parti ce qui n’est le cas que de 26% des personnes interrogées (8% favorables au Fatah, 18% au Hamas), 37% étant partagés et le reste sans opinion. Le Maroc est le pays où les personnes interrogées sont les plus partagées: 7% favorables au Fatah, 8% au Hamas (p. 53), ce qui traduit peut-être l’hypothèse émise plus tôt d’une plus grande réceptivité du public casablanco-rbati pour à la vision des faits reflétée dans les médias occidentaux. Le Maroc est également le seul pays parmi ceux couverts par ce sondage à avoir une opinion qui estime avec une légère majorité – 24% – que le Hamas est plus responsable de la crise interne palestinienne que le Fatah – 22%.

S’agissant du Liban, 9% des personnes interrogées dans la région sympathisent avec le gouvernement du sunnite Siniora, allié des Etats-Unis et de l’Arabie séoudite, tandis que 30% déclarent sympathiser avec l’opposition composée du Hezbollah, allié de l’Iran et de la Syrie, et de l’ex-général maronite Michel Aoun, 19% déclarant sympathiser avec les deux et 24% avec aucun des deux (p. 58). Au Liban même, l’opposition est relativement parlant majoritaire dans l’opinion (30%), le gouvernement recueillant 24%, tandis que ceux qui sont partagés sont 19% et ceux qui rejettent à la fois le gouvernement Siniora et l’opposition Nasrallah/Aoun sont 9%. Par confession, 83% des chiites soutiennent l’opposition (0% le gouvernement!), mais c’est le seul groupe où elle est majoritaire, les chrétiens étant les plus partagés (25% pour l’opposition, 45 % pour le gouvernement et 26% partagés), tandis les druzes sont les plus favorables au gouvernement (68%, contre 15% pour l’opposition) et les sunnites en même temps les moins favorables à l’opposition (seuls 4% des sunnites le sont, contre 55% pour le gouvernement, mais ce sont également ceux à être les plus nombreux à refuser de choisir – 18% – tandis 21% sont partagés) (p. 59). Le clivage le plus fort semble donc être entre sunnites et chiites…

Le classique du genre c’est l’attitude face aux Etats-Unis: pas de surprise, 4% sont très favorables et 64% très défavorables, avec 11% de quelque peu favorables et 19% de quelque peu défavorables, soit au total 15% d’opinions favorables et 83% d’opinions défavorables (p. 62)… Encore plus intéressant à cet égard est l’affirmation de 80% des personnes interrogées que leur opinion est le fruit de la politique étatsunienne au Moyen-Orient, seul 12% basant leur opinion sur les « valeurs » étatsuniennes (p. 71).

Pour 50% des personnes interrogées dans la région, la contribution étatsunienne à une paix juste en Palestine fondée sur la création d’un Etat palestinien sur tout les territoires occupés en 1967 et ayant Al Qods (Jérusalem-est) pour capitale améliorerait leur opinion des Etats-Unis – au Maroc ce chiffre est de 63% (seuls les Emirats arabes unis font mieux avec 90%) (p. 75).

S’agissant des élections présidentielles étatsuniennes, la position de l’opinion arabe interrogée est d’une indifférence marquée, combinée à du cynisme (c’est également ma position personnelle): 32% estiment que la politique étatsunienne au Moyen-Orient demeurera la même quel que soit le président élu parmi McCain, Clinton et Obama, tandis que 20% ne suivent pas la campagne électorale. Sur ceux qui prennent position, Obama est en tête (18%), avant Clinton (13%) et McCain(4%) (p. 78 ).

Ma thèse sur l’influence des médias français, plus consommés au Maroc que dans les autres pays concernés, sur les opinions des Marocains interrogés ne se vérifie pas en lisant leurs réponses aux médias audiovisuels qu’ils suivent pour les informations internationales (p. 104): 59% regardent Al Jazira, 12% MBC et… 9% les chaînes marocaines! La chaîne d’obédience séoudienne Al Arabiya ne recueille que 3%, Al Manar du Hezbollah 1% et la chaîne étatsunienne Al Hurra 1% – mais je suis surpris de l’absence totale de chaînes françaises voire espagnoles (au Sahara et au Nord) parmi les réponses, ce qui laisse suggérer que les réponses n’étaient possibles que parmi l’éventail de chaînes citées par le sondeur.

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