Le Maroc déclare persona non grata une diplomate suédoise à Rabat

Le durcissement de ton qui semble avoir cours au Maroc en matière de presse indépendante a son pendant en matière diplomatique. On a eu droit à la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran, à la fermeture de l’ambassade marocaine au Vénezuela et à l’inénarrable feuilleton des festivités du 40e anniversaire de la révolution libyenne (ici, ici et ici), sans compter le fait divers autour de la fuite du Maroc des enfants maroco-norvégiens de Khalid Skah (avec convocation de l’ambassadeur norvégien au Ministère des affaires étrangères – MAEC). Maintenant, c’est au tour de la Suède, président en exercice de l’Union européenne (jusqu’à l’entrée en vigueur prochaine du traité de Lisbonne, chaque Etat membre de l’Union européenne assure à tour de rôle cette présidence), de subir les foudres marocaines.

On apprend ainsi via la MAP que l’ambassadeur de Suède au Maroc, Michael Odevall, a été convoqué par le ministre des affaires étrangères pour se voir signifier qu’une des membres de sa mission diplomatique, la ministre conseiller Anna Blok Mazoyer, avait été déclarée persona non grata avec effet immédiat:

L’ambassadeur de Suède à Rabat convoqué au ministère des Affaires étrangères
©MAP-Tous droits réservés Dernière modification 04/11/2009 17:43

Rabat- Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, M. Taïb Fassi Fihri a convoqué, mercredi, l’ambassadeur de Suède à Rabat, M. Michael Odevald.

Au cours de cet entretien, M. Fassi Fihri a fait part à l’ambassadeur suédois d' »un manquement grave aux pratiques diplomatiques et d’une erreur professionnelle inadmissible commis par le Conseiller de l’ambassade de Suède à Rabat, Mme Anna Block-Mazoyer« , indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération.Mme Block-Mazoyer, précise la même source, a transmis à des éléments séparatistes, liés à l’Algérie et au « polisario », un document officiel qui a été remis par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération à l’ambassade de Suède à Rabat, dans le cadre d’une démarche diplomatique. « Ce document s’est retrouvé, par la suite, entre les mains des ennemis de l’intégrité territoriale du Royaume« .Le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération avait organisé le 9 octobre dernier, dans le cadre de ses briefings réguliers, une réunion consacrée aux derniers développements de la question du Sahara marocain, à l’attention des missions européennes accréditées à Rabat y compris celles de l’Union européenne, dont la Suède assure la présidence tournante.M. Fassi Fihri a souligné que « la remise de ce document officiel par Mme Block-Mazoyer contrevient aux règles d’éthique et de professionnalisme diplomatiques qui exigent que le contenu des documents échangés soit destiné exclusivement aux autorités gouvernementales des pays représentés. Ils ne peuvent nullement être utilisés contre les intérêts du pays d’accréditation« , souligne le communiqué. »Pour toutes ces considérations, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération a informé l’ambassadeur de Suède à Rabat que les autorités marocaines exigent le départ immédiat de Mme Anna Block-Mazoyer« , ajoute la même source.

La radio publique suédoise (Sveriges Radio) rapporte la même information avec en plus les réactions du ministère suédois des affaires étrangères (Utrikesdepartementet – UD):  Cecilia Juhlin, du service de presse d’UD, déclare ainsi « nous ne voulons pas commenter les raisons invoquées. On peut dire de manière générale que les Marocains estiment qu’elle aurait outrepassé ses compétences de diplomate« . UD se refuse donc à confirmer ou infirmer les accusations marocaines: « Je ne veux pas commenter les raisons invoquées, dont la responsabilité incombe à  la partie marocaine« , déclare Cecilia Juhlin.

Qu’en penser? Le communiqué marocain ne précise pas à quels « éléments séparatistes, liés à l’Algérie et au « Polisario » » les documents officiels distribués aux chefs de missions diplomatiques européennes à Rabat auraient été distribués. La formulation semble indiquer qu’il ne s’agit pas d’une transmission directe à des éléments du Polisario – logique: ce mouvement n’a pas d’existence légale au Maroc avec lequel il est en état de belligérence – ou à des représentants du gouvernement algérien, mais plutôt d’une transmission indirecte – « des éléments liés à« . De l’autre côté, la Suède se refuse de commenter. On a cependant vu des réactions plus fermes et plus sûres de leur droit de la part de gouvernements ayant vu un de leurs diplomates expulsé – mon sentiment est qu’effectivement des documents officiels communiqués par le gouvernement marocain à l’ambassade de Suède ont atterri entre de mauvaises mains – mais difficile d’en avoir le coeur net à ce stade.

Quant à l’exigence du départ immédiat de la diplomate suédoise, c’est ce qu’on appelle en langage du droit international une déclaration persona non grata, par laquelle l’Etat hôte – l’Etat accréditaire – informe l’Etat accréditant de ce qu’un membre de la mission diplomatique n’est plus le bienvenu sur son territoire. Ceci est conforme à l’article 9 de la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques:

Article 9

1. L’Etat accréditaire peut, à tout moment et sans avoir à motiver sa décision, informer l’Etat accréditant que le chef ou tout autre membre du personnel diplomatique de la mission est persona non grata ou que tout autre membre du personnel de la mission n’est pas acceptable.

L’Etat accréditant rappellera alors la personne en cause ou mettra fin à ses fonctions auprès de la mission, selon le cas. Une personne peut être déclarée non grata ou non acceptable avant d’arriver sur le territoire de l’Etat accréditaire.

2. Si l’Etat accréditant refuse d’exécuter, ou n’exécute pas dans un délai raisonnable, les obligations qui lui incombent aux termes du paragraphe 1 du présent article, l’Etat accréditaire peut refuser de reconnaître à la personne en cause la qualité de membre de la mission.

Tout juste peut-on constater qu’à en croire la MAP, le Maroc a exigé un départ immédiat de la diplomate suédoise – en pratique, un délai de 24 ou 48 heures est souvent donné. Il faut savoir que les diplomates sont souvent accompagnés d’une famille et ont des affaires personnelles – voiture comprise – difficiles à emmener sur le champ. Le Maroc n’était pas tenu de justifier sa décision, mais l’a fait tout de même, et rien ne laisse penser que la Suède se refusera à exécuter la décision marocaine. La Convention de Vienne est donc parfaitement respectée à ce stade.

Il faut dire que la Suède a des antécédents susceptibles de déplaire au Maroc: si la ligne officielle du gouvernement suédois rejoint le consensus onusien en la matière – soutien à une solution politique négociée entre le Maroc, le Polisario/l’Algérie prenant en compte le droit international et le droit à l’autodétermination (« Sverige stödjer sahariernas rätt till självbestämmande och kan acceptera en politisk lösning som har parternas stöd och som tar hänsyn till folkrätten« , sur la page officielle du ministère suédois des affaires étrangères) – le soutien accordé au Polisario touche tous les partis politiques suédois à l’exception du parti modéré (conservateur, au pouvoir). L’actuelle ministre des affaires européennes, Cecilia Malmström, du parti du peuple (libéral) avait ainsi présenté en tant que parlementaire d’opposition, avec sa comparse Birgitta Ohlsson, une motion parlementaire demandant la reconnaissance de la « RASD » par la Suède. De manière assez amusante, ces deux parlementaires représentent un parti atlantiste et fermement pro-israëlien, dont les représentants les plus bellicistes sont qualifiés par de « bombhögern » (« la droite B-52 » en traduction libre), rejoignant ainsi une espèce déjà rencontrée aux Etats-Unis en la personne de Suzanne Scholte. A l’aile gauche, les congressistes du parti social-démocrate, en opposition depuis 2006 mais au pouvoir pendant 65 des 77 dernières années, ont récemment décidé, contre l’avis de leur direction, d’adopter pour la première fois une résolution décidant que le parti social-démocrate oeuvre pour la reconnaissance de la « RASD » par le gouvernement suédois et l’Union européenne, alors même que les mêmes congressistes ont refusé une motion demandant la fin de la présence militaire suédoise en Afghanistan – Johan Büser, le responsable aux questions internationales de SSU, la jeunesse social-démocrate, se félicite sur son blog tant de la reconnaissance de la « RASD » que du maintien des soldats suédois en Afghanistan. Un des artisans de cette décision est Mohamed Hama Ali, militant SSU d’ascendance sahraouie et supporter du Polisario.

Encore une fois, de manière assez amusante, le congrès social-démocrate n’a pas demandé à ce que le parti oeuvre pour la reconnaissance d’un Etat palestinien par la Suède et l’Union européenne mais simplement à ce que ce soit fait « quand les conditions exigées par le droit international seront remplies » (« Då de folkrättsliga förutsättningarna finns ska en palestinsk stat erkännas« , p. 5 du document). Bref, le Maroc et le conflit du Sahara sont pour certains un hobby permettant d’afficher à très peu de frais un progressisme de bon aloi en soutien d’une lutte présentée comme étant de libération nationale et de lutte contre la colonisation – par contre, quand les choses deviennent sérieuses (Palestine, Afghanistan), le langage est plus mesuré et l’engagement plus timoré. Les sahraouis sont alors comme les kurdes pour Christopher Hitchens – un alibi pour montrer qu’on est pas encore tout à fait néo-con.

Qui est Suzanne Scholte, pasionaria républicaine du Polisario?

Vous avez sans doute lu il y a quelque temps, dans les catacombes cybernautiques du séparatisme, que la Defense Forum Foundation présidée par Suzanne Scholte, avait obtenu un prix à Séoul, the Seoul Peace Prize (1). Inouï, n’est-il pas? Cette ONG étatsunienne s’intéresse à deux pays exclusivement: le Maroc – surtout son Sahara – et la Corée du Nord, et elle est l’oeuvre quasi-exclusive de sa présidente, Suzanne Scholte:

Born in Norwalk, Conn., the daughter of a book publisher and a Republican activist, she got her introduction to politics early as a volunteer supporter of Ronald Reagan’s 1976 primary challenge to President Ford.

« I believed so much in Reagan…We lost and I was so young — in high school. I was just devastated. But I realized you have to keep working at it, and by the time I was in college, he was president, » she says.

An English major at the College of William and Mary, she got involved in the conservative group Young Americans for Freedom.She was on its national board for more than four years. She’s also been projects director of the American Conservative Union, and political director at the Fund for a Conservative Majority, a political action committee.

From 1985 to 1987, she served as chief of staff for Rep. Mac Sweeney, a Republican of Texas.At age 26, she was the youngest chief of staff on Capitol Hill, she said.

But she found her real calling was working for human rights abroad.

« I saw a void that needed to be filled on North Korea …I felt like God was calling me to get involved very powerfully, » Ms. Scholte, who has taught Sunday School at her Episcopal Church for seven of the last nine years, said.

In addition to working on North Korea, Ms. Scholte has also championed the cause of the Sahrawis, the people of Western Sahara who live under Moroccan occupation.

« I’ve got two posters on my wall, one of a North Korean refugee boy and one of Sahrawi refugee, and I know the Sahrawi refugee is still alive. I work on both of them but North Korea is just a more desperate situation, » she said.

Ms. Scholte is married to the founder of the Defense Forum Foundation, Chadwick Gore, who now works on the staff of the Commission on Security and Cooperation in Europe. They have three boys: Chester, 15; Christian, 12, and James, 2, who have participated in their own way in their mother’s international human right activism.

The Washington representative of the Sahrawi people, Mouloud Said, recalled that Ms. Scholte twice traveled to the Sahara in the middle of the summer to stay with his people. Ms. Scholte brought along her two children, ages 11 and eight on the first trip, and 14 and 11 on the second trip, so they could become aware of the Sahrawi’s suffering and be more appreciative of what they have in America, according to Mr. Said.

James, at age 3 months, traveled with Ms. Scholte to Seoul for the Second International Conference on North Korean Human Rights. New York Sun, 30 juin 2003

Suzanne Scholte, ancienne directrice de cabinet de Mac Sweeney, représentant républicain du Texas entre 1985-1989, est fondatrice du Defense Forum Foundation, une ONG qui a compté l’humaniste Donald Rumsfeld parmi ses financiers jusqu’en 2001. Elle serait membre de l’International Board de Christian Solidarity Worldwide, une ONG principalement consacrée aux droits religieux des chrétiens dans les pays musulmans et asiatiques. Des sites évangélistes la considèrent comme une des leurs, et elle s’exprime elle-même en ce sens, par exemple dans Christianity Today:

Suzanne Scholte, chairman of the North Korea Freedom Coalition, is unambivalent. « If you do anything to help Kim Jong Il or give him higher stature, I think that you’re basically partnering with the Devil, » she said. « This isn’t just a misguided, misinformed regime that needs to be introduced to the salvation of Jesus Christ. This is a regime that is totally against Jesus Christ. »

Christian Awarded Seoul Peace Prize

A charismatic Christian was awarded the prestigious Seoul Peace Prize in September for her work promoting human rights for the citizens of North Korea and the Sahrawi refugees of Western Sahara—the only colony in Africa under Moroccan rule.

Suzanne Scholte, chairwoman of the North Korea Freedom Coalition and president of the Defense Forum Foundation (DFF), was given the biennial award issued to persons or groups who have contributed extensively to world peace.

Scholte told Charisma her compulsion to help the suffering stemmed from an earnest prayer. “Years ago, I prayed that God would break my heart for things that broke His heart,” she said.

She became a convert to human rights activism after two North Korean defectors begged her in 1996 to investigate political prison camps in North Korea. Since then she has hosted congressional hearings on North Korean human rights abuses and has assisted behind the scenes in more than 57 rescues of North Koreans who made the dangerous trek across the Tumen River into China.

Her activism also has led to ministry opportunities. Scholte, a Spirit-filled believer, challenged one of North Korea’s highest-ranking defectors to accept Christ. Hwang Jang-Yop, a revered thinker in North Korea, is responsible for the theology that grew into Kim Jong-ilism, the worship of North Korea’s dictator.

She said Yop does not feel worthy to accept Christ’s forgiveness but published her appeal to all of his Korean constituents, saying, “Suzanne Scholte is the lamp that lights the right pathway for the people, not letting them go astray.”

Scholte is also lighting a pathway in Western Sahara. In 1994, the Muslim president of Sahrawi Republic, Mohamed Abdelaziz, gratefully accepted an Arabic Bible Scholte gave him, calling it a “holy book.” He later invited Christians to plant churches in his nation, she said.

Seoul Peace Prize recipients include former U.S. Secretary of State George Shultz and former U.N. Secretary-General Kofi Annan. Three of the eight previous honorees were later awarded the Nobel Peace Prize.

—C. Hope Flinchbaugh

This article is from the November 2008 issue of Charisma

Abdelaziz el Marrakchi l’aurait donc invité à ouvrir des églises à Tindouf – alors que ses hôtes algériens emprisonnent des convertis – what gives?

Elle est secrétaire de Christian Solidarity Worldwide, qui se donne la mission suivante:

CSW-USA was founded in 1997 to be the United States partner organization of Christian Solidarity Worldwide (founded in the UK in 1981). CSW and its various partners exist to serve the persecuted Christian church through advocacy, aid and prayer.

Elle a travaillé pour plusieurs ONG conservatrices – Fund for a Conservative Majority et American Conservative Union:

Suzanne Scholte has been President of the Defense Forum Foundation since 1989 and was one of its founding Board members. She formerly served as Chief of Staff for former Congressman Mac Sweeney, who served on the House Armed Services and the Merchant Marine and Fisheries Committees. At the time she was the youngest Chief of Staff on Capitol Hill. Scholte also served as Political Director of the Fund for a Conservative Majority and Projects Director for the American Conservative Union. She is also the Chairman of the U.S.-Western Sahara Foundation, Chairman of the North Korea Freedom Coalition, Vice Chairman and a Founding Board Member of the U.S. Committee for Human Rights in North Korea, and a Board member of Christian Solidarity Worldwide-USA.

Le conseil d’administration du Defense Forum Foundation est à l’avenant:
– J. William Middendorf II, un ancien ambassadeur, administrateur de la très conservatrice Heritage Foundation et l’International Republican Institute;
Tidal W. McCoy, l’ancien vice-président « chargé des relations gouvernementales » d’un important fabricant d’armes – ATK – et secrétaire d’Etat à l’armée de l’air sous Reagan ;
Fred C. Ikle, un ancien sous-secrétaire d’Etat à la défense sous Reagan, et lobbyiste néo-conservateur chevronné – il fût l’un des signataires du fameux Project for a New American Century, qui fût le document idéologique fondateur des néo-cons en matière de politique étrangère; il est également un des dirigeants de la Federation for American Immigration Reform, qui prône un durcissement considérable de la politique d’immigration étatsunienne;
– Holly Coors, « born-again christian« , ex-ambassadrice et surtout épouse du magnat de la bière Joseph Coors, lui-même fondateur de l’ONG de la droite conservatrice et religieuse Council for National Policy ainsi que de la précitée Heritage Foundation; une mécène des candidats républicains;
Frank Ruddy, ex-ambassadeur, avocat et surtout ancien membre de la MINURSO, propagandiste chevronné du Polisario à Washington, et qui fût présenté par un certain Cliff Kincaid (président d’une ONG conservatrice fanatiquement anti-ONU, America’s Survival) comme un remplacant potentiel de l’autre néo-con John Bolton, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’ONU qui ne fût jamais confirmé par le Sénat – tiens, comme par hasard, ce dernier est également un sympathisant des séparatistes et un inconditionnel du référendum
James L. Holloway III, un ancien amiral;
JEB Carey, ancien directeur exécutif du Political Action Committee du parti républicain, GOPAC;

Des militants conservateurs, des anciens secrétaires d’Etat et ambassadeurs de Reagan ou fabricants d’armes, tous réunis pour la défense de la veuve et l’orphelin sahraouis – ça sent la rose, non? Pas de liens apparents – ce qui ne signifie pas qu’il n’y en ait aucun – avec l’industrie de l’hydrocarbure, contrairement à ce que je m’attendais. La densité de militants républicains semble en faire une annexe du Project for a New American Humanitarianism, suite « humanitaire » du Project for a New American Century néo-con…

Les activités de la Defense Forum Foundation? A titre d’exemple, payer des voyages tous frais inclus aux membres du Congrès susceptibles d’être sensibilisés à la cause séparatistes. Ainsi, entre 2000 et 2006, 63 membres du Congrès (49 républicains et 14 démocrates) ont vu leur escapade à Tindouf payée par Scholte et consorts, pour un montant total de 107.703$.

Bien sûr, ils organisent également toutes sortes de séminaires, témoignages devant le Congrès étatsunien, et cocktails, en présence de représentants du Polisario et de l’Algérie aux Etats-Unis, mais ça, on s’en doutait.

Malheureusement, les fichiers du Foreign Agent Registration Act, loi qui oblige toute personne travaillant dans le domaine politique ou des relations publiques avec un gouvernement étranger ou représentant les intérêts d’un gouvernement étranger auprès de l’administration étatsunienne, à en faire la déclaration, ne sont pas accessibles sur le net. Impossible pour moi d’en savoir plus sur les éventuels commanditaires étrangers du Defense Forum Foundation.

Il est par contre possible d’avoir une idée des dons financiers faits par Suzanne Scholte lors des dernières campagnes électorales fédérales – voir sur le site de Newsmeat:

Contributor Candidate or PAC Amount Date  
SCHOLTE, SUZANNE
FALLS CHURCH, VA 22044
DEFENSE FORUM/PRESIDENT
ALLEN, GEORGE (R)
Senate – VA
FRIENDS OF GEORGE ALLEN
$1,000
primary
02/07/06
SCHOLTE, SUZANNE
FALLS CHURCH, VA 22044
DEFENSE FORUM
ALLEN, GEORGE (R)
Senate – VA
FRIENDS OF GEORGE ALLEN
$1,000
primary
05/17/05
SCHOLTE, SUZANNE K MRS.
FALLS CHURCH, VA 22044
D.F.F./PRESIDENT & FOUNDER
BUSH, GEORGE W (R)
President
BUSH-CHENEY ’04 (PRIMARY) INC
$500
primary
08/31/04
SCHOLTE, SUZANNE K MRS.
FALLS CHURCH, VA 22044
D.F.F./PRESIDENT & FOUNDER
BUSH, GEORGE W (R)
President
BUSH-CHENEY ’04 (PRIMARY) INC
$1,000
primary
04/07/04
SCHOLTE, SUZANNE
FALLS CHURCH, VA 22044
DEFENSE FORUM FOUNDATION
IRVIN, BOB (R)
Senate – GA
BOB IRVIN SENATE COMMITTEE INC
$250
primary
05/12/02
SCHOLTE, SUZANNE KRISTINE
FALLS CHURCH, VA 22044
ALLEN, GEORGE (R)
Senate – VA
FRIENDS OF GEORGE ALLEN
$1,000
primary
10/15/99

Pour complèter le tableau des sympathies politiques de Suzanne Scholte, on peut donc préciser qu’outre Bush 43, l’autre récipiendaire de la charité politique scholtienne est l’ex-sénateur républicain de Virginie George Allen, évangéliste, accusé d’avoir voulu nier ses origines juives pour des raisons religieuses et battu suite à une insulte raciale – « macaque » – lancé à un travailleur électoral de couleur de son concurrent démocrate. Voilà donc un élément supplémentaire, qui complique un peu l’image de philanthropie désintéressée relayé par les (rares) articles de presse la concernant.

Entre parenthèses, on notera que le cas de Suzanne Scholte n’est pas unique: un autre supporter proéminent du Polisario – et de Suzanne Scholte – aux Etats-Unis est le représentant républicain de Pennsylvanie Joe Pitts (fortement évangéliste – « Joe was born in Kentucky in a family of strong Christian faith, a faith he has passed on to his own three children« ), dont le site contient une page consacrée au Polisario – il se présente comme engagé en faveur des droits de l’homme mais a voté en faveur des fameuses « military commissions » universellement décriées.

Résumons donc: une républicaine évangéliste qui fait campagne pour le Polisario et contre la Corée du Nord, avec dans son association des anciens dignitaires civils et militaires, militants républicains ou néo-cons – en général pas vraiment le type de personnes susceptibles de sympathiser avec un mouvement de guérilla arabe socialiste et soutenu à bras-le-corps par un pays arabe tiers-mondiste, l’Algérie… Les faits sont là, mais je ne parviens pas à trouver l’élément manquant qui permettrait d’expliquer cela.

Pour être honnête, il faut préciser que les supporters du Polisario aux Etats-Unis ne se recrutent pas seulement parmi les néo-cons ou évangélistes (Aminatou Haïdar a ainsi obtenu le Robert F. Kennedy Human Rights Award cette année, qui lui a été remis des mains du sénateur Ted Kennedy, sénateur réputé le plus à gauche du sénat), et des néo-cons et évangélistes soutiennent le Maroc – par exemple Elliot Abrams.

(1) C’est principalement l’activité de Suzanne Scholte contre le régime nord-coréen qui lui a valu le prix – sur les quatre pages du communiqué de presse, deux relatent son engagement contre le régime nord-coréen et un paragraphe son engagement pour le séparatisme sahraoui.

US presidential elections are vastly overrated

Well, not as such, of course: I strongly believe in elections, and have always voted when it was physically possible for me to do so. But I’m not American, and couldn’t be bothered about whether the Supreme Court would have a more conservative outlook under Mc Cain or whether Obama would repel some of the Cheney/Bush administration’s labor-law reforms. I have very firm beliefs on these issues, and favor a more progressive Supreme Court and labor laws more in line with European decency standards. However, I’m not personally affected by these purely domestic matters.

I am of course more affected by the economic, foreign and environmental policies that would be pursued by the next US president. It can probably be blamed on my disinterest in such matters, but I have failed to notice any substantial difference between both major candidate’s economic policies – both appeared to favor the 700 billion USD Wall Street bail-out. I suppose that fiscal reality sets a firewall against any future president’s ambitions to implement further tax cuts, although even Obama voiced his intention to cut at least some taxes, although not the overall tax level.

As regards foreign policy, both major candidates are intercheangable – although Obama would appear to be more hawkish on Israel and Afghanistan, whereas Mc Cain would be fiercer on Iraq, and both seem about as terrible on Iran. As for Israel, Obama’s top foreign policy adviser would seem to be Dennis Ross, who distinguished himself during the 2000 Camp David negotiation round between Arafat and Barak as a lopsided and dishonest broker who was eventually cut out from the negotiations by Clinton – « it became evident to everyone that his more pro-Israeli feelings were coming out » (Clayton E. Swisher, « The truth about Camp David« , Nation Books, New York, 2004, p. 186). He has now set his sights on Iran, in line with Israeli priorities.

As for Morocco, it is of course impossible to tell, as Morocco is too far from the Washington radar to be addressed, even obliquely, in a presidential campaign – a good thing, as Arab or Muslim countries only seem to be of interest when they provide for a credible invasion target… The cabal of neo-con Polisario supporters around John Bolton and Suzanne Scholte will however probably not have the same access under Obama, but on the other hand pro-Moroccan neo-con Elliot Abrams will no longer be around to save the Kingdom from its abysmal diplomacy – I don’t know whether he’d be kept in place were Mc Cain to win. As Morocco is largely irrelevent nowadays on the Middle Eastern scene, I do not expect any major change to take place in either case.

As for the Great War on Terror, both candidates would of course shut down Guantanamo as a detention centre for suspected terrorists – a symbolic gesture, as none of them opposed the US Patriot Act and its sequels, although both agree to discard Bush’s torture policies. With his perceived Muslim background, it is even possible that Obama might feel the need – with a view to his re-election – to show very little courage on these issues. As for the rhetoric, Obama’s vow to increase troop numbers in Afghanistan and to take on Pakistan if need be gives very little room left for any optimism.

Does all of this mean that I wouldn’t vote, if I were entitled to? Certainly not: I’d vote for Ralph Nader, of course, provided that I lived in a state having him on the ballot. Otherwise, I’d vote Obama, extremely reluctantly – the fact that Al Gore would probably act as his adviser on global warming issues would convince me that there is a small difference – although one should remember that the Kyoto protocol on the reduction of greenhouse gas emissions was ditched by the Clinton administration, with Gore serving as vice-president.

Oh and yes: of course, it’d be a nice symbol to have an Afro-American president, but the only thing he has in common with Martin Luther King or Malcolm X is the colour of his skin. And I must say that I am afraid that his honeymoon with foreign media and countries could undeservedly deflect much of the criticism that his policies would otherwise warrant.

By the way, I found these pro-vote video clips – excellent, and I’d only wish similar stuff had been floated around in Morocco last September

PS: Désolé pour les lecteurs francophones, je passerai à une langue plus civilisée au prochain billet.

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