Une des pires erreurs dans la presse dite de qualité

L’hebdomadaire britannique The Economist a écrit il y a une semaine un article sur la cause des femmes arabes dans le contexte du printemps dit arabe, intitulé « Women and the Arab awakening: Now is the time« . Lisant la version électronique, je suis tombé sur cet erratum en fin d’article:

Editor’s note and apology: In this piece, we originally said that Rachid Ghannouchi, the leader of Tunisia’s Nahda party, opposes the country’s liberal code of individual rights, the Code of Personal Status, and its prohibition of polygamy. We also said that he has threatened to hang a prominent Tunisian feminist, Raja bin Salama, in Basij Square, in Tunis, because she has called for the country’s new laws to be based on the Universal Declaration of Human Rights. We accept that neither of these statements is true: Mr Ghannouchi has expressly said that he accepts the Code of Personal Status: and he never threatened to hang Ms bin Salama. We have apologised to him unreservedly.

Cette excuse a été faite par la rédaction de The Economist, et la dernière phrase laisse même entendre qu’une excuse sans réserve lui aurait été faite personnellement, avant même la publication de ce corrigendum.

L’amplitude de cette erreur est tout simplement monumentale – affirmer que Rachid Ghannouchi, leader d’Ennahda et connu depuis des années comme un islamiste modéré et légaliste, est opposé au Code du statut personnel en vigueur en Tunisie depuis Bourguiba (alors qu’il a affirmé publiquement et de manière réitérée ne pas vouloir le changer), à la déclaration universelle des droits de l’homme (alors que son discours est axé sur le respect des droits de l’homme) et que, cerise sur le gâteau, il ait appelé à la pendaison d’une féministe, tout ceci semble tenir de la désinformation plus que de l’erreur.

Ceci étonne venant de The Economist qui, par rapport au reste de la presse mainstream, n’a jamais tenu de discours éradicateur face aux islamistes. Cela m’étonne d’autant plus qu’il m’est arrivé de rencontrer deux de leurs journalistes couvrant le Moyen Orient et qu’ils sont très loin des éditocrates lobotomisés de la presse française en termes de connaissance des pays qu’ils couvrent et d’approche nuancée. On peut penser avec Loonwatch que l’excuse est faible, et je me demande personnellement si Ghannouchi ne devrait pas intenter une action en diffamation (« libel« ), vu la sévérité de la législation anglaise en la matière.

Et ce n’est pas la seule erreur de The Economist, puisqu’une autre énorme bourde avait été publiée concernant la Palestine, un article confondant le célèbre prisonnier politique palestinien Marwan Barghouti avec le militant et candidat indépendant aux dernières présidentielles palestiniennes Mustafa Barghouti:

In our article on October 15th on the prisoner exchange between Israel and the Palestinian Islamic group, Hamas, titled « Israel and Palestine: An extraordinary exchange rate », we wrongly referred to Mustafa Barghouti as a prisoner unlikely to be freed, whereas we meant Marwan Barghouti, whom we also mentioned as a possible future Palestinian leader. We apologise sincerely to Mustafa Barghouti, a widely respected Palestinian politician and analyst, who is not in jail. This has been corrected online.

Une grossière manipulation islamophobe et une non moins grossière erreur factuelle – que se passe-t-il à The Economist?

Maintenant je me rappelle pourquoi je ne suis plus abonné à The Economist

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Via The Angry Arab, j’ai lu cette recension d’un livre de deux auteurs sionistes, parue dans The Economist. On aurait pu, en ne connaissant pas la source, que l’article était tiré du Jerusalem post ou du Washington Post, mais non, c’est de The Economist. Il faut que le foreign editor, Peter David, est un farouche – et rusé – partisan d’Israël. Il n’est pas isolé – le talentueux John Micklethwait, ancien US editor devenu editor de cet hebdomadaire, est aussi objectif vis-à-vis de Bush et des néo-cons que Samira Sitaïl, Nadia Salah, Hamid Berrada ou Fahd Yata au sujet des sérieux problèmes démocratiques que connaît le Maroc. Un journaliste de The Economist m’a raconté une soirée de discussion passée avec David à discuter du rapport Peel et de l’immigration en Palestine entre 1936 et 1948 – puis l’avoir rencontré par hasard en couvrant une activité du très néo-con American Enterprise Institute.

Revenons-en à l’article de The Economist:

Jewish and democratic
Oct 23rd 2008
From The Economist print edition

Two Israeli academics offer a robust and timely defence of the Zionist idea
IT IS a little sad that Alexander Yakobson and Amnon Rubinstein felt the need to write this book. Is it really necessary, 60 years after Israel’s birth, to argue the Zionist case all over again? Alas, yes.

(…)
Mr Yakobson and Mr Rubinstein are both Israelis, the former a historian, the latter a professor of law who served in the cabinet of Yitzhak Rabin. In rebutting the arguments of Mr Judt and others, their aim is not to whitewash Israel. They strongly oppose the colonisation of the West Bank and admit that, in practice, Israel’s treatment of its Arab citizens has fallen far short of the standard that should be demanded of a liberal democracy. But however deficient the practice, they say, there is no reason in principle why Israel cannot be both a Jewish state and a democracy whose non-Jewish citizens enjoy full civil equality. On the contrary, they insist, it is those who do not accept the legitimacy of a Jewish state who undermine the principle of equality, by denying to the Jews the right of self-determination they extend to others.

This book is being sold at a silly price. It is not an enjoyable read, and certainly not a light one. Its arguments are dense, dry and legalistic. But it is an important book, whose ideas deserve to be widely heard. By the end the authors have constructed a methodical defence not only of the Zionist idea but also of the two-state solution in Palestine, an idea which—six decades after the UN’s partition resolution of 1947—is losing the support of some intellectuals but is still the most plausible way to reconcile the Jews and Arabs of Palestine.

Et je me souviens comment j’avais appelé le service abonnement de The Economist, en 2002 ou 2003, pour résilier mon abonnement, déclarant, à la question de l’employé à l’autre bout du fil pourquoi j’avais fait ce choix, que la ligne éditoriale du magazine sur la Palestine et l’Irak m’étaient devenus physiquement insupportables. Depuis, je l’achète de temps en temps, me disant que finalement, peut-être, vu la qualité du magazine, qu’il me faudrait reprendre l’abonnement, et c’est alors que je tombe sur une apologie de Bush ou d’Israël, et que je retourne à la case départ (je ne suis pas le seul)… Ces déniaisements répétitifs sont en tout cas utiles.

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