It’s the people, stupid

Dans la lignée d’Evgeny Mozorov (« The net delusion« ), cet article du Guardian sur l’utilisation de Blackberry Messenger par les émeutiers anglais souligne ce que j’ai toujours pensé:

In reality, the role of Facebook and Twitter in fuelling August’s riots was marginal at best: analysis of more than 2.5m tweets obtained by the Guardian found only a tiny fraction of users attempting to incite trouble – and even these were generally shouted down. Instead, the networks were used to mobilise clean-up operations and report on the trouble, with mainstream journalists frequently using Twitter to make up-to-the-minute reports which were on occasion themselves used by rioters. (…)

The lessons of the experience are several. The most obvious is that social networks are simply tools: when used for activities of which we approve – like riot cleanup, or the Arab spring – their power seems unambiguously positive. When used for other causes, it is portrayed as sinister. There’s no way to embrace the immense good such tools can use without learning to live with, and mitigate, their downsides.

Les médias sociaux – blogs, Twitter, Facebook, etc – ne sont que des instruments, ils n’ont pas un rôle autonome et ne constituent pas un groupe social ou acteur politique. Il est étonnant que l’exemple égyptien ait été oublié: les autorités égyptiennes coupèrent Internet et la téléphonie mobile à compter du 28 janvier à minuit, et ils ne furent rétablis que cinq jours plus tard, alors que la décisive « bataille du chameau » avait déjà eu lieu. Ce ne sont pas des pages FB qui ont fait tomber Moubarak (j’allais écrire le régime, mais il est resté en place) mais les centaines de milliers d’Egyptiens qui ont défié les outils de la répression que sont la police et l’armée – idem en Tunisie. Ni 1789, ni 1917, ni 1949, ni 1979 n’ont eu lieu grâce à Twitter ou FB. Ce dernier exemple – la révolution islamique en Iran de 1979 – est éloquent: il est généralement admis, y compris par le régime iranien actuel, que la diffusion clandestine de cassettes audio contenant les prêches et discours de l’imam Khomeiny avait joué un rôle important dans la mobilisation amenant à la révolution. Nul n’eut l’idée farfelue d’appeler la révolution iranienne de « révolution cassette » ou « révolution BASF ».

Il me semble que moins on connaît la situation politique et sociale concrète de l’Egypte ou de la Tunisie, plus on souligne l’importance d’Internet et des réseaux sociaux. Il est plus difficile de creuser l’historique des grèves ouvrières égyptiennes à Mehalla en 2005, les divisions au sein des Frères musulmans ou le rôle des ultras ahlaouis ou zamalkaouis, que de torcher un article enfilant poncifs et lieux communs sur Facebook ou Twitter en citant un militant écrivant en anglais ou français – et le meilleur dans tout ça, c’est qu’on peut écrire un tel article de Stockholm, Brisbane ou Dubaï sans même se déplacer ou parler la langue locale. N’en déplaise aux bloggeurs et tweepers – c’est IRL que se jouent les choses. Personne dans les médias n’est assez stupide pour réduire la scène politique étatsunienne ou suédoise à des blogs ou des pages Facebook – s’agissant des pays arabes, c’est fair game

Ce que la presse et les blogs étrangers disent sur le mouvement des 9% au Maroc

La presse étrangère a consacré plusieurs articles à la protestation citoyenne sur le web – blogs, Facebook, Twitter – voici un florilège:

– « Moroccan dissent alive on Twitter« , John Thorne, The National, 5/8/2009;

– « Beaucoup de bruit pour 9% de Marocains« , Le blog des blogs, 4/8/2009;

– « Le mouvement des 9% soutient Le Monde« , par Dia Maini, Le Parisien 4/8/2009;

– « L’«affaire du sondage» suscite de nombreuses réactions« , Radio France Internationale, 4/8/2009;

– «Il y a une liberté d’expression réelle au Maroc, mais elle n’est pas garantie», Libération, 5/8/2009;

– « Sondage censuré : la blogosphère marocaine partagée« , de Sophie Gindensperger, Arrêt sur images, 4/8/2009;

Si vous avez d’autres liens sur le mobilisation pour la liberté d’expression au Maroc, merci de me les indiquer.

Un groupe Facebook créé pour soutenir la liberté d’expression au Maroc

nichane saisi

Un groupe Facebook s’est constitué pour protester contre l’interdiction de TelQuel et Nichane cette semaine, et en vue d’affirmer le droit des Marocains à exprimer librement leur opinion sur le bilan du Maroc depuis 1999, qu’elle soit positive, négative ou neutre (pour rappel, ces deux hebdomadaires ont été interdits ce samedi 1er août pour avoir publié un sondage sur le bilan du règne du Roi Mohammed VI aux yeux des Marocains – 91% des personnes interrogées avaient une opinion positive ou très positive de ce bilan). Ce groupe est bien évidemment ouvert à ceux qui jugent positivement ce bilan mais qui reconnaissent le droit à leurs concitoyens de ne pas partager leur opinion.

Voici donc le groupe Facebook Au Maroc, je suis un 9% / In Morocco I’m a 9%, que je vous invite à rejoindre.

Petit rappel: ce groupe n’est pas le fan-club d’Ahmed Benchemsi, de Tel Quel ou des bobos marockains buveurs de B52 d’Anfa ou Souissi. La ligne éditoriale de Benchemsi ne m’impressionne pas toujours (voir par exemple « Ahmed Benchemsi et Wafa Sultan, ou le degré zéro de la pensée laïque au Maroc« ).

Pour retrouver les tweets consacrés à cette affaire, cherchez grâce au hashtag #9pcMaroc . Je vous conseille tout particulièrement de suivre le twitteur imint (connu comme le bloggeur satwiker), qui suit l’évolution de cette affaire minute par minute.

Quelques autres réactions dans la blogoma (et ailleurs):
– « Etre un 9% ou ne pas l’être. Telle est la question que tu ne peux pas poser » chez Politiquonaute;
– « Les numeros saisis de TELQUEL et NICHANE vont etre publiés » et « La couverture du numéro saisi de NICHANE » de Satwiker;
– « Morocco: Magazines Seized » et « Morocco: “I’m a 9 Per Cent!”« , de Hisham d’Al Miraat;
– « Benchemsi réagit sur France 24 et en Arabe! » sur le blog de Docteur Ho;
– « Saisie des magazines Telquel et Nichane : le mouvement des 9%« , chez une marocaine;
– « Nous sommes 9% et nous pourrons être plus! » par Mounir Bensalah;
un article en arabe chez Hespress;
– laa réaction du bureau central de l’AMDH sur Facebook, exprimant sa solidarité avec les deux hebdomadaires;
– « Deuxième décennie, acte premier : Interdiction de Telquel et de Nichane » de Larbi;

De l’autre côté de la barricade – disons du côté des 91% pas trop mécontents que les 9% se voient intimés une certaine retenue:
– « TEL QUEL et NICHAN SAISIS » de Politis;
– « VOILA COMMENT ON CREE DES FAUX PROBLEMES » de citoyen Hmida;

L’AMDH sur Facebook

L’AMDH, après un site web qui ne semble pas être utilisé de manière optimale et quelques tentatives avec des blogs thématiques, comme celui appelant à la libération (obtenue après un an de mobilisation) des dix prisonniers d’opinion du premier mai 2007, a désormais sa page officielle sur Facebook. Les mises à jour, en français et en arabe, sont fréquentes, et on y trouve notamment les coordonnées des personnes de contact de l’AMDH, ainsi que photos et liens. Et ils ont déjà 975 membres – bravo!

J’espère sincèrement qu’ils poursuivront sur leur lancée. Un blog avec mises à jour fréquentes et des liens, voire un compte Twitter pour des mobilisations rapides seraient également utiles.

Pour être complet, l’OMDH, qui a un site web, ne semble pas officiellement présente sur Facebook – un groupe s’intitulant « reseau jeune omdh », ouvert aux seuls membres de l’organisation de jeunesse de l’OMDH, est présent. Mounir, quelque chose est-il prévu sur ce front?

Quant au Forum Vérité et Justice (FVJ) et au Centre marocain des droits de l’homme (CMDH), ils ne jugent pas une présence sur le web utile à leurs activités, en cet an de grâce deux mil neuf.

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