A la faveur du « cessez-le-feu », 95 cadavres déterrés des ruines en une demie-journée

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Sur Al Jazeera, les images de la destruction de Gaza, inimaginable par endroits. Des dizaines de cadavres sont retirés des décombres, 95 aujourd’hui midi – les statistiques macabres sont destinées à gonfler. Ayman Mohyeldin raconte les scènes vues dans le quartier de Zeytoun, avec les immeubles réduits à du gravier, les égoûts qui se déversent dans d’autres immeubles atteints et les sauveteurs qui tentent de pomper l’eau. Les fermes et industries agro-alimentaires ont été détruites par les bombardements, bien évidemment le fruit du hasard, comme tous les bombardements israëliens.L’embargo de dix-huit mois avait déjà causé une crise humanitaire, et c’est devenu pire depuis la guerre contre Gaza.

Christopher Gunness de l’UNRWA annonce qu’au minimum 53 installations de l’UNRWA ont été détruites, dont un nombre substantiel ont été visées directement par des bombardements israëliens. Le dépôt principal de l’UNRWA est en flammes. 50.000 réfugiés internes sont accueillis dans des centres de l’UNRWA. Il souligne que l’UNRWA n’est une organisation d’aide humanitaire, mais de développement humain qui gère hôpitaux et écoles. La réponse de Moubarak est venue hier: rien ne va changer par rapport à avant la guerre, ce qui importe c’est que le Fatah reprenne le contrôle de Gaza sous couvert d' »unité palestinienne« . L’envoyé spécial d’Al Jazeera à la frontière égypto-palestinienne dit que très peu de gens passent: 41 blessés palestiniens ont été évacués hier samedi, 6 aujourd’hui. Des ambulances égyptiennes censées ramasser des blesséss palestiniens n’ont toujours pas montré le bout de leur nez, apparemment pour des raisons de manque de coordination avec l’armée israëlienne.

Il y a plusieurs jours, le 14 janvier, Al Jazeera montrait des témoignages de victimes des crimes israëliens. Un père de famille palestinien racontait ainsi, à l’hôpital, comment ses deux filles avaient été abattues par balles devant ses yeux, l’une touchée par douze balles et l’autre par dix-sept balles. Une fillette palestinienne blessée, pas plus de 5/6 ans, raconte avec sa petite voix comment un soldat israëlien l’a visé, l’atteignant au bras et au ventre. Une mère de 41 ans, qui dit avoir attendu 6 ans avoir d’avoir pu avoir un enfant, raconte s’être fait tirer dessus par des soldats israëliens. Elle portait son nouveau-né, qui est mort dans ses bras, elle même étant blessée.

Infos complémentaires sur John Ging: « Gaza est comparable au génocide du Rwanda et à la purification ethnique des Balkans »

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Les personnalités les plus marquantes de cette guerre d’agression israëlienne sont, outre le peuple palestinien martyre et les journalistes arabes présents à Gaza, des non-arabes: Hugo Chavez, Evo Morales, Recep Tayyip Erdogan, Erik Fosse et Mads Gilbert, Miguel D’Escoto Brockmann, et j’en oublie. Les dirigeants arabes? Le mieux c’est de ne pas les commenter, sur un blog public et donc susceptible d’être lu par des moins de dix-huit ans.

Parmi ces personnalités, difficile pour les téléspectateurs d’oublier le regard de braise, les paroles acérées et la détermination d’acier de John Ging, directeur de l’UNRWA à Gaza. WordPress.com ayant rendu payant le postage de vidéos, je vous renvoie au blog Trailing Grouse, qui publie deux extraits d’Al Jazeera – where else? – avec John Ging. Le deuxième extrait est impressionnant, et nul ne devrait jamais penser aux dirigeants arabes sans se rappeler son exhortation:  » to all the politicians, here, in Israel and internationally, you have an obligation, in the name of humanity and of all that is civilised, we need to stop this now. Those who help, will never be forgotten » – je rajouterai « and those who don’t help, will not be forgotten either« . Un journaliste lui demande si Israël est responsable pour le bombardement d’une école de l’UNRWA ayant fait 45 morts civiles.

« Of course, everyone is responsible for their own actions, and it’s very clear to us that there are a lot of actions in this conflict that will need to be fully investigated, independently and internationally. Those who have been killed and injured, those who are innocent, deserve accountability. But right now, right now, what we need is an end to the fighting, and then we will go on to the rest of the issues. So I ask everybody to remember today, that more children have died today and more will die tomorrow unless the fighting stops. those who are doing the killing are responsible for their actions. Those at the political level who are not doing enough to find a solution are responsible for their failure (…)« 

En jugeant des actions et inactions de chacun, à mesure du niveau de pouvoir qu’ils détiennenet, n’oublions jamais ces propos.

John Ging est un juriste, ancien officier irlandais, présent au Rwanda lors du génocide de 1994 ainsi que dans les Balkans. Comme l’écrit l’Irish Times, il a donné la voix aux sans-voix de Gaza, et refuse toute gloriole personnelle:

When asked for personal background for this profile, Ging told The Irish Times to feature a double-amputee child from Gaza instead of him. He insists that the heroes of this dark chapter of Gaza’s history are the people of Gaza and the refugees whom UNRWA serves. They have suffered untold tragedy and they should be featured, not him.

His response was typical of the man. Forthright, frank and no respecter of political correctness or the sensitivities of UN members who do not take kindly to criticism of Israel, Ging is a man fighting a war against man’s inhumanity to man. But he does not stand alone. He is joined in this battle by UNRWA’s commissioner general Karen Abu Zayed and her deputy, Filippo Grandi.

Comme indiqué, il a connu le Rwanda du génocide et les balkans de la purification ethnique, et pourtant il estime que ce qu’il a vu à Gaza est le pire qu’il ait vu de sa vie:

Ging has said he has never experienced anything quite as disturbing as what is happening in Gaza. He said he was in Rwanda at the time of the genocide and in the Balkans during the ethnic cleansing.

Ah oui, j’ai compris: c’est un islamiste antisémite.

Etonnant sinon combien d’Irlandais sont sensibles à la cause palestinienne – Robert Fisk est d’origine irlandaise, sans parler des peintures murales de Belfast:
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Rétroactes:
– « John Ging (UNRWA): “ce qu’il faut, à Gaza, c’est rétablir la règle de droit”« ;
– « John Ging: “il faut d’abord arrêter la violence, ensuite on peut s’occuper d’aide humanitaire”« ;
– « UNRWA: “La situation est atroce (…) peu de gens en dehors de Gaza mesurent l’horreur de la situation ici”« ;
– « Trois écoles de l’UNRWA bombardées en 24 heures, 43 morts« ;
– « Sourire aux lèvres« 

John Ging (UNRWA): « ce qu’il faut, à Gaza, c’est rétablir la règle de droit »

L’omniprésent John Ging, directeur de l’UNRWA à Gaza, est toujours aussi peu diplomate:

« Les assurances israëliennes de ne plus pilonner des installations de l’ONU? Je n’y attache aucune importance, me basant sur le palmarès israëlien. Ce qu’il faut, à Gaza, c’est rétablir la règle de droit. Il faut faire respecter le droit. Aujourd’hui, samedi, deux garçon de cinq et sept ans sont morts dans le bombardement d’une école de l’UNRWA. On ne pourra pas les ramener à la vie, mais on pourra demander des comptes ».

Il faudrait faire campagne pour que l’UNRWA obtienne le prix Nobel de la paix en 2009.

Tony Laurence, de l’OMS: « la situation sanitaire à Gaza est désastreuse. Des cadavres sont dans les ruines, et les risques épidémiques sont grands« .

John Ging: « il faut d’abord arrêter la violence, ensuite on peut s’occuper d’aide humanitaire »

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John Ging, directeur de l’UNRWA à Gaza, qui a connu le génocide rwandais:

« Chaque être civilisé, ici à Gaza et peut-être même ailleurs, se focaliserait sur les morts, la destruction et les blessures. Il faut les stopper. Ensuite, on peut s’occuper de l’aide humanitaire. J’ai été imploré par des centaines de réfugiés internes, bombardés dans cette école après avoir quitté leur logement de peur des bombardements, où deux garçons ont été tués, leur mère rendue infirme, et quatorze personnes blessées, « que pouvons nous faire?« . Ils n’ont pas besoin d’eau, d’électricité, d’alimentation. Ils ont besoin de sécurité. Il y a des entrefilets d’aide humanitaire. Leur économie a été détruite sur décision politique, au niveau d’une économie de subsistance, depuis 18 mois. Ensuite, même l’aide humanitaire a été restreinte, et ce avant cette agression. Il n’y a pas de solution ».

D’abord la fin des combats, ensuite l’aide humanitaire. On notera que la grande majorité des Etats arabes a une priorité inverse, sans doute moins dangereuse pour leurs alliances. Si John Ging était arabe, il se ferait traiter de sympathisant du Hamas. Je doute que le Conseil de sécurité se cotise pour lui offrir une montre en or à sa retraite.

L’aide parvient à petites quantités, mais le dépôt principal de l’UNRWA à Gaza a été détruit, avec des stocks de médicaments et d’alimentation littéralement partis en fumée, le rappelle Christopher Gunness, également de l’UNRWA sur Al Jazeera.

Le médecin Ezzedin Aboulaïsh, médecin palestinien de Gaza formé en Israël, a perdu trois filles et une nièce. Il rapportait quotidiennement à la télé israëlienne. Le journaliste israëlien de la chaîne de télé sur laquelle il intervient en direct pour raconter ce qui lui est arrivé réussit à obtenir l’autorisation de l’armée israëlienne pour laisser passer une ambulance palestinienne. Une des autres filles du docteur palestinien peut ainsi être sauvée. Un tank israëlien avait tiré sur l’immeuble ou se trouvait l’appartement du docteur Aboulaïsh, prétextant des tirs de sniper, ce que les habitants de l’immeuble nient. « Je suis Palestinien, nous pouvons vivre ensemble. Nous sommes les mêmes. Mes enfants ont été dans des camps pour la paix. Mes filles m’ont dit « ou nous emmènes-tu papa?. Aucune endroit à Gaza n’est sûr » dit-il lors d’une conférence de presse à Ramat Gan, en Israël. Une femme et un homme israëliens apostrophent violemment celui qui vient de perdre trois filles sous les balles de leurs armée, en hurlant avec une extraordinaire véhémence: « J’ai un fils dans l’armée [israëlienne]. Qui sait quelles armes tu avais dans l’immeuble? Rien de ça ne se serait passé si personne n’avait tiré sur le tank« . « Ils ne veulent pas savoir la vérité« , répète, atterré, le docteur. Des médecins et infirmiers israëliens tentent de le consoler et lui disent « non, non, c’est pas vrai« .

UNRWA: « La situation est atroce (…) peu de gens en dehors de Gaza mesurent l’horreur de la situation ici »

John Ging de l'UNRWA visite l'école où quarante civils sont morts sous les bombes israëliennes

John Ging de l'UNRWA visite l'école où quarante civils sont morts sous les bombes israëliennes


John Ging, directeur des opérations de l’UNRWA à Gaza, a accordé un entretien intéressant au Monde. Comme Le Monde fait disparaître ses articles après quelques jours, en voici le contenu:

John Ging, responsable de l’ONU à Gaza: « Peu de gens en dehors de Gaza mesurent l’horreur de la situation »
LEMONDE.FR | 07.01.09 | 20h14 • Mis à jour le 08.01.09 | 11h07

John Ging est responsable des opérations de l’UNRWA (agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens) à Gaza depuis trois ans. Pour les victimes du bombardement mardi d’une école gérée par l’ONU, comme pour l’ensemble des victimes civiles de ce conflit, il espère qu’une enquête indépendante permettra d’établir les responsabilités.

Pouvez-vous décrire la situation à Gaza ?

La situation est atroce. Les habitants viennent de vivre douze jours de bombardements incessants. Personne n’est en sécurité, nulle part. Plus de 600 personnes sont mortes et 3 000 ont été blessées, et ça continue. Sans compter que la population manque de tous les produits de première nécessité, comme la nourriture ou l’eau. Les hôpitaux sont débordés, les médicaments manquent. La situation est vraiment désespérée. Mais les gens font preuve d’une grande dignité dans une situation des plus indignes.

Israël a commencé mercredi à ouvrir des corridors humanitaires trois heures par jour. Cela a-t-il amélioré la situation ?

Les points de passage étaient ouverts aujourd’hui comme ils l’étaient hier et avant-hier. Ce qui a changé, c’est qu’ils ont interrompu leurs opérations militaires pendant trois heures, pour permettre aux gens de sortir de leurs maisons chercher de l’eau et de la nourriture.

Cela ne vous a donc pas permis de répondre aux besoins les plus urgents de la population?

Notre travail ici n’a pas cessé pendant les bombardements. Mais que voulez-vous faire en si peu de temps ? Nous avons donc trois heures pour faire ce qui nous prend normalement douze heures par jour, six jours par semaine, et que nous n’avons pu faire depuis douze jours. Les camions qui acheminent les biens de première nécessité doivent être chargés, conduits, déchargés… Pour faire venir ces camions à Gaza aujourd’hui nous avons commencé à 7 heures du matin, et l’opération vient seulement de finir ce soir, douze heures plus tard. C’est une opération logistique très importante. Il ne faut pas se laisser distraire par ce joli mot de « corridor », ces belles images de convois, ce n’est pas ainsi que cela se passe. Les soldats israéliens arrêtent leurs opérations pendant trois heures, c’est tout, rien de plus.

Un communiqué de votre agence rapporte les propos de médecins selon lesquels 50 % des blessés depuis le début du conflit sont des civils. Confirmez-vous ce chiffre ?

Je ne peux pas confirmer les chiffres avancés. Il faudra mener une enquête indépendante pour établir les faits, puis nous aurons les bilans exacts. Mais il est évident que beaucoup de civils sont tués à l’heure qu’il est. Il faudra que les responsabilités soient établies, parce que si la guerre n’est pas régulée par la loi, comme le détermine la convention de Genève, c’est la loi du fusil, et ça c’est la manière dont les extrémistes et les terroristes mènent leurs opérations. Nous devons donc nous assurer que même en temps de guerre la loi est respectée. La loi dit que les civils doivent être protégés. S’ils meurent, c’est qu’il y a un problème. Il faudra déterminer qui en porte la responsabilité.

Vous avez demandé l’ouverture d’une enquête internationale après le bombardement d’une école gérée par l’ONU. Que s’est-il passé exactement ?

Il y avait 350 familles de réfugiés à l’intérieur, et des tirs tout autour de l’école. Quarante personnes ont trouvé la mort, cinquante-cinq ont été blessées, presque exclusivement des civils. Il faut déterminer ce qui s’est passé. Israël affirme que des militants tiraient depuis l’école. Mais nous, aux Nations unies, sommes convaincus que ce n’est pas le cas car ces écoles sont sous notre contrôle. Notre personnel est chargé de vérifier qu’aucun combattant ne s’y abrite et qu’il n’y a aucun tir depuis l’école. Je fais confiance à notre personnel, mais si ceux qui nous accusent ont des preuves de ce qu’ils avancent, qu’ils les montrent et nous agirons en conséquence.

Israël va dépêcher jeudi un émissaire au Caire pour discuter d’une trêve des combats. Un cessez-le-feu vous paraît-il possible dans les jours qui viennent ?

Nous devons garder espoir qu’il interviendra le plus tôt possible. Le problème, c’est que peu de gens en dehors de Gaza mesurent l’horreur de la situation ici. Vu de l’extérieur, il peut sembler raisonnable d’attendre deux ou trois jours de plus, mais ici, des gens meurent pour rien toutes les heures. Puisque nous savons que tout cela aura une conclusion politique, et non militaire, pourquoi ne pas cesser les violences immédiatement ?

Propos recueillis par Soren Seelow

Deux versions successives autour du bombardement de l’école de l’UNRWA ayant fait 45 morts

Les morts civils palestiniens à Gaza, morts faute à pas de chance

Les morts civils palestiniens à Gaza, morts faute à pas de chance


On aura donc eu droit à trois versions différentes de la part du gouvernement israëlien au sujet du bombardement, par son armée, d’une école de l’UNRWA ayant accueilli des réfugiés internes – des habitants du nord et de l’est de la bande de Gaza ayant rejoint Gaza ville pour fuir les combats et bombardement plus intenses qui y ont eu lieu. Quelques heures après ce bombardement, et le décombre des dizaines – plus de 40 – de victimes civiles palestiniennes, le porte-parole Mark Ragev donnait le nom de deux combattants du Hamas, les frères « Abou Askar » (beau nom de guerre, j’imagine qu’Abderrazak El Melhaoui et Abdelhaq Bolabola étaient déjà pris), supposés composer une équipe de tireurs de mortiers actifs à partir de l’école, et morts dans le bombardement. Les tirs de l’armée israëlienne auraient ainsi visé une cible militaire légitime – des mortiers du Hamas – et aurait malencontreusement fait une quarantaine de victimes civiles incidentes.

Le lendemain, sur Al Jazeera (where else?), un conseiller juridique d’Israël apparemment en mission auprès de l’ONU, David Traub, disait que le bombardement visait des combattants en dehors de l’école, sous-entendant qu’il s’agissait d’une malencontreuse erreur. L’UNRWA affirme que des représentants israëliens lui ont tenus des propos identiques: « The IDF admitted in that briefing that the attack on the UN site was unintentional« .

En attendant la troisième version, sans doute une version améliorée du classique « désolé, m’sieur, pas fait exprès » que tous les écoliers du monde connaissent bien. Ca ne semble guère émouvoir grand monde parmi les alliés arabes et occidentaux d’Israël. La qualité des victimes, encore une fois?

L’armée israëlienne a attaqué deux convois humanitaires aujourd’hui, et délibérément laissé agoniser douze Palestiniens pendant quatre jours

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John Holmes, chef des affaires humanitaires à l’ONU, parle sur Al Jazeera. L’aide humanitaire n’entre pas, les mouvements sont contrôlés. 45% des blessés sont des femmes et des enfants (30% pour les seuls enfants). Il y a 758 morts palestiniens. Du côté israëlien, 4 morts civils.

Les crimes de guerre se poursuivent. Un convoi humanitaire de l’ONU – distingué comme tel et dont les coordonnées avaient été communiquées à l’armée israëlienne – se rendant vers le check-point Eretz a été bombardé par un tank israëlien, un chauffeur a été tué, un autre très grièvement blessé et un troisème légèrement blessé. L’armée israëlienne enquêterait sur cet « incident« . La compagnie de transport privée qui était en charge des transports et convois vers Gaza a suspendu ses opérations dans l’attente de garanties, on peut présumer de la aprt de l’armée israëlienne.

Un autre convoi de l’ONU, avec trois véhicules transport de troupes blindés de l’ONU, allait récupérer un cadavre d’un membre du personnel de l’ONU à Gaza. Il s’est vu tirer dessus par des armes automatiques, là aussi de la part de l’armée israëlienne. L’UNRWA – l’agence onusienne en charge de l’aide humanitaire aux réfugiés palestiniens en Palestine, au Liban, en Syrie et en Jordanie – ne sait pas si c’était délibéré, mais Christopher Gunness de l’UNRWA dit qu’un des trois véhicules a été touché trois fois.

Troisième incident, le plus atroce celui-là – il confine à la barbarie et au sadisme. Une équipe de la Croix-Rouge a découvert douze cadavres, dont quatre enfants auprès de leurs deux mères, dans la banlieue de Zeïtoun près de Gaza City. Dès le 3 janvier, la Croix Rouge avait demandé la permission de s’y rendre afin de récupérer blessés et cadavres. Autorisation refusée par l’armée israëlienne. Un poste militaire israëlien, à 80 mètres de la maison, était là depuis quatre jours et a essayé de chasser l’équipe de la Croix-Rouge lorsqu’elle s’est présentée pour visiter les maisons bombardées. La scène qui a accueilli l’équipe de la Croix Rouge était la suivante:

Dans une des maisons, l’équipe du CICR et du Croissant-Rouge palestinien a découvert quatre petits enfants à côté de leurs mères respectives, mortes. Ils étaient trop faibles pour se lever tout seuls. Un homme a également été trouvé en vie, trop faible pour se mettre debout. Au total, au moins 12 corps gisaient sur des matelas.

Dans une autre maison, l’équipe de secours du CICR et du Croissant-Rouge palestinien a découvert 15 survivants de l’attaque, dont plusieurs blessés. Dans une troisième maison, l’équipe a trouvé trois autres corps. Des soldats israéliens occupant un poste militaire à 80 mètres de cette maison ont ordonné à l’équipe de secours de quitter la zone, ce qu’elle a refusé de faire. Plusieurs autres postes des Forces de défense israéliennes se trouvaient à proximité, ainsi que deux tanks.

La Croix-Rouge a dénoncé cet incident dans un communiqué de presse, et a ouvertement accusé Israël de violer le droit international humanitaire, ce qui est exceptionnel de sa part:

« Cet incident est choquant », a déclaré Pierre Wettach, chef de la délégation du CICR pour Israël et les territoires palestiniens occupés. « Les militaires israéliens devaient être au courant de la situation, mais ils n’ont pas porté secours aux blessés. Ils n’ont pas non plus fait en sorte que le CICR ou le Croissant-Rouge palestinien puissent leur venir en aide. »

De grands murs de terre construits par l’armée israélienne empêchaient les ambulances de pénétrer dans le quartier. Les enfants et les blessés ont donc dû être transportés vers celles-ci sur une charrette tirée par un âne. Au total, l’équipe de secours du CICR et du Croissant-Rouge palestinien a évacué 18 blessés et 12 autres personnes absolument épuisées. Deux dépouilles ont également été évacuées. L’équipe de secours ira chercher les dépouilles restantes jeudi.

Le CICR a été informé que davantage de blessés avaient trouvé refuge dans d’autres maisons détruites du quartier. Il demande à l’armée israélienne de lui permettre immédiatement, ainsi qu’aux ambulances du Croissant-Rouge palestinien, d’accéder en toute sécurité à ces maisons et de chercher d’autres blessés. Les autorités israéliennes n’ont toujours pas confirmé au CICR qu’elles lui autoriseraient l’accès.

Le CICR estime que dans le cas présent, l’armée israélienne n’a pas respecté son obligation de prendre en charge les blessés et de les évacuer, comme le prescrit le droit international humanitaire. Il juge inacceptable le retard avec lequel l’accès a été donné aux services de secours.

Lors de la conférence de presse de la Croix Rouge, les propos étaient tout aussi sévères:

M. Krähenbühl a ensuite décrit la crise sous l’angle de l’accès aux soins médicaux, qui se détériore de jour en jour à Gaza.

« De nombreuses personnes à Gaza ne reçoivent pas les soins médicaux d’urgence que leur état nécessite. Certains meurent même parce que les ambulances ne peuvent parvenir jusqu’à elles à temps, ce qui est effroyable ».

Pour étayer cette remarque, le directeur des opérations a relaté l’histoire d’une habitante de Zeitoun, dans la partie nord de Gaza, qui a donné naissance à un enfant mort-né parce que les ambulances n’avaient pas pu arriver à temps.

Il a déclaré que si la bande de Gaza devait effectivement être coupée en deux ou en trois parties par les attaques israéliennes, il faudrait encore plus de temps pour secourir les personnes ayant besoin de soins.

« Nous demandons aux parties, en particulier à Israël, de faire davantage d’efforts pour permettre au Croissant-Rouge palestinien et aux autres membres du personnel médical de sauver des vies. Nous prions instamment les parties de respecter l’obligation qui leur est faite par le droit international humanitaire d’enlever les blessés, de les évacuer et de les soigner, ainsi que de protéger et de respecter les membres du personnel médical, les hôpitaux et les autres unités médicales, et les ambulances. »

Vous ne le sauriez pas forcément en écoutant et lisant la presse traditionnelle, surtout en France, mais la Croix Rouge insiste: la situation humanitaire était très critique déjà avant la guerre contre Gaza, du fait du blocus israëlien.

Il a insisté sur le fait que les conditions de vie à Gaza étaient déjà extrêmement dures avant la récente escalade. Il y a quelques mois déjà, des collaborateurs du CICR décrivaient la région comme étant « au bord du précipice » à cause du bouclage et des restrictions d’importation imposées par Israël depuis mi-2007.

De son côté, le secrétaire-général de l’ONU « n’a pas pu entrer en contact avec les Israëliens« , mais a condamné les trois « incidents » (on peut imaginer que s’ils étaient le fait de l’armée syrienne ou iranienne, les termes choisis seraient autres). La situation humanitaire est encore plus critique qu’avant.

Le nombre de réfugiés internes est passé de 16.000 à 20.000 aujourd’hui. Un grand problème est l’eau, 500.000 personnes sont privées d’au moins un peu d’eau courante. Les égoûts sont débordés, faute de carburant pour les pompes. Aucune activité sanitaire normale ne marche, y compris les accouchements en milieu hospitalier. Les hôpitaux manquent de tout – médicaments, matériel, personnel. Toujours pas d’énergie – le déficit d’électricité est de 61% selon l’ONU.

Christopher Gunness de l’UNRWA demande des garanties absolues d’Israël, et annonce des discussions intensives avec Israël « à tous les niveaux« . Trois membres de l’UNRWA ont été tués jusqu’ici. La décision de l’UNRWA, d’interrompre ses activités, vient « après une litanie d’incidents« . L’UNRWA nourrit la moitié des habitants de Gaza et gère écoles et services sociaux – au total, 70% de la population de Gaza est aidée par l’UNRWA en temps normal. Une école de l’UNRWA a été bombardée le 5 janvier, avec trois victimes, puis encore une autre, à Jabaliya (43 morts et 100 blessés), et une troisième enfin – jusqu’ici. L’UNRWA doit prendre en charge 20.000 réfugiés internes, mais dispose de seulement 2.500 couvertures et 500 matelas (à la date du mercredi 7 janvier, chiffres émanant du coordinateur des Nations-Unies pour les affaires humanitaires à Gaza).

John Ging, directeur d’UNRWA à Gaza, toujours sur Al Jazeera – where else? – détaille la crise humanitaire massive qui a lieu à Gaza. « Les parties au conflit doivent donner des garanties; toutes les opérations sont coordonnées avec l’armée israëlienne, mais aujourd’hui un chauffeur a été tué par les Israëliens. La partie avec qui nous nous coordonnons se retourne contre nous une fois l’autorisation donnée et nous tire dessus« . Est-ce qu’Israël coopére? « C’est leur problème, nous les informons de nos coordonnées et de nos activités, mais il y a un breakdown de leur côté. Les incidents de ces derniers jours ne peuvent continuer« . Faites-vous confiance aux Israëliens? « Non, j’ai perdu confiance. On m’a assuré ces derniers jours que les incidents ne se reproduisent pas, mais je ne peux pas être téméraire avec la vie de mes employés. J’ai perdu confiance, et c’est aux Israëliens, qui nous donnent le feu vert pour nos mouvements et nos activités, de s’arranger pour que l’Etat d’Israël assume ses obligations internationales. Ce n’est pas à moi de les appeler, c’est à eux de régler le problème« .

Shirine Tadros, d’Al Jazeera, raconte encore une fois la scène où l’infirmier Arafa, 35 ans, père de cinq garcons, a été assassiné par l’armée israëlienne. Son collègue Abou Jihad est déterminé à continuer son métier: « si on me coupe une jambe, je travaillerai sur l’autre« . Pendant le reportage, un missile siffle au-dessus de la journaliste.

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