Trois cliniques mobiles, marquées de croix rouges, détruites par Israël

Via ContreInfo, j’ai lu que trois cliniques mobiles – en fait des camions-ambulances – de DanChurchAid, organisation caritative de l’Eglise luthérienne du Danemark (qui entre parenthèses est église d’Etat au Danemark), ont été détruits par des bombardements israëliens alors qu’ils étaient garés sur le parking du siège de l’Union des comités pour les soins de santé à Gaza. Voici le communiqué DanChurchAid, traduit en français par Madeleine Chevassus de ContreInfo:

Un camion-ambulance avant le bombardement israëlien...

Un camion-ambulance vant le bombardement israëlien...

Un camion-ambulance après le bombardement israëlien...

Un camion-ambulance après le bombardement israëlien...

Communiqué DanChurchAid, 6 janvier 2009

L’ organisation Comités pour la Santé (Union of Healthcare Committees), mise en place par des médecins et infirmières Palestiniens, a acheté récemment trois petits camions, qu’elle a équipés pour fonctionner comme cliniques mobiles à Gaza.

Depuis le début du conflit entre le Hamas et Israël, DanChurchAid a amélioré les véhicules pour qu’ils puissent jouer le rôle des Urgences, apportant les premiers soins intensifs aux blessés de Gaza.

Nous venons d’apprendre que ces trois cliniques mobiles ont été bombardées et détruites pendant la nuit du 5 Janvier. Les véhicules étaient garés près du siège des Comités pour la Santé et ils étaient tous clairement munis d’une croix rouge et de l’indication “clinique mobile”.

”Jusqu’à présent nous avons pu aider les blessés et les souffrants, parce que nos véhicules étaient présents et opérationnels dans Gaza. Cette possibilité de secours est maintenant anéantie. Nous sommes profondément choqués que les bombardements Israëliens s’en prennent aux moyens d’aide humanitaire. » déclare Henrik Stubkjær, Secrétaire Général de DanChurchAid.

DanChurchAid a réservé d’autres fonds pour l’achat d’un nouveau véhicule pour Gaza, mais pour l’équiper en clinique mobile et le mettre à disposition dans les zones où l’aide est nécessaire, il faudra du temps.

Nous envisageons aussi la possibilité de fournir d’autres cliniques mobiles.

La version anglaise du communiqué est disponible sur le site de DanChurchAid.

Résumons donc – depuis le début de la guerre contre Gaza, les faits suivants ont pu être relevés:
– bombardement de cliniques mobiles présentant les insignes réglementaires dénotant le matériel sanitaire (croix ou croissant rouge sur fond blanc);
– des tirs délibérés contre des ambulances et des infirmiers;
– des tirs délibérés contre des civils blessés tentant d’échapper aux tirs;
– tirs délibérés contre des convois humanitaires de l’UNRWA;
refus d’apporter des soins à des civils blessés;
bombardement d’écoles de l’UNRWA

Je passe sur le maintien du blocus, y compris sur les produits humanitaires, tant du côté israëlien qu’égyptien, sur le bombardement de quartiers densément habités, et sur l’interdiction d’entrer opposé aux journalistes étrangers, sous l’argument assez paradoxal que la situation en termes de sécurité n’était pas propice à leur présence, alors même que cette situation est du seul fait de l’armée israëlienne. Je passe également sur les plus de 800 morts palestiniens (onze morts du côté israëlien depuis le début de cette guerre d’agression), dont des représentants de l’UNRWA estimaient la proportion de non-combattants à entre 30 et 70%.

Je passe également sur la pureté passée des armes israëliennes: Qana en 1996 puis en 2006, les assassinats politiques israëliens euphémisés sous le vocable « assassinats ciblés » (c’est encore plus euphémisé en anglais – « targeted killings« ) et les innombrables victimes innocentes qui s’ensuivent (les médias et les gouvernants disent victimes « collatérales« ), l’assassinat de Rachel Corrie et Tom Hurndall, et les tueries massives de civils palestiniens depuis le commencement de la seconde intifada.

Ce ne sont pas des incidents: c’est une politique, délibérée ou implicite. Et si l’on rajoute à cela le traitement de diplomates de pays amis (par exemple la façon dont fût traitée une diplomate française accréditée en Israël, retenue dix-sept heures à un checkpoint israëlien) et un historique comportant des attaques armées extrémement meurtrières contre des avions de ligne (un avion de ligne libyen en 1973) ou même des navires de combat étatsuniens (l’USS Liberty), sans que ces comportements ne soient le moins du monde sanctionnés sur le plan judiciaire (ni même sur le plan diplomatique, par ailleurs), on ne peut que s’interroger sur les mécanismes politiques et médiatiques qui font que de tels comportements n’empêchent pas à jamais de parler de pureté des armes. La qualité des victimes, peut-être?

Atrocity exhibition

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Je me demande si les spectateurs israëliens qui regardent tout ça de l’autre côté de la frontière ont pu réellement profiter du spectacle (hat-tip The Angry Arab):
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Israelis watch bombardment of Gaza town
By SHASHANK BENGALI
McClatchy Newspapers

A tower of white smoke rose from the northern Gaza town of Beit Hanoun after another Israeli bombardment Monday morning, and a half-dozen Israelis, perched on a dusty hilltop, gazed at the scene like armchair military strategists.

Avi Pilchick took a long swig of Pepsi and propped a foot on the plastic patio chair he had carried up the hillside to watch the fighting. « They are doing good, » Pilchick, 20, said of Israeli forces battling Palestinian militants in Gaza, « but they can do more. »

Certes.

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For entertainment
they watch his body twist (…)
This is the way,
step inside
You’ll see the horrors of a far-away place
Meet the architects of law
face to face
See mass murder on a scale
you’ve never seen
And all the ones who tried hard
to succeed
This is the way, step inside

Atrocity Exhibition, Joy Division

Trois écoles de l’UNRWA bombardées en 24 heures, 43 morts

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Julia Streicher, alias Miss KHamas, alias Avital Leibovich, la major de l’armée israëlienne qui se présente comme un civil, arbore un sourire rayonnant en justifiant les pertes civiles de la journée du mercredi, où 43 Palestiniens réfugiés dans trois écoles (à Jabaliya, Al Shati et Rafah) de l’UNRWA sont morts suite aux bombardements israëliens. « KHamas does not care for its people », dit-elle. Son anglais est bancal elle veut dire que l’attitude du KHamas est « despicable » (méprisable), mais elle dit « undespicable« , mot qui n’existe pas à mon humble avis. On dirait Nicole Kidman parlant de son dernier tournage. Au moins les autres porte-paroles israëliens ont le sens des convenances et arborent une mine compassée de circonstance. Elle n’aurait pas seulement besoin d’un orthophoniste lui apprenant la prononciation correcte de Hamas, mais aussi d’un media trainer. Une autre porte-parole blonde, Dana Perino de la Maison Blanche, déclare dans la même veine qu’Israël a fait preuve de prudence dans ses actions militaires. C’est vrai, il faut bien le reconnaître: il n’ont pas encore lâché de bombe atomique sur Gaza.

Mark Regev, porte-parole de la primature israëlienne, blâme le Hamas. Il donne les noms de deux personnes du Hamas qui seraient parmi les vicitmes et feraient partie d’une équipe de tireurs de mortier. Il demande à Al Jazeera d’aller enquêter là-dessus. Le journaliste d’Al Jazeera réplique « faisons mieux que ça« , et lui demande pourquoi ne pas initier une commission d’enquête internationale. Mark Regev dit que le régime du Hamas est un régime totalitaire de talibans, réprimant les minorités religieuses et imposant le port du voile. Le journaliste lui demande en quoi le port du voile est lié à cette question, et comment Israël peut s’estimer en meilleure position que l’ONU pour enquêter sur ce massacre. Regev demande à Al Jazeera d’aller au fond des choses. Le journaliste lui répond pourquoi ne pas demander à une organisation internationale crédible comme l’ONU d’aller au fond des choses. Regev répond que le régime du Hamas est un régime fondé sur la terreur interne, et dit qu’une commission d’enquête internationale serait comme aller enquêter en Corée du Nord. Bizarrement, ceci ne vaudrait pas pour Al Jazeera, qui, s’il faut le croire, serait mieux placée que l’ONU pour résiter à la terreur interne et à l’imposition du port du voile.

Le représentant de l’UNRWA, John Ging, répond à Regev. « Il faut une enquête objective et indépendante des parties, ce qui est la norme partout dans le monde pour ce type d’incidents. Il faut une responsabilité juridique face au droit international. Il faut un cessez-le-feu. ». Il dit que la population d’Israël a souffert trop souvent des tirs de roquettes, de même que la population de Gaza des bombardements israëliens. L’ONU dit avoir donné toutes les coordonnées de tous ses locaux à Gaza à l’armée israëlienne, avant la guerre contre Gaza, afin d’éviter ce type de massacre.

Erik Fosse: « le manque de médicaments et de matériel médical est la résultante de 18 mois d’embargo. Mon organisation, NORWAC, a depuis des mois des camions de matériel à la frontière de Gaza, mais ils ont été empêchés d’entrer« . Il fait ensuite un tour des blocs opératoires de l’hôpital Shifa de Gaza avec l’équipe d’Al Jazeera. « J’ai vu bcp de situations de guerre, la majorité des victimes est civile. Nous avons un nombre énorme de civils n’ayant nulle part où se refuger. C’est une région très pauvre, mais à 30 kilométres il y a un pays ayant des standards médicaux européens« .

Mouin Rabbani, à Amman, de l’Institut d’études palestiniennes: « Les milices palestiniennes à Gaza ont pour arme la plus lourde des lance-roquettes anti-tank, et sinon des Kalachnikov. Ils font face à la plus grande puissance militaire de la région. Il est étonnant que les milices aient tenu plus de 24 heures. Ca rappelle Beyrouth en 1982, mais l’OLP de l’époque était mieux armée que les résistants palestiniens aujourd’hui, et Israël est plus puissant qu’alors. Les milices palestiniennes semblent préparées, même si leurs vois de ravitaillement sont coupées, les tunnels avec l’Egypte ayant été visés tout particulièrement par Israël. Les Palestiniens ne voient pas ça comme une attaque contre le Hamas, mais comme une attaque préméditée contre la bande de Gaza, contre les Palestiniens en tant que peuple, contre l’idée d’une nation palestinienne. Le soutien à Hamas a augmenté, et les critiques ont diminué. Mais tout dépendra du résultat final« .

La police de l’Autorité palestinienne contrôlée par Abou Mazen – en fait, – matraque les étudiants de l’université de Bir Zeït. Les étudiants de l’université, qui ont donné la majorité au Fatah aux récentes élections universitaires, manifestent contre la guerre contre Gaza. Ils se font copieusement matraquer par la milice du Fatahpolice palestinienne, d’une manière qui est familière pour tout-e Marocain-e ayant un jour passé devant la Chambre des représentants un jour de manifestation des diplômés-chômeurs. Mustafa Barghouti, qui fût candidat aux présidentielles face à Abou Mazen en 2005, est présent et juge inacceptable et honteuse l’attitude de la milice du Fatahpolice de l’Autorité palestinienne. Les supplétifs indigènes répondent présent, apparemment. Ironiquement, les étudiants palestiniens de Bir Zeït, auraient eu plus de facilité à manifester contre la guerre contre Gaza à Helsinki, Bogota ou Moscou – voire même Rabat – que dans la Ramallah d’Abou Mazen.

Précisions sur l’accusation de crime de guerre formulée par le chirurgien norvégien Mads Gilbert

Reda a demandé, dans les commentaires sous mon dernier billet, si les déclarations que j’avais reprises émanant du chirurgien norvégien Mads Gilbert étaient exactement celles du journal norvégien Aftenposten (entre parenthèses, c’est le journal de référence norvégien).

Je cite donc le passage de l’article en question, d’abord en version originale norvégienne, puis en version française, traduite par mes soins.

Version originale:

Familien hennes ble utslettet
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Ni måneder gamle Joumena måtte amputere den ene armen. Elleve av hennes familiemedlemmer ble utslettet i et israelsk bombeangrep, ifølge den norske legen Mads Gilbert. FOTO: MADS GILBERT
Israelerne skal ha samlet hele familien i to hus. Deretter skal husene ha blitt bombet. Legen Mads Gilbert er sjokkert.OLAV RØLI

Angrepet skal ha skjedd i 8-tiden i dag tidlig, i landsbyen Zytom i Gaza. Israelerne skal ha samlet kvinner og barn i ett hus, mennene i et annet hus. Deretter skal tanks ha bombet husene.

– Dette er fattige bønder og har ingen forbindelse med Hamas. Hadde de hatt det, ville jeg ha fått vite det, understreker legen Mads Gilbert overfor Aftenposten.no. Gilbert er i Gaza sammen med lege Erik Fosse fra Norwac, og har meget god kontakt med det palestinske folket.

Han understreker at han ikke har kunnet undersøke husene, men har fått den sterke historien gjenfortalt av en rekke kilder. Deriblant bestemoren til barnet.

– Denne saken må få internasjonal oppmerksomhet, sier Gilbert.

Traduction intégrale et littérale:

« – Sa famille a été éliminée

Jomena, neuf mois, a dû être amputée d’un bras. Onze membres de sa famille ont été éliminés dans un bombardement israëlien, selon le médecin norvégien Mads Gilbert. PHOTO: MADS GILBERT

Les Israëliens auraient rassemblé toute la famille dans deux maisons. Ces maisons auraient ensuite été bombardées. Le médecin Mads Gilbert est choqué.OLAV RØLI

L’attaque aurait eu lieu à huit heures, tôt aujourd’hui, dans le village de campagne Zytom à Gaza. Les Israëliens auraient rassemblé femmes et enfants dans une maison, et les hommes dans un autre maison. Des tanks auraient ensuite bombardé la maison.

– « Ce sont des paysans pauvres et ils n’ont aucun lien avec le Hamas. S’ils en avaient, je l’aurais su », souligne le médecin Mads Gilbert en parlant avec Aftenposten.no. Gilbert est à Gaza avec le médecin Erik Fosse, et a un très bon contact avec le peuple palestinien.

Il souligne qu’il n’a pas pu examiner les maisons, mais cette forte histoire lui a été répétée par plusieurs sources. Parmi elles, la grand-mère de Joumena.

– « Cette affaire doit avoir un retentissement international », dit Gilbert.

Commentaires:
– j’ai essayé de faire une traduction littérale, sans adapter le style de la traduction française;
– éliminé-e-s est un euphémisme, en anglais on dirait « knocked out« ;
– je n’ai pas la date de l’article d’Aftenposten – je ne sais pas s’il date de dimanche, lundi ou mardi;
– Olav Røli est le nom du journaliste d’Aftenposten ayant recueilli les propos de Mads Gilbert;
– je n’ai traduit que la partie de l’article relatant le crime de guerre allégué par Mads Gilbert.

Si des lecteurs ont des informations complémentaires, ou des remarques sur la traduction, merci de me le faire savoir.

Témoignage et photos des deux chirurgiens norvégiens à Gaza: « Nous pataugeons dans la mort, le sang et les amputations »

Les chirurgiens de l'hôpital Shifa opérent plusieurs patients en même temps. On notera que la stérilisation du bloc opératoire est impossible. Certains patients sont opérés dans les couloirs.

Les chirurgiens de l'hôpital Shifa opérent plusieurs patients en même temps. On notera que la stérilisation du bloc opératoire est impossible. Certains patients sont opérés dans les couloirs.

Les deux chirurgiens bénévoles norvégiens partis il y a une semaine à Gaza pour aider l’hôpital Shifa témoignent dans le quotidien norvégien Aftenposten et le tabloïd social-démocrate suédois Aftonbladet, qui publient également des photos prises par eux.

Le chirurgien norvégien Erik Fosse

Le chirurgien norvégien Erik Fosse

Le chirurgien norvégien Mads Gilbert

Le chirurgien norvégien Mads Gilbert

Sous la rubrique « Presque que des civils sont blessés« , Aftenposten reprend les témoignages des deux chirurgiens norvégiens – les deux seuls volontaires humanitaires ayant été autorisés à entrer à Gaza par Israël depuis le début de la guerre – et reproduit les photos qu’ils ont prises à l’hôpital Shifa de Gaza.

Erik Fosse: « C’est pratiquement indescriptible. Cette matinée il y a eu une attaque contre un marché de légumes. 80 blessés, 20 morts sur le champ. Ici à l’hôpital les blessés civils graves affluent. Beaucoup d’entre eux sont des enfants. Nous opérons plusieurs patients dans la même salle d’opérations. Nous opérons des patients dans les corridors. Nous devons improviser tout le temps. Ce dernier jour il y a eu des attaques violentes contre le marché aux légumes et contre une mosquée à l’heure de la prière« . Il ajoute que dimanche, 150 patients ont été admis, dont 30% de femmes et enfants.

Aftenposten lui demande si ce sont surtout des civils qui sont blessés. « Oui. Ils ont nulle part où aller. Les soldats sont entraînés à ce genre de situations, et savent ou ils peuvent aller se protéger. C’est ce qui fait la plus forte impression sur nous: ce sont surtout des civils qui sont blessés. Il ya beaucoup d’enfants, et des familles. Et on parle ici de blessures graves et importantes, et d’opérations difficiles et demandant du temps. Nous avons ainsi beaucoup d’artères à recoudre« .

Au moment où Aftenposten a interviewé Erik Fosse dimanche, il venait de recevoir deux enfants, frère et soeur, âgés d’entre 10 et 12 ans. Leurs parents leur avait interdit de jouer dehors, et ils jouaient sur le toit de leur maison, ce qui leur a été fatal. « Nous n’avons pas pu sauver l’un deux. L’autre a perdu une jambe. C’est le genre de choses que nous rencontrons tout le temps« .

Le journaliste norvégien l’interroge sur sa propre sécurité: « Nous n’y pensons pas beaucoup. Nous sommes médecins et sommes ici pour aider. Nous nous focalisons sur les blessés. Et les Israëliens savent qui nous sommes et où nous nous trouvons. Si cet hôpital est attaqué, c’est que c’est délibéré« . La conversation téléphonique s’interrompt momentanément en raison du bruit d’un hélicoptère israëlien qui survole l’hôpital. « Ils sont très près de nous« , dit Fosse.

« Ce qui nous marque ici c’est le sentiment d’impuissance. Le plus petit enfant que j’ai opéré a huit mois. Nous avons aussi eu une grand-mère, sa fille et son petit-enfant après l’attaque contre la mosquée. La grand-mère est morte avant que nous ayions pu l’opérer« .

Fosse et Gilbert ne s’attendaient pas à être les seuls occidentaux autorisés à entrer dans la bande de Gaza durant cette guerre, et dès lors les seuls, selon Aftenposten qui oublie ainsi le million et demi de Palestiniens, à rapporter au monde ce qui s’y passe. « C’est très étonnant que le monde accepte qu’aucune aide professionnelle ne soit autorisée à entrer à Gaza et qu’aucun journaliste professionnel ne soit autorisé à rapporter ce qui s’y passe » – mais Fosse oublie Al Jazeera, seul média présent sous les bombes à Gaza. « Nous ne simmes que deux médecins » – sous-entendu médecins occidentaux – « à travailler dans cet hôpital. J’en ai parlé directement avec le ministre norvégien des affaires étrangères Jonas Gahr Støre. La Norvège et le monde doivent faire pression considérable pour demander que du personnel de santé et des journalistes puissent entrer à Gaza« .

Le journaliste lui demandant combien de temps il compte rester à Gaza, Fosse répond « je ne sais pas, mais il m’est impensable de partir d’ici avant que du personnel humanitaire ne soit autorisé à entrer à Gaza ». Mais il y a bien une limite à vos forces? « Nous dormons et mangeons une demie-heure par-ci par-là quand nous en avons l’occasion », dit Fosse avant de courir vers une ambulance qui vient d’arriver avec des blessés.

Dans un autre article, Aftenposten révèle qu’une équipe de chirurgiens militaires et infirmières expérimentés attand à la frontière de Gaza qu’Israël les autorise à venir en aide – l’autorisation est venue, selon Sven Mollekleiv de la Croix Rouge norvégienne, mais les bombardements retardent le passage de la frontière et le trajet vers l’hôpital, devenu trop risqué.

Les mêmes chirurgiens ont également fait des déclarations au journal suédois Aftonbladet, qui les reproduit dans un article intitulé « Nous pataugeons dans le sang« . Le médecin anesthésiste Mads Gilbert déclare: « les gens meurent entre nos mains. Nous avons eu 100 patients aujourdhui. Beaucoup d’entre eux sont des enfants. C’est une situation terrible ici« .

Des corps déchiquetés, des enfants morts et pas de médicaments, voilà le quotidien d’un hôpital de Gaza. « Nous pataugeons dans la mort, du sang et les amputations« , dit Gilbert. Gilbert et Fosse sont venus à Gaza le 31 décembre, quatre jours après le début de la guerre. La situation n’a cessé de s’empirer: « les gens meurent entre nos mains. Nous avons eu 100 patient aujourd’hui, beaucoup d’enfants. Une des femmes était enceinte. C’est une situation terrible ici« . L’hôpital manque de médicaments, d’équipement et de personnel. Gilbert et Fosse ne dorment que quelques heures par nuit. Les fenêtres ont été soufflées par les explosions et l’électricité ne marche que de temps à autre.

« Il y a la queue pour les tables d’opération. Certains sont opérés dans les corridors. Nous avons du faire des amputations sans anesthésie« .

Les autorités israëliennes affirment qu’il n’y a pas de catastrophe humanitaire à Gaza. les deux médecins norvégiens démentent et ont envoyé des vingtaine de photos afin de montrer la réalité dans cet hôpital palestinien, avec pour objectif de faire réagir le monde rapidement. « C’est une des pires catastrophes humanitaires. Le monde doit agir maintenant. Les Palestiniens ont besoin de toute l’aide qu’on peut leur donner« , dit Mads Gilbert.

Deux saints laïcs, si vous voulez mon avis.

Leurs photos (les légendes sont celles d’Aftonbladet):
"Les gens meurent entre nos mains"

Cet adolescent de 17 ans a été amputé d'une jambe et d'un bras

Cet adolescent de 17 ans a été amputé d'une jambe et d'un bras

Les enfants pleurent, terrorisés par les attaques

Les enfants pleurent, terrorisés par les attaques

Trois infirmiers tués et la fin de la solution des deux Etats

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Moussa el Haddad, de l’hôpital Shifa, parle sur Al Jazeera – apparamment la seule chaîne à être présente à Gaza la martyre – de la pénurie de médicaments, du manque de pièces détachées. Un générateur sur deux est hors d’usage, sans pièces détachées.

Tout ce qui marche est visé, dit-il. La majorité des patients est composée de civils. 510 morts et 2.500 blessés, dont 10% d’enfants. C’est le pire qu’il a connu. Personne n’est à l’abri. Le personnel fait de son mieux. Trois infirmiers ont été tués aujourd’hui dimanche après avoir tenté de venir en aide à des blessés.

Les priorités: les médicaments, l’équipement médical et surtout l’électricité. Ce dernier point, c’est sur le plan politique qu’on peut l’obtenir. Ne comptez ni sur les Etats-Unis, ni sur les pays arabes – peut-être que la Norvège ou la Suisse pourraient obtenir cette faveur d’Israël.

Au Maroc, une collecte a été lancée – voir par exemple chez Larbi et Lady Zee. Elle dure jusqu’au 6 janvier.

Eyal Sivan, le cinéaste israëlien menacé de mort par des activistes sionistes en France, est aussi interviewé. Israël n’est pas un pays normal, dit-il, un pays qui emprisonne et isole une population d’un million et demi de personnes. Il ne faut pas oublier que le Hamas a été élu démocratiquement. C’est une drôle de vision de la normalité que présente le député likudnik israëlien Yuval Steinitz, qui est passé avant Sivan, dit ce dernier. « Gaza est le prétexte pour renforcer le moral israëlien. On est confronté à une propagande massive, on utilise Gaza pour montrer aux Israëliens qu’Israël est toujours fort. Ehud Barak était au bas dans les sondages, et maintenant il gagnerait six sièges à la Knesset aux élections législatives de février, selon les sondages. La solution des deux Etats, un palestinien et un israëlien, est finie, il reste un seul Etat qui contrôle toute la Palestine mandataire. La solution des deux Etats n’existe plus, c’est la seule façon de maintenir l’occupation. La perte de l’identité juive en cas de création d’un Etat binational? Aujourd’hui, l’identité d’Israël est le chagrin et le fusil. Un Etat binational nous donnerait la citoyenneté et la démocratie. Il nous faut créer l’égalité et pas l’inégalité, et garantir les droits de la minorité juive dans un Etat palestinien binational« .

Une remarque: les journalistes d’Al Jazeera sont exemplaires dans leur manière de poser les vraies questions aux interlocuteurs, pas seulement israëliens. Steinitz était tellement surpris par la pugnacité de son intervieweur qu’il a eu deux ou trois silences hébétés de plusieurs secondes avant de se reprendre. Un moment il dit qu’Israël est bombardée, jour après jour, depuis plusieurs mois, par les roquettes du Hamas. L’intervieweur lui demande alors s’il comprend que les Palestiniens, occupés jour après jour depuis 41 ans (en fait 42), exercent leur droit à la résistance. Steinitz est groggy debout, et il lui faut près de dix secondes pour pouvoir répondre. Ce n’est pas sur la BBC – terrible, j’ai vu un correspondant parler de l’aide humanitaire apportée par l’armée israëlienne en laissant passer quelques camions il y a quelques jours – ou TF1 qu’on verrait ça.

Deux chirurgiens norvégiens à Gaza

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NORWAC a envoyé deux chirurgiens bénévoles à Gaza, pour aider les médecins palestiniens. NORWAC finance depuis 2001 des projets médicaux en Palestine, à Gaza notamment.

Selon Al Jazeera, des ambulanciers et infirmiers ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions.

Les hôpitaux sont submergés et sont incapables même d’indiquer leurs besoins, les ressources en sang commencent à manquer. S’il y a 500 morts, il y aussi 2.400 blessés. Les blessés sont souvent emmenés en voiture particulière. Les mots manquent à l’excellent envoyé spécial anglophone Ayman Mohyedin.

Submergés, les médecins sont obligés de faire des priorités, mais comme ils ne dorment que très peu depuis la guerre lancée il y a huit jours, des erreurs ont lieu:

Doctors at the hospital are exhausted by the constant stream of casualties, the worry about dwindling medical supplies and the threat of diesel for their generators running out, which would switch off vital life-support systems.

Yet every minute they have to make life or death triage judgements.

“We are so tired we are probably making poor decisions about who to save and who not to,” said one drawn-looking doctor. “I think we are losing patients because of this.”

L’armée israëlienne compte un mort et trente blessés, dont deux graves. Les combats ont lieu au nord et à l’est de Gaza City. Les habitants à l’est de Gaza City quittent leurs maisons à pied et doivent se réfugier dans les rues de Gaza City, femmes et enfants dormant à l’air libre (il fait 10° la nuit).

Mark Ragev, porte-parole de la primature israëlienne, décrit le Hamas comme « a formidable war machine« . La propagande israëlienne atteint des niveaux de grotesque qui rappellent les derniers jours de Saddam Hussein, h »las sans autre comparaison par ailleurs. Je crois que c’est lui qui hier décrivait le Hamas comme « a Taliban régime« . S’ils découvrent des dattes iraniennes dans les épiceries gaziotes ils parleront sans doute de complot chiite.

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