Bienheureux Tunisiens, pour qui les élections signifient quelque chose…

Contrairement au Maroc, où les élections ne sont désormais qu’un mode de recrutement en interne de l’élite et non pas un instrument de réel choix politique, nos frères et soeurs tunisiens ont eux le luxe de déterminer, par leur vote, l’orientation politique, économique et institutionnelle de leur pays après la révolution du 14 janvier. La situation politique voire sécuritaire y est incertaine, l’économie a plongé et le système de l’Etat-RCD de Benali y conserve de beaux restes – outre le président de transition, Béji Caïd Essebsi, qui en est un ancien dignitaire, les réseaux du RCD (de nombreux pontes de l’ancien régime uilisent ainsi leurs considérables moyens financiers et leurs réseaux clientèlistes pour affronter l’épreuve électorale du 23 octobre) et ses idées (psychose islamiste) sont toujours présents.

Mais les Tunisien-ne-s sont maîtres de leur choix: une autorité électorale transparente supervisera les élections du 23 octobre (ce jour-là sera élue l’assemblée constituante chargée de rédiger la nouvelle constitution démocratique de la Tunisie), et en dépit des récriminations, chaque courant politique et idéologique sera en mesure de faire valoir librement ses points de vue, en l’absence des lignes rouges telles que celles du Maroc. Là-bas, les programmes politiques ont un sens et les électeurs tunisiens auront un choix.

D’où l’utilité du comparateurs des programmes électoraux, comme on en trouve sous différentes formes aux Etats-Unis ou en Europe, permettant à l’électeur indécis soit de comparer les programmes des différents partis en lice, soit d’indiquer ses propres opinions et de voir quel parti en est le plus proche. Un tel outil est désormais proposé en Tunisie: c’est le site Ajidoo.com qui a eu l’idée d’envoyer un questionnaire aux partis en lice (y compris les nombreuses listes indépendantes) sur différents thèmes et de comparer leurs réponses. S’il s’agit d’une première tentative non exempte d’imperfections, elle permet au moins d’orienter l’électeur dans son choix, un choix qui, encore une fois, n’est pas de pure forme.

Un tel outil n’aurait guère d’intérêt au Maroc: outre que ce qui est probablement la première force politique du pays, Al adl wal ihsane (1 million de membres selon les dires de Fathallah Arsalane, porte-parole du mouvement, mais on n’est pas obligé de le croire), n’est pas reconnue en tant que parti, les partis au plus fort contenu idéologique – principalement à gauche, avec Nahj addimoqrati, le PSU et le PADS – ne prendront pas part aux prochaines élections législatives du 25 novembre, en raison du manque de crédibilité du processus élecoral. De fait, les élections législatives tendront à arbitrer la rivalité interne au sein du régime entre les clans de Fouad Ali el Himma (PAM), Mounir Majidi (proche de Salaheddine Mezouar du RNI) et Abbas el Fassi (Istiqlal), avec le PJD (cependant dirigé par Abdelilah Benkirane, réputé très proche du Palais) comme seul trouble-fête – par charité judéo-musulmane je ne mentionne pas l’USFP

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« La législation tunisienne dans le domaine des droits de l’homme est déjà largement conforme aux standards internationaux »

Si, si, c’est vrai, puisque c’est écrit ici, en dépit des critiques nihilistes de quelques esprits chagrins:

Herman van Rumpoy, président de l'Union européenne, serre la main à Ben Ali, sous le regard attendri du Guide suprême

En matière de démocratie et de droits de l’homme, le dialogue dans le cadre du sous-comité spécifique prévu en 2009 a eu lieu après la période de référence, en février 2010. Les objectifs fixés par le Plan d’action, notamment en matière des libertés d’association et d’expression, n’ont pas été atteints, ce qui confirme la nécessité de renforcer le dialogue et la coopération dans ce domaine entre la Tunisie et l’UE. La réforme de la justice reste un défi à relever pour asseoir durablement l’État de droit, élément essentiel d’un véritable rapprochement avec l’UE. (p. 2)

En matière de lutte contre la corruption, aucun événement significatif n’est à signaler par rapport à 2008. (p. 3)

La législation tunisienne dans le domaine des droits de l’homme est déjà largement conforme aux standards internationaux. Il existe néanmoins un décalage persistant entre les positions officielles de soutien aux libertés fondamentales et au respect des droits de l’homme et l’application concrète des lois. (p. 3)

En ce qui concerne les conditions de vie carcérale et les droits des détenus, la Tunisie a adopté des mesures visant à faciliter la réinsertion des anciens détenus et à appliquer des peines alternatives à la prison, mais des progrès restent à faire. Le coordinateur général tunisien des droits de l’homme a le droit d’effectuer des visites imprévues dans les prisons. (p. 4)

La Tunisie continue à faire preuve d’une politique étrangère de modération et d’unité dans les diverses enceintes internationales avec une attention particulière attribuée aux affaires régionales et notamment au conflit israélo-palestinien. (p. 5)

La Tunisie a poursuivi ses efforts en matière de contrôle des frontières et de lutte contre l’immigration irrégulière, et s’est dotée des équipements et infrastructures nécessaires pour un contrôle de qualité. L’adoption des nouveaux passeports à lecture optique permet de renforcer la répression des délits liés au trafic des clandestins et l’infrastructure aux points de contrôle des frontières correspond aux normes internationales. (p. 12)

Comme en 2008, la Tunisie a poursuivi ses efforts dans l’application des mesures de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme au sein des institutions financières. La mise en oeuvre d’un régime de contrôle efficace dans les banques s’est renforcée. Une commission spécialisée en lutte contre le blanchiment d’argent a été créée en 2009 et présenterait un rapport début 2010. La Tunisie a demandé l’adhésion au Groupe Egmont. (p. 13)

L’enveloppe financière de l’Instrument européen de voisinage et de partenariat (IEVP) allouée à la Tunisie dans le cadre du programme indicatif national 2007-2010 s’élève à 300 millions d’euros auxquels se sont ajoutés 30 millions d’euros complémentaires en 2007 (pour le programme d’appui à la gestion budgétaire par objectifs). (p. 18)

Soyons honnêtes – de l’autre côté de l’Atlantique, on a partagé – en public, mais pas dans les cables diplomatiques à usage interne – la même analyse:

« Rumsfeld described Tunisia as a moderate country and a democracy » (Al Jazeera)

Mais ceci serait incomplet sans la finesse d’analyse du locataire du Palais de l’Elysée:

L’un de nos plus grands auteurs, FLAUBERT disait, avec une certaine justesse, qu’en Tunisie le climat est si doux que l’on oublie d’y mourir… À travers l’Histoire, qui n’a succombé aux charmes de cette Tunisie ? (…)

Je sais, Monsieur le Président, le prix que vous attachez au dialogue des civilisations. Une chaire de l’université de Tunis porte votre nom pour permettre à de grands esprits arabes et européens de se rencontrer, d’échanger et de bâtir dans ce respect mutuel sans lequel il n’y aurait ni paix ni harmonie, ce dialogue indispensable (…)

Pour que les civilisations se rencontrent, pour que les Hommes se parlent, il faut la confiance. À ceux qui pensent que l’humanisme est une invention occidentale et qui regardent donc les autres avec un peu de suffisance, je veux rappeler que Tunis a aboli l’esclavage en 1846, deux ans avant Paris, et que la Tunisie fut, en 1861, le premier pays arabe à se doter d’une constitution. Plus tard, le président Bourguiba a fait, le jour même de l’indépendance de votre pays, un double choix fondamental : celui de la modernité pour les Tunisiens, femmes et hommes, et celui de l’amitié avec la France. (…)

Signataire des grandes conventions des Nations unies, votre pays s’est engagé dans la promotion des droits universels et des libertés fondamentales, en respectant — et, Monsieur le Président de la République, j’y suis très sensible parce que c’est une question qui m’a toujours passionné — un moratoire strict sur la peine capitale, à laquelle naturellement j’ai toujours été opposé à titre personnel. Aujourd’hui, l’espace des libertés progresse. Ce sont des signaux encourageants que je veux saluer et qui font écho à ce que disait déjà feu le président Bourguiba lorsqu’il confiait : « Je suis réaliste. Être réaliste, c’est préférer une réforme modeste, qui en permet une autre, à un miracle impossible. » Je sais d’où vous venez, Monsieur le Président de la République, d’où vient la Tunisie et la Tunisie peut se comparer sans rougir à tant d’autres pays. Ces signaux, ces réformes s’inscrivent sur un chemin, étroit et difficile, mais essentiel, celui de la liberté et du respect des individus sans lesquels un pays n’est pas un grand pays. Ce chemin, aucun pays ne peut prétendre l’avoir entièrement parcouru et personne ne peut se poser en censeur. Je viens d’un continent dont l’histoire, y compris l’histoire récente, recèle des tragédies abominables et je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m’ériger en donneur de leçons. J’ai pleinement confiance dans votre volonté de voir continuer à élargir l’espace des libertés en Tunisie. Nous en avons parlé vous et moi. (2008)

Mais tout est bien qui finit bien: l’Union européenne, les Etats-Unis et la France ont désormais courageusement salué la chute de l’ex-président Zine el Abidine Ben Ali…

Quick thoughts on the Tunisian revolution

I have been planning a more substantial post on the revolution in Tunisia these last days but my twitter addiction has temporarily put that notion to rest. You’ll have to do with these few lines instead.

1. Impossible to put words on my admiration for the heroic people of Tunisia – the street vendors, the unemployed, the workers, the housewives, the schoolchildren, the students, the civil servants, the lawyers, the doctors and nurses, the dissidents (in Tunisia and abroad) who collectively rose up and toppled Benali’s hated dictatorship – in fact, they overcame 55 straight years of dictatorship. But the martyrs should be mentioned first, and first of all Mohamed Bouazizi, the unemployed graduate turned street vendor whose tragic decision to set himself on fire also set the whole country on fire.

2. The speed of Benali’s collapse has been surprising – although I am on record as recognising this as a revolution and not a mere revolt one week ago, I hadn’t envisaged that he would have left power by the week-end. But if his personal rule is well over now, the same cannot be said of the RCD’s (Rassemblement constitutionnel démocratique) control of the political apparatus. Benali’s totalitarian rule not only didn’t allow for any opposition, it even turned against the  mildly critical and even the indifferent. Everything – from politics to religion and including sports and economics – was firmly under wraps.

Tunis airport renamed Mohamed Bouazizi airport

3. I have been surprised by the stiff armed resistance of RCD dead-enders (to borrow an infamous term) after Benali’s departure. I had expected the security apparatus to fold once Benali left power and the country, but I had apparently seriously underestimated the criminal, mafia-like aspect of Benali’s power. The dead-enders, close to Benali’s infamous family in law (the Trabelsi clan) seem to be motivated less by political motives than by criminal ones – looting and random shooting would not seem the best way to keep a stake in Tunisia’s new political scene. What seems particularly worrying is the embrace apparently given to these lawless militias by colonel Muammar Kadhafi – media reports tell us the benalist militias are tryin to flee to the south of the country in order to cross the border to Libya, where rumor says they could find a safe haven. The new (?) régime in Tunisia could soon have a serious public order issue on its hands – control of the borders with Libya, from which the armed militias could launch armed raids. I hope that this is only the result of the feverish imagination of this blogger – otherwise this could pave the way for foreign intervention in Tunisia, with US/NATO assistance to help Tunisia’s new government repel such a threat.

4. While we’re on the subject of foreign intervention, have you noticed how irrelevant all foreign actors were to this revolution? It took the EU High Representative, Baroness Ashton, three weeks to react – on Jan. 10 – to a popular uprising in a totalitarian state with which the EU has an association agreement, and as for the US, Hillary Clinton pledged neutrality between the parties in presence a few days before the toppling of Benali – and in order to keep this post free of four-letter words, I will not even mention the French government’s stance. Their support to the revolution would have been appreciated, and might possibly have hastened the outcome and/or limited the bloodshed. More likely, had Europe and the US intervened earlier on, they might have pressured Benali into accepting much earlier the cosmetic reforms – scrapping Internet censorship nad letting a few independent or opposition personalities into his government – he himself decided on in his speech the day before his fall. This would likely have postponed or even aborted the demise of Benali.

As for their role now, the Tunisians would be well advised to be circumspect. The uprising was caused initially by the social problems facing Tunisia’s youth, unemployment being the main one – to which we should add the inequal repartition of income aggravated by 25 years of adherence to the Washington consensus. While all realistic economic alternatives for Tunisia will include some degree of openess to world economy and to Tunisia’s major – European and Arab – trade and investment partners, the new government might want to chart a more independent course to economic development.

Tunisia basically has a choice ahead: whether to continue as the IMF’s, the World Bank’s and Europe’s alleged best pupil in the Arab classroom, with the mixed resultsthat are plain for everyone to see, or to decide for itself, according to its own interests and sovereign decisions, what path and what policies to adopt, whether it be in the foreign policy, domestic policy or economic policy fields. Tunisia can chose to be like Turkey, Brazil, India or Malaysia, or it can pursue in its post-colonial striving for acceptance and the occasional pat on the head by its Western partners, a path followed by Jordan or Morocco with limited success.

I’m not particularly interested at this stage of how the US and Europe’s irrelevance reflects on these two actors – suffice it to say that the US influence in the MENA region seems to have peaked in 2003/2005, and has since then slided in a dramatic fashion – Bashar el Assad now squarely back on the Middle East scene and with régime change in Syria a long-forgotten fantasy, Iraq turned back to a nationalist government with shia leader Moqtada Sadr poised to be the coming man of the next few years, Hezbollah stronger than ever on the Lebanese scene – and even Hamas hanging on to power in Gaza – none of the US strategic objectives have been achieved, and its ability to reach them seems weakened, not strenghtened. As for Europe’s relevance to political developments in the MENA, the least said the better, and don’t even get me started on France.

5. The so-called « national unity government » has been appointed today – the interior (Ahmed Friaa), defense (Ridha Grira), finance (Mohamed Ridha Chalghoum), planfication & international co-operation (Mohamed Nouiri Jouini) and foreign (Kamel Morjane, an in-law relative of Benali’s) ministers of Benali’s last government keep their jobs, and a motley crew of independent personalities (among them film director Moufida Tlatli and blogger Slim Amamou), technocrats, trade-union leaders (including 3 leaders of the UGTT) as well as leaders of three legal opposition parties Nejib Chebbi of the PDP,  Ahmed Brahim of post-communist Ettajdid and Mustapha ben Jaafar of the Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) - have be given portfolios. The trade minister, Afif Chelbi, would be given the energy portfolio. It’s worth to point out that the interim president, Fouad Mebazaa, former speaker of Parliament, is a long-standing RCD MP, minister under Bourguiba and Benali, member of the RCD politburo and he was fully trusted by Benali, while the prime minister Mohammed Ghannouchi has had a long ministerial career under Benali and was in fact his last prime minister as well as the vice-president of the RCD. For all practical purposes, this is the kind of government that Benali could have appointed himself had he had more brains – his last speech actually outlined exactly this sort of government, and he actually met with some opposition members before being deposed.

Most noteworthy of all is the fact that no leaders of opposition parties banned under Benali’s rule – the marxist-leninist Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), led by Hamma Hammami, the Congrès pour la république led by reformist intellectual Moncef Marzouki and more importantly islamist Ennahda, led by exiled islamist thinker Rachid Ghannouchi – have apparently been invited to either the talks on the transition government or the government itself. This is a worrying signal, on top of being counter-productive: while Tunisia has never held free and fair elections, the least tainted ones were held in 1989, and Ennahda candidates standing as independents garnered between a quarter and a third of the votes in the constituencies where they stood. Ennahda is in that sense the largest opposition party that Tunisia has ever had (the UGTT trade-union was a de facto opposition under the leadership of Habib Achour under much of the 70’s and 80’s, but it never set itself up as a political party).

Now, things have changed in Tunisia since 1989: there’s absolutely no way of of saying whether Ennahda would be as popular today, as its leadership has been either imprisoned or exiled. Ennahda has even stated it doesn’t want to field a candidate in the coming presidential elections, in a move akin to the prudent and progressive approach that its Moroccan sister-party the PJD took to electoral participation in order not to frighten the francophone and secular élite, less well-entrenched in Morocco than it is in Tunisia. It is however futile to deny that it forms a part of Tunisia’s political and ideological landscape – any ostracism of Ennahda or the non-violent islamist movement would be benalism without Benali.

6. While the protests in Tunisia really have taken a revolutionary turn, the aftermath of Benali’s demise is strangely stuck in the constitutional and institutional tracks of Benali’s dictatorship. The first interim president was designated as the prime minister, Mohammed Ghannouchi on Friday evening, on the basis of article 56 of the Tunisian constitution providing for temporary replacement of the president – the day after, the Conseil constitutionnel decided that the president was permanently unable to exercise his official functions, and appointed the speaker of the Chamber of Deputies as interim president in accordance with article 57 of the Constitution. According to that article, fresh presidential elections need to be held within 45 and 60 days from that day.

This poses quite some problems. Firstly, the Tunisian Constitution has not been adopted democratically – the 1959 Constitution was adopted by a constitutional assembly that wasn’t freely elected, and the 2002 constitutional referendum wasn’t free either. Secondly, many of its provisions would hinder rather than facilitate constitutional change.  The 60-days deadline to hold presidential elections would render very difficult the holding of truly democratic and pluralistic elections: article 66 of the electoral code states that presidential candidates need 30 signatures from members of the Chamber of Deputies or of presidents of city councils – only the RCD has more than 30 deputies in the current Chamber…

Article 66 of the electoral code is furthermore strenghtened by article 40 of Tunisia’s Constitution, which states that candidates to the presidential election have to get the signatures of a number of deputies as per electoral law – meaning that this legal requirement may only be lowered, but not scrapped altogether as the Constitution requires this. A referendum would be necessary to delete this constitutional requirement (see articles 76 to 78 of the Constitution) – an unlikely prospect.

Furthermore, such a short time-span would advantage the RCD or what’s left of it, still in possession of cadres and logistics. The parties that were banned under Benali will find it impossible to organise for an electoral campaign on such short notice – supposing of course they would get the 30 signatures. Would a government where key functions are held by RCD stalwarts and a Parliament still overwhelmingly RCD play it fair and scrap article 66 of the electoral code – and legalise the banned parties?

The Tunisian people have ousted the dictator, but they haven’t yet got rid of his institutional and political legacy. This is just the beginning, if democracy is to take hold.

Un petit conseil tunisien à Khalid Naciri: la Cour pénale internationale n’est pas seulement faite pour Florence Beaugé, mais aussi pour Jean-Pierre Tuquoi

La liberté d’expression marche de concert au Maroc et en Tunisie, dont les gouvernements se voient contraints de donner des leçons de déontologie aux fieffés journalistes étrangers, et notamment ceux du journal subversif marxiste-léniniste « Le Monde« .

En Tunisie, l’avance de ce pays sur le Maroc ne se manifeste pas seulement en matière de naturalisation de footballeurs brésiliens, mais également dans la dénonciation d’odieux complots ourdis par des ennemis de la Nation, Le Monde en l’occurence. Et c’est par un conseil amical à la démocratie makhzénienne que nos frères tunisiens s’efforcent de parachever l’édification du Maghreb uni: Khalid Naciri, réveille-toi, la Cour pénale internationale n’est pas seulement faite pour Florence Beaugé mais aussi pour Jean-Pierre Tuquoi, Ignacio Cembrero, Ali Lmrabet voire plus si affinités.

20090805-p-KhalidNaciri

"Après Jean-Pierre Tuquoi devant la Cour pénale internationale, ce sera le tour de Roger Lemerre, Dos Santos et Clayton"

Petite précision pour les lecteurs marocains: le Jean-Pierre Tuquoi tunisien s’appelle Florence Beaugé, également journaliste au Monde. Tous deux ont la haine et la rancoeur chevillés au corps, aigris et aveuglément lancés dans une entreprise de déstabilisation des deux nations soeurs, en dépit des réalités les mieux établies – le développement économique et social patent du Maroc, et le Changement démocratique en Tunisie.

Au Maroc, on le sait, Jean-Pierre Tuquoi est fourré dans tous les complots visant à dénigrer le Maroc et ses constantes civilisationnelles, avec ses comparses Ignacio Cembrero, Boubker Jamaï, Moulay Hicham, Bob Ménard et Mahmoud Ahmedinejad. C’est ainsi qu’il s’est récemment attelé à offenser l’identité et la souveraineté marocaines dans ce qu’elles ont de plus sacré:

La martingale hasardeuse du roi du Maroc à Macao
LE MONDE | 31.10.09 | 13h38 • Mis à jour le 31.10.09 | 13h38
Article paru dans l’édition du 01.11.09

« Il s’agissait d’une faute professionnelle et nous nous sommes retirés. » C’est ainsi que, dans un entretien à l’AFP, Hassan Bouhemou, le directeur général de Siger (« roi« , en grec), le holding qui regroupe les intérêts financiers du roi du Maroc, Mohammed VI, s’est efforcé, mercredi 28 octobre, de mettre un point final à une ténébreuse affaire financière à Macao, l’ancienne colonie portugaise rétrocédée à la Chine.

L’affaire a été révélée, mardi, par le South China Morning Post. Le quotidien de Hongkong expliquait que le souverain marocain faisait partie de la poignée d’investisseurs privés victimes d’un placement malencontreux dans Macau Legend, un groupe présent dans le jeu, l’immobilier et les transports.

Sollicités par la banque Merrill Lynch, des gestionnaires travaillant pour Siger – mais aussi des fonds spéculatifs et quelques personnes fortunées du vieux continent – avaient apporté, en 2006, près de 400 millions de dollars (270 millions d’euros) à Macau Legend, à la recherche d’argent frais pour financer un projet immobilier, Fishermen Wharf, de parc d’attractions avec casino et ensemble résidentiel.

Fisherman Wharf devait être introduit dans la foulée à la Bourse de Hongkong à un cours tel que ceux qui avaient accepté de prêter de l’argent à la maison mère en échange d’actions de la filiale, souscrites « à prix d’ami », pouvaient espérer réaliser très vite un bénéfice substantiel.

« CHARTE ÉTHIQUE »

Les choses n’ont pas évolué comme prévu. Victime de la crise internationale et de prévisions de fréquentation trop optimistes, le programme Fisherman Wharf avec son casino Babylone a été un échec et, du coup, l’introduction en Bourse de la société a sans cesse été repoussée. Quant à la maison mère, elle aussi malmenée par la crise, elle a pâti en sus de désaccords entre l’un des cofondateurs de Macau Legend, Stanley Ho, un homme d’affaires âgé et malade, et des membres de sa famille.

Des réunions ont eu lieu au printemps pour restructurer la dette. Macau Legend a promis de verser à ses créanciers 100 millions de dollars après avoir, dans un premier temps, offert le double. Mais aucune somme n’a été versée à ce jour.

Dans un communiqué publié mardi au Maroc, Siger explique qu’après avoir constaté qu’« une infrastructure de jeux de hasard » figurait dans les investissements de la holding royale, elle avait fait part, « en décembre 2008 », de « son intention de se retirer de cet investissement » au nom de sa « charte éthique ». Mais, dans le communiqué, rien n’indique que la demande a été suivie d’effet.
Jean-Pierre Tuquoi

Non content d’attaquer la Nation marocaine dans son identité institutionnelle, Tuquoi a par la même occasion profité pour heurter les Marocains dans leurs sentiments religieux -sous-entendre que le Commandeur des croyants puisse investir dans un casino! – voire même familiaux, tant est fort l’attachement filial de tout Marocain pour son Souverain. Bien évidemment, le lecteur assidu de L’Economiste sait désormais que ces rumeurs nauséabondes sont dénuées de tout fondement:

Siger retiré depuis un an de Macau
L’Economiste 29 octobre 2009

· Il s’agissait d’une petite participation indirecte…

· … supprimée pour cause de contradiction avec la déontologie de la holding

· Les investissements à l’étranger à nouveau en débats

L’Afp a rectifié hier (1) l’information donnée sur la foi d’un journal chinois: le Souverain ne fait pas partie d’un groupe d’investisseurs victimes d’un investissement malheureux à Macau. Macau est un territoire spécial de la Chine, en face de Hongkong de l’autre côté du delta de la rivière des Perles. Ex-colonie portugaise, cette ville est connue dans l’histoire pour son économie… «interlope», dominée par le jeu, envers qui les cultures asiatiques n’ont pas les mêmes préventions que les religions monothéistes.

En 2007, le chiffre d’affaires des jeux de Macau, pour la première fois, a dépassé celui de la vedette mondiale, Las Vegas. Récupérée par la Chine populaire en 1999, elle a conservé un statut politique et économique spécial par rapport au reste du pays, comme Hongkong. L’économie reste très libre et dynamique, avec un PIB par tête de plus de 39.000 dollars (soit presque 20 fois celui du Maroc), intégrant néanmoins un accroissement des inégalités. Ce qui a déterminé des manifestations l’année dernière, pour la première fois depuis la récupération chinoise. Macau a donc conservé dominante son économique du jeu, avec tous les problèmes de mafia et corruption que cela peut drainer.

Un endroit «chaud»

«Ce n’est vraiment pas l’endroit où nous voulions voir des investissements de la holding royale marocaine, Siger, aussi petits et indirects fussent-ils», indique Hassan Bouhemou, administrateur-directeur général de Siger. «Dès que nous avons vu les relevés d’opérations, nous nous sommes retirés car cela était contraire à la charte d’éthique de Siger; c’était en décembre 2008, il y aura un an le mois prochain», ajoute-t-il.
En fait, c’est une histoire qui commence courant 2007, où Siger place de l’argent dans un fonds qui offre des placements en Asie. Entre autres opérations, ce fonds (et non pas Siger) investit 4 millions de dollars (environ 38 millions de DH) dans un programme immobilier et hôtelier asiatique. Ce programme se monte à 400 millions de dollars et comporte entre autres, un hôtel à Macau, hôtel avec des salles de jeux. Ce qui était donc interdit par la charte d’éthique de Siger, d’où le retrait, un an à peine après le début de l’opération.
Pour la partie marocaine, l’histoire s’arrête là, même si auprès de Siger, on est encore assez fâché contre le fonds mandataire, qui a outrepassé la règle posée. Bouhemou dément que Siger ait engagé des poursuites contre ce fonds du fait de mauvaises affaires.
Les spécialistes des marchés financiers sont unanimes sur deux points: avec un fonds comme mandataire, qui noie les participations de chaque membre au milieu des autres, il est impossible de savoir où vont les investissements avant le compte rendu qui est fait une ou deux fois par an: pas d’autre choix que de faire confiance au gérant.

Deux points en avant

Le deuxième point est plus intéressant dans la mesure où il relance une question oubliée: la possibilité pour les Marocains, personnes morales, voire les personnes physiques, d’investir à l’étranger. En dépit d’une déclaration du Premier ministre lui-même, dans nos colonnes (www.leconomiste.com du 2 mars 2009), les mentalités vis-à-vis des investissements à l’étranger restent rigides, rigidités d’ailleurs renforcées depuis la crise. Et ce en dépit de la montée au créneau d’une partie des milieux économiques, pour montrer les avantages à l’heure de la globalisation, d’une libéralisation des investissements, pour le développement des affaires avec le Maroc.

N. S.

Mais il faut croire que la haine, la hargne et le persiflage, au mépris de toutes les règles déontologiques d’une presse morale et responsable, aveuglent Le Monde et autres « néocolonialistes mal déguisés« , lequel, non content de s’en prendre au Maroc du progrès et des réformes, s’attaque avec une violence inouïe à la Tunisie du Changement, qui a, « sous le signe de la réflexion, de la globalité et de l’animation » et dans la « fidélité au Symbole de la fidélité« , renouvelé de manière éclatante sa confiance au Sauveur de la Nation, comme ce pays en a d’ailleurs l’habitude:

Des présidentielles en forme de plébiscite
Depuis l’indépendance (1956), une caractéristique des élections présidentielles est que le vainqueur l’a toujours emporté avec plus de 90 % des suffrages exprimés. Habib Bourguiba a obtenu 99,67 % en 1959 ; 99,78 % en 1964 ; 99,75 % en 1969 et 99,85 % en 1974. De 1975 à 1987, ce fut « la présidence à vie » de Bourguiba. Son successeur, le président Ben Ali, a suivi la même voie. Arrivé au pouvoir en 1987, il a recueilli 99,27 % des suffrages en 1989 ; 99,91 % en 1994 ; 99,44 % en 1999. Mais « seulement » 94,48 % des suffrages en 2004.

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"Ne vous inquiétez pas, votre argent est bien là"

Voici la liste de ses articles publiés dans Le Monde durant le mois d’octobre, dont les titres suintent la haine et la hargne:
– « « L’opposition instrumentalise les droits de l’homme », selon le gouvernement tunisien » (Le Monde, 8 octobre)
– « A Tunis, le quotidien d’un couple d’opposants » (Le Monde, 8 octobre)
– « En Tunisie, « il y a ceux qui profitent du système et ceux qui enragent d’en être exclus » » (Le Monde, 22 octobre)
– « En Tunisie, une réussite économique mal partagée » (Le Monde, 23 octobre)
– « Le parcours fulgurant de Sakhr El-Materi, gendre du président tunisien Ben Ali » (Le Monde, 24 octobre)

C’est dans l’article du 22 octobre que Florence Beaugé a écrit les phrases suivantes:

Pourtant, l’impopularité de cet homme de 73 ans est frappante. Des trois pays du Maghreb, le régime tunisien est sans doute celui qui est le plus mal aimé de sa population. Même en Algérie, le pouvoir n’a pas droit à un tel mépris… (…)

Mais un autre sujet domine toutes les conversations et alimente la frustration générale : la main-mise de « la famille » sur le pays. Comme le dit Rachid, « après un petit verre – car le vin ça dégage tout ! -, on vous avouera la vérité : on en a marre ! ». Marre, précise-t-il, des frères, des gendres, des neveux, des Trabelsi, Chiboub, Ben Ali, El-Materi, « de tout ce clan familial qui ne cesse de grossir et de s’accaparer les richesses du pays ». (…)

Voilà longtemps, en tout cas, que le chef de l’Etat a compris que ses partenaires européens se contenteraient d’une démocratie en trompe-l’oeil en Tunisie. « Les droits de l’homme ? Après vingt-deux ans de bénalisme, la jeunesse s’en fiche ! A la limite, elle nous donne tort de continuer à mener cecombat. Elle estime que nous sommes bien bêtes de ne pas profiter du système « , se désole la sociologue Khadija Chérif, membre de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), découragée comme beaucoup d’autres de sa génération. « Les étudiants sont totalement dépolitisés. Pour eux, la réussite passe par l’argent, non par l’effort ou les études », confirme l’universitaire Larbi Chouikha.

Résignés, indifférents, mais par-dessus tout tenaillés par la peur, les Tunisiens attendent. Quoi ? Ils ne le savent pas très bien. Que « la mort », « un coup d’Etat « , voire « un attentat », disent-ils un peu gênés, presque honteux, viennent les délivrer de cette soumission à un régime qui leur pèse, mais pas au point de se révolter. Grâce à la chaîne d’information qatarie Al-Jazira – « notre oxygène », disent-ils -, ils n’ignorent rien de ce qui se passe chez eux, en dépit du muselage de la presse nationale. « Tout a une fin », disent-ils de temps à autre, comme pour se rassurer.

Comme les meilleures plumes de La Presse ou du Temps, que Die Zeit, El Pais et The Independent envient à la Tunisie, vous y aurez reconnu « Incitation à la haine, à la mort et à l’attentat contre la Tunisie« :

Sur la Une du “Monde”: Incitation à la haine, à la mort et à l’attentat contre la Tunisie
Du temps de son fondateur Beuve Mery, le journal Le Monde s’est taillé une dimension internationale grâce à son sérieux, la fiabilité de ses informations et le sens de la mesure qui prévaut dans ses commentaires.

L’information est sacrée, le commentaire est libre” disait Beuve Mery. Un commentaire libre est un commentaire responsable et mesuré.

Or, à la faveur d’un incroyable retour des choses, Le Monde ouvre ses colonnes et de surcroît la première page à un tract dans les règles, distillé au vitriol par une “pseudo-journaliste” répondant au nom de Florence Beaugé. Elle appelle les Tunisiens à se révolter. Elle appelle à la haine. Elle appelle surtout à la violence et à la mort.

D’où tient-elle que le régime “pèse sur les Tunisiens”? D’où tient-elle que “les Tunisiens ne sont pas contents”? Quand les appels au terrorisme sont alignés en première page du quotidien le plus prestigieux de France, et qu’ils soient publiés dans le pays des Droits de l’Homme et de la Déclaration de 1789, voilà qui donne à réfléchir.

N’en déplaise à notre chère Madame Florence Beaugé, les Tunisiens vivent dans la stabilité et la sécurité grâce à la perspicacité du Régime du Président Ben Ali. Les Tunisiens protestent énergiquement contre les poisons de l’outrance et l’extrémisme d’où qu’il vienne. Car c’est encore grâce au régime avant-gardiste tunisien que toute la région s’est stabilisée et a recouvré paix et quiétude. Les Tunisiens, toutes tendances confondues, s’élèvent à l’unisson contre ces manipulations malsaines. Et qui plus est dévoilent ce côté morbide, épidermique et à la limite futile dans ce genre d’articles.

A quoi ressemble-t-il? A quelle typologie journalistique correspond cet article ? Est-ce la vocation d’un reporter que de verser dans des réquisitoires passionnels, alimentés par des rumeurs indécentes, et nourries par des traîtres qui errent comme des âmes en peine dans d’obscurs salons français ?

S’est-elle posé cette question : pourquoi six millions de touristes affluent-ils sur la Tunisie ? Pourquoi les Français apprécient-ils le pays du Jasmin?

Ce qu’elle feint d’ignorer, c’est que beaucoup de Français s’expatrient chez nous, acquièrent des propriétés et vivent en toute quiétude parmi nous.

De toute évidence, Madame “Florence la terreur”, celle qui incite au terrorisme alors que le combat de toutes les nations se concentre justement contre l’extrémisme, a la vocation d’un poseur de bombes.

Femme psychotique, hystérique, elle est bonne pour la psychanalyse.

Ce qui est sûr, c’est que les Tunisiens sont jaloux de leurs acquis, de leur stabilité, de leur sécurité et de leur bien-être.

Il fait bon vivre en Tunisie. Et les Tunisiens sont solidaires. Et ils ne sont guère disposés à écouter les “conseils” maculés de sang d’une femme maléfique, et par-dessus le marché idiote.

Raté, Madame “Florence La Terreur”

Raouf KHALSI (Le Temps)

Sous le prétexte futile et fallacieux que la Jean-Pierre Tuquoi tunisienne, Florence Beaugé, ait donc fort justement été expulsée de Tunisie, ce qui constitue « un événement statistiquement non significatif » (La Presse), Le Monde et ses complices de RSF – « avidement obstinés à faire feu de tout bois pour déstabiliser un pays qui réussit » – ont dénoncé bien mal à propos un acte de souveraineté, révélant par là-même leur appartenance au « microcosme journalistique parisien qui croit, en atterrissant en Tunisie, qu’il débarque aux Dom-Tom (Domaines d’outre-mer-Territoires d’outre-mer, territoires sous administration française) » (La Presse). Dans le ton haineux et fielleux empreint d’arrogance coloniale qu’affectionne Le Monde, le quotidien de référence, qui a depuis sombré dans la « délinquance journalistique » (Le Temps), a prétendu s’en offusquer:

A en croire la presse tunisienne de ces derniers jours, Le Monde ouvre ses colonnes à une « pseudo-journaliste », « Florence la terreur », « psychotique, hystérique », qui plus est « maléfique » « et par-dessus le marché idiote« , pour couvrir l’actualité en Tunisie… A l’occasion de l’élection présidentielle tunisienne – qui a vu, dimanche 25 octobre, le président Zine El-Abidine Ben Ali reconduit sans surprise à la tête de l’Etat, pour un cinquième mandat consécutif, avec un taux officiel de presque 90 % des voix -, les journaux gouvernementaux tunisiens se déchaînent avec une rare violence contre l’envoyée spéciale du Monde, Florence Beaugé, expulsée de Tunisie mercredi 21 octobre, après une nuit passée sur un siège de l’aéroport de Tunis-Carthage. Pour justifier leur geste, les autorités tunisiennes ont évoqué « une malveillance patente à l’égard de la Tunisie et des partis pris systématiquement hostiles ».

Car il faut savoir que Florence Beaugé a de ce fait « lancé des appels à peine voilés au meurtre« , et un journaliste venduavisé d’Afrique-Asie fait un parallèle qui s’impose effectivement:

La justice internationale, qui a condamné il y a six ans, deux responsables de la tristement célèbre Radio rwandaise « radio Télévision Mille Collines » pour incitation au génocide de 1994, devra‑t‑elle se pencher sérieusement sur le cas de la journaliste française Florence Beaugé du quotidien français Le Monde ? (Le Temps)

Je trouve pour ma part ce journaliste trop prudent face à tant d’ignominie: ne faudrait-il pas créer, ainsi qu’il fût fait au lendemain de l’assassinat de Rafiq Hariri, un tribunal spécial international pour juger les calomniateurs étrangers, les « terroristes de la plume » qui tels Florence Beaugé se gaussent du Changement tunisien et de son incarnation humaine, le général-président Zine el Abidine Ben Ali?

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Florence Beaugé, bientôt à La Haye?

Comme le constate lucidement et avec retenue un observateur local:

N’en déplaise aux rentiers des droits de l’Homme qui gagnent leur vie sans travailler, aux roquets payés pour exécuter de mauvais desseins et de basses besognes et qui aboient pour un rien, aux autres journalistes haineux, telle Florence Beaugé, qui n’ont de cesse de déverser leur lot de mensonges et de contre-vérités sur notre pays, la Tunisie a tracé son chemin. Et c’est avec ses hommes et ses femmes, ses jeunes et ses enfants qu’elle saura relever les défis. (Le Temps)

Jugez-en: la dame Beaugé a jugé bon de persévérer dans ses machinations diaboliques par le biais d’une tribune libre publiée dans Le Monde après son expulsion de Tunisie, « La France discréditée par son soutien au régime Ben Ali« , dont voici quelques extraits suintant la haine. Tout comme Al Qaïda en veut aux Etats-Unis pour leurs libertés, dame Beaugé semble en vouloir à la Tunisie pour sa démocratie:

Nul besoin d’épiloguer longuement sur les résultats des élections présidentielle et législatives tunisiennes du 25 octobre. En s’accordant un score inférieur à 90 % des voix – officiellement de 89,62 % -, le président Ben Ali a cherché à éviter les sarcasmes que lui avaient valus les scores à la soviétique des précédents scrutins (99 % et 95 % des suffrages).

On ne répétera jamais assez à quel point le « pluralisme » politique mis en avant par le palais de Carthage à l’intention de l’étranger est une mascarade. Le chef de l’Etat tunisien choisit soigneusement ses opposants. Il dessine lui-même la carte politique de la Tunisie, sur laquelle le parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), doit garder l’absolue mainmise par le biais d’un clientélisme et d’un maillage policier difficilement imaginables. (…)

Il faut cesser de se laisser prendre au langage du palais de Carthage, selon lequel la Tunisie de Ben Ali est « une démocratie émergente et perfectible ». Un argumentaire soigneusement mis au point à Tunis, où l’on sait que ce ton bonasse, faussement modeste, a toutes les chances de séduire les visiteurs occidentaux.

Si elle est performante en matière économique – mais pas autant qu’elle le pourrait, compte tenu de l’inhibition des entrepreneurs face au comportement prédateur des proches du pouvoir -, la Tunisie de Ben Ali ne progresse en rien sur la voie de la démocratie, et n’en a nulle intention. Quiconque émet une voix discordante est systématiquement combattu, et voit sa vie rendue infernale par une série de représailles dont on n’a pas idée en France : Agressions physiques graves ; filatures collantes ; courriers électroniques détournés ; domiciles assiégés ; asphyxie alimentaire, suite aux interdits professionnels ; campagnes de presse diffamatoires, et souvent même obscènes quand il s’agit de femmes. Et cela, en toute impunité

(…) « Etat de droit », « démocratie », « multipartisme » et « transparence » font partie du vocabulaire préféré du régime tunisien. On ne peut exclure que le président Ben Ali, qui commence donc un cinquième mandat après vingt-deux ans de pouvoir sans partage, finisse par croire à ces mots totalement vides de sens dans son propre pays. Mais les capitales européennes, elles, ne peuvent pas être dupes. Elles savent bien que l’espace des libertés ne grandit pas en Tunisie, contrairement à ce qu’affirmait M. Sarkozy lors de sa visite officielle à Tunis, en avril 2008.

Las, les « fantasmes apocalyptiques » de Florence Beaugé (Le Temps) se heurtent à la riante réalité tunisienne, qui, sans atteindre les rives rêveuses de la béatitude scandinave, parvient néanmoins à faire taire tous les esprits chagrins:

La vérité pourtant c’est ce nombre impressionnant de Tunisiens et Tunisiennes, jeunes et vieux, de tout âge qui l’entourent par milliers, parfois par dizaines de milliers, qui l’accueillent à chacun de ses déplacements, qui emplissent les espaces où se tiennent les meetings, du nord au sud, d’est ou ouest du pays.

A part quelques pays de Scandinavie, où voit-on de nos jours (après le 11 septembre) un Président en exercice qui se déplace au volant de sa voiture ? Qui fréquente en famille les restaurants en ville et qui dîne au milieu des clients en toute quiétude et simplicité ?

Il se rend dans les coins et recoins du pays parmi les gens de toute condition qui l’entourent chaleureusement qui l’embrassent et l’applaudissent. Un stade de football de près de 60.000 spectateurs qui l’ovationne debout pendant de longues minutes.

Toutes ces scènes, toutes ces images sont transmises par les télévisions tunisiennes et étrangères dont certaines filmées au cours de visites à l’étranger. Cela Florence n’a pas dû le voir.

La centrale syndicale, toutes les organisations professionnelles, les milliers d’associations et d’organismes de tous bords de toutes tendances, les partis politiques, les représentant de catégories socio-professionnelles, les associations sportives, tous appellent à voter pour le Président Ben Ali. Tous apprécient ce qu’il a réalisé pour son pays, tous sont reconnaissants et impressionnés par les succès dans tous les domaines. (La Presse)

Et puis la majorité a toujours raison, fût-elle composée de touristes étrangers:

A l’évidence, les 7 millions de touristes qui visitent la Tunisie chaque année ne seront pas d’accord avec B.B., puisque ces mêmes touristes reviennent les années suivantes. (La Presse)

Mais paraît-il qu’il y aurait des néocolonialistes opportunistes et haineux infiltrés parmi ces sept millions:

Ma curiosité interpelle mes interlocuteurs, qui craignent d’être écoutés, épiés par un indic’ et se méfient de moi : « vous êtes journaliste ? ». Un touriste ordinaire ne pourrait donc pas s’intéresser à la politique du pays qu’il visite ? Il y a des airs de monarchie chérifienne dans cette Tunisie, où l’on peut parler de tout, sauf du roi. Pardon, du Président. (« Tu t’es vu en Tunisie, all inclusive ?« , Bakchich Info, 7 novembre 2009)

Encore une néo-colonialiste à traîner devant la Cour pénale internationale…

Lecture complémentaire sur Le Monde au Maroc: « Le Monde traqué« , Le Journal (31 octobre 2009).

A lire, sur la Tunisie:
– « Tunisia: Military Courts that Sentenced Islamist Leaders Violated Basic Fair-Trial Norms« , Human Rights Watch (1992);
– « Tunisie: Le cercle de la repression s’élargit« , rapport d’Amnesty International (1997);
– « Tunisie : “des violations caractérisées, graves et systématiques”« , rapport de la FIDH (1998);
– « Tunisie: Les défenseurs des droits humains pris pour cible« , rapport d’Amnesty International (1998);
– « Silence, on réprime« , rapport de Reporters sans Frontières (RSF) (1999);
– « Tunisia: Attacks of the Press 1992-1999« , rapport du Committee to Protect Journalists (1999);
– « The Administration of Justice in Tunisia: Torture, Trumped-up Charges and a Tainted Trial« , HRW (2000);
– « Tunisia: a Lawsuit Against the Human Rights League, an Assault on All Rights Activists« , HRW (2001);
– « Joint report on the continuing deterioration of the human rights situation in Tunisia« , Amnesty International et al. (2001);
– « Violence against women in Tunisia 2002« , rapport de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) (2002);
– « Childrens’ rights in Tunisia 2002« , rapport de l’OMCT (2002);
– « Tunisie : Procès contre l’ordre des avocats« , rapport de la FIDH (2003);
– « TUNISIE. Le cycle de l’injustice« , rapport d’Amnesty International (2003);
– « Tunisie : La situation des droits de l’Homme en Tunisie – Note 2003« , rapport de la FIDH (2003);
– « Human Rights Watch Alert: Human Rights Lawyers and Associations under Siege in Tunisia« , HRW (2003);
– « Tunisie : Procès de MM. JALEL et Néjib ZOGHLAMI / BEN BRIK« , rapport de la FIDH (2004);
– « Tunisia: Repression and Harassment of Human Rights Defenders and Organizations« , HRW (2004);
– « Long-Term Solitary Confinement of Political Prisoners« , HRW (2004);
– « Tunisia: Freedom of Expression under Siege« , International Freedom of Expression Exchange (IFEX) (2005);
– « Tunisia: Crushing the Person, Crushing a Movement« , HRW (2005);
– « « Vous n’avez aucun droit ici, mais vous êtes les bienvenus en Tunisie »« , rapport de RSF (2005);
– « Libraries and Censorship in Tunisia« , rapport sur la censure dans les bibliothèques tunisiennes de l’International Federation of Library Associations and Institutions (2005);
– « Freedom of Expression in Tunisia: The Siege Intensifies« , rapport d’IFEX (2005);
– « False Freedom: Online Censorship in Tunisia« , rapport de HRW (2005);
– « Tunisia: Human rights abuses in the run up to the World Summit on Information Society« , Amnesty International (2005);
– « Tunisie : La Tunisie et le Sommet mondial de la société d’information – Chronologie d’événements : avril – novembre 2005« , rapport de la FIDH (2005);
– « TUNISIE. Atteintes aux droits humains à la veille du Sommet mondial sur la société de l’information« , rapport d’Amnesty International (2005);
– « Night in Tunisia« , rapport du Committee to Protect Journalists (CPJ) (2005);
– « La Tunisie et le sommet mondial de la société de l’information« , rapport de l’OMCT et de la FIDH (2005);
– « Deception and Lies: Freedom of Expression Still Under Siege 6 Months After WSIS« , rapport d’IFEX (2006);
– « Freedom of Expression in Tunisia: The Siege Holds« , rapport d’IFEX (2007);
– « Note sur l’état des libertés en Tunisie 2007« , rapport de la FIDH (2007);
– « Ill-Fated Homecomings: A Tunisian Case Study of Guantanamo Repatriations« , HRW (2007)
– « Le CPJ conclut une mission d’enquête en Tunisie en appellant à la libération du journaliste Slim Boukhdhir« , rapport du CPJ (2008);
– « Mise en œuvre du Pacte relatif aux droits civils et politiques – mars 2008 – LA SITUATION DES DROITS DE L’HOMME EN TUNISIE« , rapport de l’OMCT (2008);
– « La Tunisie: l’oppresseur souriant« , rapport du CPJ (2008);
– « Tunisie. Au nom de la sécurité. Atteintes aux droits humains en Tunisie« , rapport d’Amnesty International (2008);
– « Tunisie : Rapport du CRLDHT et de l’ALTT: La torture en Tunisie et la loi anti-terroriste du 10 décembre 2003. Faits et témoignages pour que cesse l’impunité« , rapport de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie (ALTT) et du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) (2008);
– « « Tunisie, le courage d’informer »: Reporters sans frontières à la rencontre de journalistes sous haute surveillance« , rapport de RSF (2009);
– « Tunisie. Les violations des droits humains se poursuivent au nom de la sécurité« , rapport d’Amnesty International (2009);
– « Tunisie. Derrière le « miracle économique » tunisien : les inégalités et la criminalisation de l’opposition. Le droit de ne pas subir de discrimination est un droit fondamental« , rapport d’Amnesty International (2009);
– « Une campagne impossible pour les médias d’opposition« , rapport de RSF (2009);
– « Tunisie : Les élections présidentielles et législatives, l’environnement de la campagne électorale« , rapport de la FIDH (2009)

(1) Note d’Ibn Kafka: je n’en ai retrouvé aucune trace sur Internet, mais simplement d’un compte-rendu par Reuters du communiqué de presse de SIGER.

Le mirage libyen

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, comme en est convaincu tout lecteur attentif de la MAP. On avait déjà eu droit à un démenti libyen (rapporté par la MAP) des propos prêtés à Kadhafi, selon lequel ce dernier soutenait le droit à l’autodétermination du « peuple » sahraoui et la tenue d’un réferendum. Maintenant on a droit à un courrier adressé à l’ambassade du Maroc en Libye du Comité populaire général des relations extérieures et de la coopération internationale de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, qui dément toute invitation officielle de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi, président (à vie) du Polisario, aux festivités du 1er septembre à Tripoli:

La Libye confirme officiellement que la soi-disant « RASD » n’a pas été invitée aux festivités du 1er septembre
MAP Dernière modification 06/09/2009 08:05.

Rabat – L’Ambassade du Royaume du Maroc à Tripoli a reçu, le samedi 5 septembre, une note du Comité populaire général des relations extérieures et de la coopération internationale de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, en réponse aux démarches et demande d’explication faites par le Royaume, concernant l’incident qui s’est produit lors des festivités du 1er septembre, indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération.

Dans ce document, les autorités libyennes précisent ce qui suit :.

« La présence de Mohamed Abdelaziz dans la Grande Jamahiriya était liée à sa participation au sommet de l’Union Africaine, dont la « RASD » est membre, tenu à Tripoli le 31 août 2009 et consacré au règlement des conflits en Afrique. Il n’était pas invité aux festivités du 1er septembre, malgré qu’il ait exprimé son souhait d’y participer si une invitation lui avait été adressée.

Au demeurant, les Etats qui ont été invités à participer à ces festivités ont été conviés à y prendre part par des délégations officielles au niveau des chefs d’Etat ou leurs hauts représentants, par des unités militaires et des troupes artistiques, ce qui n’a pas été le cas de la « RASD », conformément à notre engagement de respecter les garanties données à nos frères du Royaume du Maroc.

Ce qui est arrivé ne sort aucunement de cette clarification. Toute contrariété qui aurait été occasionnée à nos frères du gouvernement marocain n’était peut être due qu’à des aspects protocolaires involontaires, liés à la dimension de l’évènement et au nombre élevé des invités, ce qui a causé des perturbations, choses qui se produisent dans de tels évènements.

Le Comité populaire général libyen des relations extérieures et de la coopération internationale réitère et de manière catégorique que dans le cas d’espèce cet acte n’a aucune portée politique, tout en exprimant son ferme attachement à la poursuite, au renforcement et à la consolidation des relations fraternelles et stratégiques entre les deux pays frères dans tous les domaines.

Le Comité populaire général des relations extérieures et de la coopération internationale saisit cette occasion pour renouveler à l’ambassade du Maroc à Tripoli l’expression de son respect et de sa sincère considération ».

De manière assez surprenante, le communiqué libyen tel que diffusé par la MAP fait état « des aspects protocolaires involontaires, liés à la dimension de l’évènement et au nombre élevé des invités, ce qui a causé des perturbations« . Ce serait donc par leur propre incompétence que Mohamed Abdelaziz el Marrakchi aurait tout de même pu assister aux festivités à partir de la tribune officielle, entre le Guide suprême et le président algérien Bouteflika.

Les photos présentées comme émanant des festivités sont parlantes – on y voit notamment Mohamed Abdelaziz el Marrakchi se faire décorer du Wissam al Fatih par le Guide suprême:

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Pour résumer, on a donc assisté au scénario suivant: le Maroc envoie une délégation ministérielle en Libye, avec un détachement militaire devant défiler, après avoir obtenu des garanties pour que le président du Polisario – présent la veille pour le sommet extraordinaire de l’Union africaine – ne soit pas officiellement présent aux festivités du 1er septembre. Mohamed Abdelaziz el Marrakchi assiste néanmoins aux festivités officielles à la tribune d’honneur, entre Muammar Kadhafi et Abdelaziz Bouteflika. Le Maroc réagit avec grande fermeté et exige publiquement des explications du gouvernement libyen. La Libye semble procéder à un mea culpa et regrette l’incident tout en assurant les « frères » marocains de ses meilleurs sentiments.

Comment expliquer ce cafouillage? Il y a bien évidemment le caractère irrationnel du Guide suprême, qui ne nécessite pas de longs développements surtout de la part de quelqu’un qui comme moi n’est pas médecin toxicologue. Il y en a peut-être une autre: de tous les chefs d’Etat maghrébins, seul le Marocain était absent – Bouteflika, Benali et Mohamed Ould Abdelaziz avaient tous fait le déplacement. Contrairement à ce qui se fait lorsque le protocole royal est invoqué pour justifier l’absence royale lors de cérémonies ou festivités à l’étranger, aucun membre de la famille royale n’a été dépêché afin de présider la délégation marocaine, qui fût de fait menée par Abbas el Fassi, dont le pouvoir est probablement tout aussi fantomatique que celui de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi. Le Guide suprême aurait-il voulu manifester son mécontentement en déroulant le tapis rouge au leader du Polisario? C’est possible – mais il serait alors peu probable que la Libye émette un communiqué aussi humiliant pour elle que celui rendu public par le Maroc. La thèse de la gaffe protocolaire semble donc, jusqu’à plus ample informé, la plus probable.

De toutes façons, les accolades de Kadhafi au leader du Polisario sont ce qu’on appelle un baiser de la mort: outre que le presse du Guide suprême est assez universellement défavorable, la liste des autres invités de marque à Tripoli n’a pas de quoi faire transpirer notre dream team du Ministère des affaires étrangères: Omar Bachir, le président soudanais objet d’un mandat d’arrêt international émis par la Cour pénale internationale, le pestiféré Robert Mugabe, Ali Bongo (allié marocain de marque), Benali, Ould Abdelaziz et Bouteflika, on a connu des plateaux d’invités plus relevés. Certes, si la Libye revient à un soutien franc et massif au Polisario – qui serait par ailleurs contradictoire avec l’idéologie panarabe et panafricaine du Guide suprême – ce serait sans doute une mauvaise nouvelle pour le Maroc. Mais outre qu’un soutien de Kadhafi n’est pas vraiment une victoire de relations publiques là où la question du Sahara se décide (outre Alger et Rabat, les Nations-Unies, les Etats-Unis, l’Espagne et la France), un tel soutien n’aurait guère d’influence sur la situation sur le terrain su Sahara: on imagine mal l’Algériee perdre la haute main sur le Polisario en autorisant un afflux d’armes et d’argent vers le Polisario en, provenance de Libye. Militairement, à supposer que l’Algérie renonce à son contrôle du Polisario, toute livraison d’armes au Polisario se heurterait à la realpolitik: on voit très mal l’Algérie relancer les combats militaires et donc violer le cessez-le-feu en vigueur depuis 1991 – et on voit mal comment un déferlement d’armes à Tindouf pourrait rassurer les Etats occidentaux inquiets de la prolifération d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQIM).

Voir aussi le post comme toujours très documenté d’alle sur le blog collectif Maghreb Politics Review, « Tripoli Trip-Up« .

« North Africa has provided neither sufficient threat nor reward to draw sustained attention »

Lu sous la plume de Jon Alterman dans World Politics Review:

The Arab-Israeli conflict seems to be settling into a standoff between a strong Israel, a weak but unbowed Palestinian community, and Arab governments who feel loyalty to the Palestinian cause but only hostility toward Hamas. The bilateral relationship with Egypt is important but not central, Lebanon no longer fires the imagination of avid democratizers, and North Africa has provided neither sufficient threat nor reward to draw sustained attention. The problems are known, and yet they seem unlikely to go away.

C’est vrai depuis la double présidence de Reagan, ou peut-être celle de Bush 41, lors desquelles la Libye était à l’ordre du jour. Depuis, l’importance du Maghreb est marginale. Bien évidemment, le zèle du vassal marocain fait plaisir à voir vu de Foggy Bottom ou d’AIPAC, et permet de rajouter un pays arabo-musulman à la liste des supplétifs indigènes de Washington, mais cette liste est désormais longue, et la valeur de l’abnégation zélée quoique maladroite du Maroc n’est sans doute plus ce qu’elle était en 1979 par exemple.

L’Algérie? Il y a belle lurette (1997? 1998?) que la guerre civile, désormais de basse intensité, n’intéresse plus personne, et de toute façon les Etatsuniens n’ont jamais été inquiétés. Le gaz? Certes, mais la Norvège et les Pays-Bas en ont aussi, et les Etats-Unis n’en importent pas.

La Tunisie ne compte guère, la Mauritanie guère plus en attendant la confirmation des découvertes pétrolières, et la Libye est un sketch des Monty Python qui n’en finit plus.

Bien évidemment, les Etats-Unis ont des intérêts commerciaux dans tous ces pays, et un accord de libre-échange avec le Maroc. Ce n’est pas ça qui réveillera Barack Obama au milieu de la nuit.

Il est improbable que le conflit du Sahara bouge de manière déterminante: le statu quo n’est pas vraiment en défaveur du Maroc, et le coût diplomatique d’une reprise des combats serait sans aucun doute disproportionnée pour l’Algérie, qui devrait connaître le contrecoup – momentané sans doute – de la chute du prix des hydrocarbures. Le plan d’autonomie devrait continuer à ronronner gentiment, et un référendum marocain sera probablement organisé lors du premier mandat d’Obama afin d’avaliser l’autonomie régionale sahraouie.

Sur le plan sécuritaire, pas de bouleversement, alors que je m’attendais à un embarras marocain: en effet, on aurait pu croire que l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche impliquerait la fin des restitutions illégales, notamment au Maroc, qui s’est ainsi rendu utile en torturant ceux que les Etats-Unis lui remettaient à cette fin (voir les rapports du Parlement européen et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe – le fameux rapport du parlementaire suisse Dick Marty). J’ai été trop optimiste: si Guantanamo sera fermé et ses prisonniers transférés – pas forcément libérés – ailleurs, et les « military commissions » suspendues, les restitutions illégales continueront, et l’administration Obama adopte la même politique que l’administration Bush en matière de secret de ces restitutions illégales. J’en connais à Rabat qui doivent en roter d’aise.

Toutes choses étant égales par ailleurs: chacun des régimes maghrébins étant autocratique, tout changement de personnel à la tête de l’Etat implique plus d’instabilité que dans un régime démocratique. Les forces de la nature pourraient agir les années à venir: Ben Ali est né en 1936, Bouteflika en 1937 et Kadhafi en 1942, et les deux premiers sont entourés de rumeurs de maladies graves – le roi Mohammed VI est par contre né en 1963. Si bouleversement il y aura au Maghreb dans les années à venir, ce ne sera pas dû à Obama.

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