L’autre affaire Mohamed Dahmane

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Mohamed Dahmane, joueur franco-algérien, a plus défrayé la chronique judiciaire que footballistique. Ayant rompu unilatéralement son contrat avec le club belge de KRC Genk en 2008, soit deux ans et demi avant terme, ce dernier lui avait réclamé le paiement des années de contrat qu’il lui restait, soit 880.000 euros, pour rupture abusive de contrat.  Le tribunal du travail de Tongres avait donné raison au club, mais en appel la Cour du travail d’Anvers a réduit cette somme à 220.000 euros, en l’alignant sur le régime de droit commun des travailleurs salariés. Cet arrêt a eu un très grand retentissement, les clubs, et pas qu’en Belgique, craignant que cela rende encore plus facile pour les joueurs de football professionnel de rompre unilatéralement leurs contrats.

L’hebdomadaire belge Sport Magazine l’a interviewé dans son numéro du 11 juin 2014, et revient sur cette rupture de contrat et les difficultés éprouvées par le joueur par la suite (il a pris de petits boulots au noir en 2008/2009 pour compenser la saisie sur salaire opérée par Genk), sa carrière n’étant pas vraiment brillante du point de vue sportif.

Comme souvent, ses problèmes à Genk ont commencé avec une mésentente avec l’entraîneur, l’ancien international belge Hugo Broos, qui souhaitait le faire jouer ailier droit plutôt que dans l’axe. Mais très vite le conflit a pris un tour ethnico-religieux – ce dont les médias relatant l’affaire Dahmane n’ont pas parlé:

Puis, Broos est venu me voir avant le début du ramadan pour me dire que j’allais rester un moment sans jouer si je le faisais. J’étais prêt à ne pas suivre le ramadan le week-end, mais en semaine, je me sentais capable de le combiner avec les entraînements. Il n’était pas d’accord avec ça et ça s’est vraiment gâté à ce moment-là.

Le conflit n’était pas que religieux, puisque le conflit linguistique belge a fait surface (Broos est néerlandophone):

A la même période, il a voulu virer tous les joueurs francophones, il nous soupçonnait de le boycotter.

Dans un autre club belge, le RAEC Mons, il s’est attiré une réputation de forte tête:

On a voulu me faire passer pour l’agitateur du vestiaire de Mons. Mais ce n’était jamais moi qui puais l’alcool à neuf heures du matin là-bas!

Quand le journaliste lui rappelle que son nom est cité pour revenir jouer à Mons, il rétorque:

Tout le monde sait ce que j’ai fait pour ce club. J’y suis passé il y a un an, je devais parler à Leone. En me voyant, Alain Lommers a dit: – Plus d’Arabes à Mons. Mais il n’est plus là. Donc, qui sait?

Dahmane revient sur ses origines sociales:

Je ne veux pas tout casser. Je sors de la cité, je viens d’une famille ouvrière mais je ne suis pas une racaille, je ne suis pas un animal, je n’ai pas de casier judiciaire, je ne suis jamais allé en prison, j’ai fait des études! On m’a collé une étiquette simplement parce que j’ai toujours dit les choses.

Le franc-parler de dahmane n’est pas nouveau – ainsi, sur le fait de percer dans le foot français en tant que maghrébin:

Voilà un aspect de l’affaire Dahmane qu’on a pas trop évoqué dans les médias, à tort. Je vous rappelle que Hugo Broos a entraîné l’équipe algérienne de la Jeunesse sportive de Kabylie

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