Et là le bouquiniste déchira le livre en deux

J’étais chez un de mes bouquinistes favoris, bien que je n’aie jamais fait de grandes découvertes chez lui. Ce que j’apprécie chez lui, c’est une boutique grande, spacieuse et avec des livres bien rangés, ce qui est excessivement rare. Une rotation fréquente des titres et un mélange de titres récents et anciens – pas mal d’ouvrages des éditions Jean-Jacques Pauvert notamment – a plus que compensé que je n’y aie jamais trouvé d’objets rares, du genre de ce livre de propagande nazie en allemand destiné au Moyen-Orient et datant de 1943, tel ou tel livre rare sur le Maroc, ou déniché chez un bouquiniste cairote, ou une première édition de « De la démocratie en Amérique » de Tocqueville en suédois acheté pour 5€ chez le célèbre bouquiniste stockholmois Rönnells

Après y avoir passé plus d’une heure j’avais trouvé une demie-douzaine de titres. Déjà, dans le rayon histoire, j’avais découvert des titres en anglais sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, aux titres intéressants, mais qui en les feuillettant s’étaient avérés êtres des ouvrages révisionnistes, dont certains édités par la célèbre maison d’édition révisionniste étatsunienne Institute for Historical Review. Je les avais reposés sur l’étagère. Arrivant au comptoir, je demandais au propriétaire de me donner un titre sur la Kristallnacht aperçu en vitrine. A peine l’avais-je ouvert que je voyais que le livre était également publié par l’Institute for Historical review.

Le bouquiniste étant occupé à recopier le titre des livres que j’avais pris, je lui remis le livre en disant que je n’étais pas intéressé et qu’il s’agissait d’un livre révisionniste. Il ne réagit que quelques secondes plus tard. « Hein, qu’avez-vous dit?« . « Ce livre est révisionniste, il est publié par une maison d’édition révisionniste« . Ni une, ni deux, le bouquiniste prend le livre, enlève le marque-page où était indiqué le prix et déchire le livre en deux avant de le jeter à la poubelle. Assez surpris, je lui dis qu’il n’était pas comptable de l’orientation politique des titres qu’il vendait. « Oui, ça ne me dérange pas qu’ils publient, mais je n’aime pas trop ça, je suis plutôt de l’autre côté de la barricade« , me répondit-il, en rajoutant: « J’ai eu des Degrelle [ancien leader rexiste belge, fasciste et collaborateur qui se battit sur le front de l’Est sous l’uniforme allemand avant d’échapper malheureusement à la justice belge à la Libération, continuant à vomir sa haine antisémite jusqu’à sa mort dans un exil en Espagne] mais c’étaient des ouvrages d’avant 1945, pas ceux d’après » – il est vrai qu’après 1945, la haine antisémite de Degrelle s’exprima plus violemment, au regard notamment de la réalité du génocide. Et la série des Céline qu’il avait ne contenait il est vrai aucun de ses répugnants pamphlets antisémites – et le mot n’est pas assez fort – crasseux de haine et de bêtise.

« Je suis plutôt de gauche, et j’ai même eu des clients se plaignant de trop voir Bakounine en vitrine« . « Oui, je comprends, et de toute façon qui sait aujourd’hui qui est Bakounine?« . « Mais aujourd’hui les lignes sont floues, et on ne distingue plus la droite de la gauche dans nos pays« . je fus un peu surpris – voire choqué par le principe même de déchirer un livre, quel qu’il fût – le bouquiniste, toujours assisté de sa femme, tous deux âgés de la cinquantaine, me semblant former un couple particulièrement bourgeois, par leur habillement, leur accent et leur conversation, et je ne m’attendais pas à une réaction aussi radicale de sa part. Mais je dois dire que je la trouvais sympathique et vivifiante. Je payais et m’en alla.

J’ai eu d’autres rencontres moins heureuses avec des bouquinistes. Celui – âgé – de Casablanca qui, m’ayant pris pour un Français, me dit, sans doute dans un zèle commercial (ce qui est pire encore qu’une opinion honnêtement exprimée), que « c’était mieux quand vous étiez là« . Nous fûmes tous deux embarassés quand je lui dis mon nom…

J’ai sinon eu une autre réncontre assez troublante avec un bouquiniste remarquablement bien pourvu en titres récents sur la Seconde Guerre mondiale. J’avais demandé s’il avait « Triumph des Willens » de Leni Riefenstahl, ainsi que, ayant aperçu des ouvrages d’Emmanuel Ratier, héritier d’extrême-droite de la tradition conspirationniste de Henry Coston, de son ouvrage sur le Betar, « Les guerriers d’Israël : enquête sur les milices sionistes« . Discutant d’Emmanuel Ratier je me rendis rapidement compte que nos opinions ne s’accordaient pas. Je gardais un profil bas, espérant pouvoir trouver auprès de lui cet ouvrage. Blond, lunettes rondes à monture d’acier, taille moyenne et look BCBG, un vague air de ressemblance avec Himmler, je perçus cependant qu’il avait compris que ses idées n’étaient pas les miennes. Il prit mon nom pour le cas où il trouverait ces deux titres, me proposa vaguement de passer à un autre local qu’il possédait dans le haut de la ville, et j’étais instinctivement persuadé qu’il n’en serait rien, bien que mon nom de famille puisse passer pour non-arabe. Et bien m’en prit puisque je découvris peu après qu’il s’agissait d’Alain Escada, leader de Belgique Chrétienté puis de Civitas, et ancien militant du Front National Belgique – rétrospectivement, il aurait fort bien campé un commerçant paisible en surface et organisateur clandestin de la « Rat Line » pro-nazie dans un film sur le réseau Odessa

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Pour en revenir à notre bouquiniste initial, je me suis demandé s’il aurait réagi de la même façon face à un des trois pamphlets antisémites de Céline. Sans doute pas, ne serait-ce qu’en raison de la valeur marchande de ces pamphlets, qu’on ne trouve guère à moins de 150€ sur le marché de l’occasion. Et pourtant, difficile de faire pire dans la haine et la folie racistes que ces ouvrages. Ayant acheté l’un d’entre eux sur eBay, par curiosité malsaine, j’ai été abasourdi par le concentré de haine raciste et antisémite (on ne dira pas assez que le racisme de Céline ne se cantonnait pas à l’antisémitisme, et que le mélange des genres raciste était fréquent – métèques nègres, orientaux, lévantins et juifs se mélangent allégrément en tant qu’objets de sa haine pathologique, et en contrepoint les « Blancs », la « race européenne » sont posés en victimes). Ce n’est pourtant pas faute d’y avoir été exposé, ayant beaucoup lu sur l’extrême-droite (française ou suédoise), sur la pensée coloniale (ah, les ouvrages ignobles des frères Jean & Jérôme Tharaud!), et ayant fréquenté les forums d’Internet où ce genre de prose se vomit à jets réguliers – mais la force monomaniaque et pathologique de ce qui tient lieu de prose à cette bonne vieille raclure de Céline est proprement insoutenable.

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Le pire, pour un écrivain de son talent et de son envergure, toujours invoqués pour excuser ses idées (le terme est malpropre – parlons plutôt d’opinions ou de haines), c’est que ses pamphlets sont proprement illisibles, même pas sauvés par le style ( les écrivains d’extrême-droite français, qu’il s’agisse de Marcel Aymé, Jacques Chardonne ou « les hussards« , sont souvent appréciés en dépit de leurs idées et en raison de leur style). De tels déchets littéraires peuvent-ils vraiment laisser intacte la réputation célinienne d’un auteur aux idées maudites mais au style salvateur? Pour ma part, c’est l’extraordinaire Victor Serge (ancien de la bande à Bonnot, de la Révolution russe, du Komintern, de la guerre civile espagnole – voir également ici) – ses « Mémoires d’un révolutionnaire » devraient être une lecture obligatoire – qui a le mieux résumé la question:

« Bagatelles pour un massacre reprend les mêmes motifs en près de quatre cents pages insurmontables, où les verbes et les substantifs dérivés du mot cul tiennent une place accablante de monotonie, en y ajoutant une obsession nouvelle, taraudante, hallucinante, abrutissante et par-dessus tout écoeurante: la haine du juif. Au fond l’antienne est vieille, tous ces bobards sont éculés, ces citations outrageusement fausses ont traîné dans des tas d’officines louches et pis que cela, ces renseignements sur la puissance de la juiverie et de la maçonnerie mondiale, sur les milliards versés à Lénine-Trotski en 1917, par la finance juive, pour faire la révolution russe, sur les origines juives de Lénine – etc, etc, toutes ces mornes sornettes, Céline les a ramassées dans les antiques poubelles de l’antisémitisme…

Rien de neuf ni d’original là-dedans, sinon la gageure d’en faire tant et tant de pages décousues, toutes les mêmes, par un procédé si monocorde que le plus sec des gens de plume pourrait fabriquer du Céline, à tant la page, après une heure d’apprentissage. Je mets le lecteur au défi de lire trente pages de ça, ligne à ligne, comme lire se doit un livre digne de ce nom. Et d’arriver jusqu’au bout de cette nuit-là, il ne saurait être question. »

(Victor Serge, tiré de l’article « Pogrome en 400 pages » publié dans « La Wallonie, n° 8-9, 8-9/1/1938, p. 10, reproduit dans « L’extermination des Juifs de Varsovie et autres textes sur l’antisémitisme« , Editions Joseph K, Paris, 2011, pp. 22-23).

Rien à rajouter!

« One change we can begin to observe, though, is in the role of Jewish donors »

Phil Weiss (he’s behind the indispensable blog MondoWeiss, very critical of the United States’ pro-Israel policies) has repeated this often enough: the key factor behind the Jewish community’s influence in US politics is not so much electoral (although Jewish voters still play an important role in some swing states such as Florida) as financial – Jews figure prominently among the main donors of US politics. Since the US Supreme Court considered independent electoral expenditure from companies to be covered by the free speech rules of the US Constitution in a very controversial 2010 judgment (Citizens United v. Federal Election Commission), the role of money donations in US politics, already huge, is set to expand further.

Witness then the following consideration on the role of Jewish donors post-Citizens United, from The Jewish Daily Forward:

This remaking of the campaign finance system will reshuffle our politics in ways that no one can yet predict. One change we can begin to observe, though, is in the role of Jewish donors. They’ve long been a mainstay of Democratic politics. Their footprint on the GOP side is traditionally smaller. The super PAC phenomenon is already boosting Jewish donors’ importance in the Republican Party by several orders of magnitude.

The Forward’s Josh Nathan-Kazis reported in March on Jewish giving to the biggest super PAC, the pro-Romney Restore Our Future, which had raised a total of $36 million at the time (as of April 23 it’s reached $52 million). At the time, he reported, Jews had provided about 10% of the PAC’s total revenues.

Moreover, he noted, several of the pro-Romney PAC’s Jewish donors were former Democratic donors who switched sides this year, presumably because of disenchantment with the president. If that continues and becomes a trend, it will have serious implications for the future.

Scanning the broader super PAC field, the impact is even more striking. Of 25 Republican super PAC donors who have given $1 million or more, four or five are Jewish (depending on whether you count Sheldon and Miriam Adelson separately, as the FEC and IRS do). The Adelsons, in fact, are the largest single donors in American politics, accounting for a total of $26.5 million in gifts in this campaign between the two of them and their three daughters. Most of their gifts, $21.5 million, went to the pro-Gingrich Winning Our Future PAC. The other $5 million went to the pro-GOP Congressional Leadership Fund.

Three other Jewish GOP donors gave $1 million each: hedge fund operators Paul Singer and John Paulson to the pro-Romney PAC and bingo king Irving Moskowitz to Karl Rove’s American Crossroads. Another three Jewish donors gave between $1 million and $2 million each to Democratic super PACs: movie mogul Jeffrey Katzenberg, real estate investor Amy Goldman and hedge fund operator James Simons.

This makes for a double-blow to the Democrats. On one hand, the super PACs’ potential benefit to Republicans seems incalculable. Only 10% of Forbes magazine’s 400 wealthiest American billionaires had given by late March. Another 360 wait to be tapped.

No less alarming, Republicans are faring better than Democrats among wealthy Jews (including those giving less than $1 million). That’s unprecedented.

And if Obama manages to make up the shortfall through small online donations, a feat he mastered in 2008, what are the implications for Jewish influence in the Democratic Party?

On the other hand, what if these new Jewish mega-donors become a force within the GOP? Most of them appear to be entrepreneurs and investors alienated by Obama’s fiscal policies. Many are outspokenly progressive on issues like abortion, gay rights and the environment. If they end up gaining the clout their donations suggest, then liberals might have to rethink their fear and loathing of the other party. Watch the money. (Forward.com)

What this portends for US politics in the Middle East, and on Palestine, is another matter – there are other constituencies to accommodate, such as the evangelical voters (pro-Israeli for religious reasons) and the oil lobby – not to mention the slump in US influence in the region evident during the 2011 Arab spring. More importantly, the cracks within the Jewish community are getting wider: apart from J-Street, seen as a liberal (in the US sense) competitor to AIPAC, the internal criticism of the blindly pro-Israel slant of US diplomacy in the Middle East has seldom been stronger, with even mainstream media talking heads – Thomas Friedman and Peter Beinart are the latest ones – stepping out of line. And many of the most vocal critics of Israel and supporters of the BDS movement are from within the Jewish community – Phil WeissGlenn GreenwaldMax BlumenthalNaomi Klein (she’s Canadian), not to mention Noam Chomsky and Norman Finkelstein, who are not in favour of BDS.

One last comment: one has to commend a Jewish community paper like Forward for writing such a candid article. You will not be reading anything resembling that in the NYT or the WaPo anytime soon – not to mention the European press, where the understandable reluctance to use themes  – such as that of « Jewish money » – regrettably reminescent of the 30’s has stifled even  descriptive, balanced and nuanced media work on the political role of some Jewish operators – in France for instance, more space is devoted to Muslim umbrella groups UOIF and CFCM, and less compunction is displayed when writing about them, than to their Jewish counterpart CRIF. Let’s hope an evolution is under way for casual discussion of issues related to Jews and Muslims, without falling into the twin traps of anti-semitism and islamophobia.

Deux jours avant le discours royal, Hamid Chabat parlait des révolutions arabes comme d’un complot sioniste

Hamid Chabat, maire Istiqlal de Fès (quelle déchéance pour la capitale spirituelle du Royaume!), aura été malheureux dans son timing: sur cette vidéo d’une « conférence » tenue avec ses « militants » (relativisons: c’est le type de militants que les révolutionnaires égyptiens ont vu débouler place Tahrir à cheval et à chameau le 2 février dernier), il parlait des révolutions arabes, et donc par ricochet des protestataires marocains du 20 février (même s’ils ne sont pas à proprement parler révolutionnaires), comme d’un des complots évoqués dans le célèbre faux antisémite « Protocole des sages de Sion« …

Ali Amar, ancien rédacteur en chef du Journal (il a d’ailleurs un blog tenu avec Zineb El Rhazaoui), cite ses propos:

«Auparavant, le colonialisme et le protectorat assuraient leur suprématie grâce à la force militaire et à l’invasion. Aujourd’hui, c’est avec les idées, Facebook et le progrès scientifique. Et cela est expliqué dans un livre que connaissent bien les chercheurs, je vais vous en lire quelques extraits, il s’agit des Protocoles des Sages de Sion», martèle ce polémiste professionnel.

Chabat ajoute que les «jeunes révolutionnaires arabes ont été manipulés par des éléments étrangers qui haïssent nos valeurs et notre société (…), d’ailleurs, s’il s’agissait de réelles révolutions, les jeunes se devaient de prendre leurs responsabilités. Or, ceux qui ont pris le pouvoir (en Tunisie et en Egypte) sont âgés d’au moins 70 ans et sont issus de la nomenklatura, ce qui confirme les prédictions des Protocoles des Sages de Sion: lorsque les événements arrivent à un seuil déterminé, les sionistes, sur instructions de leur organisation mondiale, désignent ceux qui doivent nous gouverner».

Cette vidéo a été postée sur youteube le 7 mars.

Le 9 mars, le Roi annoncait dans son discours une révision constitutionnelle présentée comme profonde (j’ai mes doutes), et saluait la « jeunesse ambitieuse« , pour laquelle il a exprimé de la « fierté« .

Ca va un peu trop vite des fois, de quoi vous dégoûter de faire la propagande de caniveau du makhzen…

On notera par ailleurs que Hamid Chabat n’est pas un fervent de la fraternité maghrébine: il affiche sur la page d’accueil de son site officiel la page d’un groupe Facebook (Facebook, qu’il accuse de participation au complot sioniste qu’il dénonce par ailleurs…) appelant à l’intégration au Maroc d’une partie de la Mauritanie, de l’Algérie (dont Tindouf) et du Mali. Je doute qu’il soit nommé secrétaire d’Etat aux affaires maghrébines dans le prochain gouvernement.

A la demande d’un homme d’affaires israëlien résidant à Essaouira, la justice marocaine sommée d’assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme

L’absurde a un royaume, et c’est le Maroc. Dans sa lutte acharnée contre l’AMDH – voir ici pour les chapitres précédents – le makhzen est prêt à faire feu de tout bois. Les faits exacts sont difficiles à déterminer précisément, mais voici ce que j’ai pu recueillir.

Cela étonnera peut-être le Marocain moyen, mais il y a à Essaouira un citoyen israëlien, Noam Nir Bojou, qui y a des affaires, dont un restaurant. La militante de l’AMDH, membre de son bureau central, Samira Kinani (elle a un blog), avait publié une photo reproduisant un diplôme affiché dans ce restaurant représentant un drapeau israëlien entrelacé avec un drapeau marocain.

Une manifestation de l’AMDH (section locale d’Essaouira) a apparemment eu lieu devant ce restaurant, la vingtaine de manifestants scandant des slogans en faveur de la Palestine pendant moins d’une minute (voir la vidéo filmée par Noam Nir et postée sur le site israëlien Arutz Sheva), dans une scène qui clace le sang – enfin, pas vraiment. Aucun slogan ne vise les juifs en tant que tels. Dans une manifestation précédente datant du 29 mars 2010 (journée de la terre en Palestine), qu’il relate sur son blog (en hébreu, merci Google Translation), il semble avoir été déçu que les manifestants ne demandent pas la libération de Gilad Shavit et qu’ils déclarent leur opposition au sionisme et à la normalisation entre le Maroc et Israël…

Sa déception a été si forte qu’il a adressé un courrier à l’AMDH à ce sujet:

Entre l’AMDH et Noam Nir, il n’y a pas que cette plainte pour antisémitisme, déposée contre les membres de cette association. Au lendemain de la célébration de la Journée de la terre du 29 mars dernier, Noam Nir avait adressé une lettre au bureau central de l’AMDH dénonçant les slogans scandés. L’AMDH avait jugé bon de ne pas lui répondre. (Le Soir)

Bon, maintenant, vous savez, si vous recevez un courrier de Noam Nir, mieux vaut y répondre sauf à repondre de votre antisémitisme devant les tribunaux…

Noam Nir l’a également signalé par un tweet, apparemment outré de ce que des Marocains protestent contre le sionisme:

#1 infront of one of my businesses, the local branch of the Moroccan Association of Human Rights protests against ZIONISM…4:27 AM Jul 27th via web

Photo de Noam Nir publiée sur Facebook

Noam Nir, qui se présente sur son blog également comme correspondant free-lance du quotidien israëlien Maariv (drôle d’occupation annexe pour un restaurateur et propriétaire d’une agence de voyage, soit dit en passant), a ensuite transmis une vidéo tournée lors de cette manifestation à un site d’informations israëlien, Arutz Sheva, présentant cette manifestation comme étant « anti-sémite« : « Anti-Semitic Protests in Morocco a Warning Sign« .

Noam Nir, an Israeli businessman who lives and owns a property in Morocco, was shocked when he found out that the building he owns in the city of Mogador became the focus of an anti-Semitic demonstration. Speaking to Arutz Sheva, Nir expressed a serious concern that such demonstrations, that were not commonplace in Morocco until recently and have suddenly begun to appear on its streets, would lead to imminent harm and endanger the lives of the Jewish community in Morocco.

Nir also described another demonstration which occurred around the eve of Pesach in Morocco to which he was a personal witness. During the demonstration, which was aimed specifically the Moroccan King’s Jewish advisor (who is described by the locals as Zionist despite his pro-Arab positions), the protestors yelled anti-Israel and anti-US slurs, such as calling Israeli Prime Minister Binyamin Netanyahu and US President Barack Obama murderers.

(…) He noted that so far anti-Semitism in Morocco has been well-hidden, mostly because there is a strong police presence in the country. However, he added that the recent demonstrations, both the one that was held against the King’s advisor and the one near the building which he owns, went unanswered on the part of local police. Nir expressed his belief that the lack of police intervention is evidence that there has been a deterioration in relations between the country’s Muslim and Jewish populations.

Nir explained that anti-Semitism in Morocco is deeply rooted in history and continues to the present day. He identified Islam and the process of Arabization in Morocco as two factors which contribute heavily to acts of anti-Semitism in the country.

Noam Nir a un CV intéressant. Il est né à Tel Aviv, dans les territoires occupés en 1948. Ses parents sont natifs d’Essaouira, ce qui fait donc de Noam Nir un ressortissant marocain en vertu de l’article 6 du Code de la nationalité (« Est Marocain, l’enfant né d’un père marocain ou d’une mère marocaine« ). Il ne s’est présenté qu’une seule fois comme Marocain dans les articles et sur les sites que j’ai pu consulter sur son compte, mais son identité Israëlienne est clairement prédominante, tant dans ses propos que dans ceux de ses interviewers – je le considérerai donc comme tel. Selon le Jerusalem Post, il a également une agence de voyage travaillant avec des sociétés israëliennes et serait représentant de la World Federation of Moroccan Jewry. Il serait par ailleurs, mais j’en doute fortement, membre du Conseil régional du tourisme dont dépend Essaouira (j’imagine qu’il s’agit du CRT de Marrakech, mais je n’ai pas trouvé de liste des membres de ce CRT). Il a un compte sur twitter et un blog (en hébreu), sur lequel il affiche un message en faveur d’un groupe, « Facts Answers Questions&Truth (FAQT) » qu’il a apparemment lui-même créé. Voici ce message:

Facts Answers Questions & Truth

Introduction:

Today Israel faces a new global threat, one that is fought in the media and in the court of public opinion. Addressing this threat requires well informed and articulate activists empowered to stand up for Israel.
FAQT founded in response to the public’s need and desire for mainstream information about the Arab-Israeli conflict with offices, and chapters across the globe.

FAQT is an on-line group, an apolitical, non-aligned, non-profit organization. FAQT operates on-line activists internationally. FAQT offers website resources and creates materials about Israel that will distributed globally.

Mission Statement:

The Facts Answers Questions&Truth is an independent, nonpartisan on-line group dedicated to being a resource for its members, journalists, educators and students, civic and religious leaders, and other interested citizens in order to help them better understand the world and the foreign policy choices facing Israel.

Founded on June 2010, the group takes no positions on matters of policy. The FAQT group carries out its mission by:
o Maintaining a diverse membership, including special programs to promote interest and develop expertise in the next generation of international community
o Convening on-line meetings at its website at http://www.XXX.XXX discuss and debate major issues regarding the group’s cause
o Supporting a Studies enabling FAQT group’s members to produce and re-produce articles, reports, and books and hold roundtables that analyze foreign policy issues and make concrete policy recommendations;
o Collaborating with Independent Task Forces that produce reports with both findings and policy prescriptions on the most important foreign policy topics; and
Providing up-to-date information and analysis about events and Israeli foreign policy on its website (under construction)

Leadership and Staff

The group’s staff includes the executive leadership*, FAQT fellows, and activists.

* Leadership includes various high profile experts (The group’s official roster of members listed will be publish soon)

WE NEED YOU!!!‎
Why waiting? Join today

http://www.facebook.com/topic.php?topic=14524&uid=28798913141 (Blog de Noam Nir)

La page Facebook de Noam Nir indique (mais il fait régulièrement le ménage, donc les liens ne sont peut-être plus en état de marche) que son intérêt pour la défense de l’Etat d’Israël n’est pas passager. On peut ainsi lire ceci dans la rubrique « Causes » de sa page Facebook:

Noam Nir’s Causes Profile

StevenJanice thanked Noam.
Thank you Noam for your support to Call Facebook to delete all Hate groups against Israel! We have to take our stand!
Genesis 12:1-3 says: « I Will Bless them who bless you and Curse them who curse you and all the families of the world will be blessed through you! »
Cause: Call Facebook to delete all Hate groups against Israel

Une autre de ses causes affichées sur Facebook est MEMRI, le fameux observatoire des médias arabes et iraniens fondé par un ancien du Mossad, Yigal Carmon, et une néo-conne israëlo-étatsunienne, Meyrav Wurmser (voir aussi l’article de Brian Whitaker du Guardian). Encore une autre cause concerne le duo de caricaturistes néo-cons étatsuniens Cox et Forkum, qui prônent le changement de régime en Iran et une défense résolue d’Israël.

Il laisse des messages sur d’autres pages Facebook appelant à rejoindre le groupe pour la défense d’Israël qu’il a créé:

Noam Nir vous aime et défendre les droits d’Israël? FAQT a besoin de vous tous … s’il vous plaît joindre à nous à:http://www.facebook.com/group.php?gid=127808690574159&ref=ts

7 juillet, à 21:34 · Signaler

Avatar de Noam Nir sur Facebook

On voit donc que l’activisme de cet homme d’affaires israëlien d’origine marocaine installé au Maroc n’a rien de subtil ou de flou: il souhaite défendre la cause d’Israël et lutter fermement contre les critiques tant de cet Etat que de son idéologie officielle, le sionisme – cet engagement va jusqu’à agir pour interdire la parole aux critiques d’Israël, du moins sur Facebook (et peut-être ailleurs, si Noam Nir en avait la possibilité). On pourrait donc, sans craindre une plainte en diffamation, qualifier Noam Nir de sioniste.

Plusieurs articles de médias israéliens le citent, lors d’articles sur le judaïsme marocain ou sur le passé juif d’Essaouira. Ses propos varient assez fortement, comme vous allez le constater. Voici par exemple ce qu’il a déclaré en 2009 au sujet d’un festival de musique judéo-andalouse à Essaouira:

In the audience was Noam Nir Boujo, owner of a restaurant in Essaouira. While the number of original Jews living in the city could be counted on one hand, he said, thousands of Moroccan Jews visit every year. « Culture and especially the music festivals have replaced the import-export of former times. » (AFP)

Dans un autre article (« The Last Jews of Essaouira« ), publié dans le très likudnik Jerusalem Post, il a longuement été interviewé:

THERE IS only one native Israeli living full-time in Essaouira. Noam Nir-Boujo has done well for the past nine years serving lunches and dinners at his restaurant, the Riad al Baraka, outside the casbah on the pedestrian Rue Med Al Qorry. The long, narrow, hectic commercial street leads to the most authentic luxury hotel in town, L’Heure Bleue, before ending at the Bab Marrakech gate of the original walled town. Filled with local schoolkids and shoppers, resident foreigners, tourists and all kinds of characters, the street is lined with shops and tiny leather and metal workshops. The Riad al Baraka occupies a lovely building and garden courtyard. Totally hidden from the busy street behind a large wooden door, it was a private Jewish girls’ school until the 1940s. Nir-Boujo was born in Tel Aviv. His father and grandfather were born in Essaouira. His up-front talking to people and sometimes making strong statements about tourism and coexistence in Essaouira, and simply having a big picture of the world, make him a stand-alone type of guy in this town. In fact, he is a new kind of bridge, definitely a Westerner, but a « Souiri » by origin who speaks fluent Maghrebi Arabic. « People make money here, » Nir-Boujo says, « but they remain suspicious about outsiders. Everyone here knows I’m Jewish, but only some know I’m Israeli. There is ignorance, but never trouble. » He notes that almost all women wear hijabs in public but says this is due more to conservative social codes than religious pressure. Several thousand Westerners have bought homes and businesses in Essaouira over the past two decades. Nir-Boujo says that today the expat community includes perhaps 60 to 80 Jews from France, Britain and Canada. Few foreigners live here full time. Modern Essaouira has been mostly off the map, although in the late ’60s and early ’70s, it was a stop on the international hippy circuit. Jimi Hendrix hung out here, and had a house in a nearby village. Israel has been a part of the attempt to commercialize. There is an ongoing attempt to link French-speaking Jews back to their countries of origin in North Africa. In some cases, it has been successful, as French and Canadian Sephardim, and in some cases Israelis, have bought homes there. « Remember, a Parisian or a Tel Avivian of Moroccan-born parents never loses his Moroccan nationality, » Nir-Boujo notes with a wry smile. « But think about it, where in the Arab world would Jews from any country buy a home and feel fully safe? Perhaps in Tunisia, but nowhere else. »

THE RIAD al Baraka is full of soft colors, ochre and blues and greens under soft lighting, with round corners and doorways, all surrounding a garden. Nir-Boujo’s food is a modern take on classics. The couscous, for example, is compact and orderly, and packed with fresh flavor. The chicken and lamb are soft. Jewish-Arab-Andalusian music wafts in over courtyard speakers. The restaurateur has a photo of the young Moroccan king, Mohamed VI, above the reception desk. He is proud to be an Israeli with origins in Souira, and is happy living here. He speaks Hebrew, Maghrebi-Arabic, English and French, in that order. « It is clear that Morocco is the most Jewish-friendly country in the entire Arab world, but the ignorance is still here, » he says. « Remember, the parents of young adults here lived and worked side by side with Moroccan Jews, and almost all will tell you they would love to see the Jews return. But the young people know nothing about Jews. They know only the clichés they see on Arab cable television, mostly nasty Israeli soldiers hitting Palestinians. They’ve also heard that Jews are all rich. » (…)

« Essaouira is a small town with a fabulous heritage in a developing country, » says Nir-Boujo. « There is work to be done here, and I know that certain people in Rabat and Casablanca know that. » He won’t say more. It is not his role to do that, and he knows it. His role is the Essaouira representative of the World Federation of Moroccan Jewry, and he also sits on a local tourism board. He was just back from a three-day hiloula, the annual traditional Jewish religious pilgrimages held at different times all over Morocco and Tunisia. This year there was one in Safi, an hour or so up the coast, a center of ceramic arts. He says that three Jewish families still live there, but the 300 participants were mostly elderly men from France, Canada and Israel. « It was fascinating and moving, » he says. Nir-Boujo knows little about traditional Sephardi religious practices. He noted that the ouli of Safi, the king’s official representative, has said that there is an unbreakable connection between Morocco and Jews. « His hospitality was wonderful, » he says. The hiloula was the subject of reports on Moroccan national television in both French and Arabic, presented as a piece of the country’s religious and cultural heritage. « That is a very positive statement about Jews here, » he adds. (…)

A trying moment came in December, during the incursion into Gaza. Nir-Boujo was a bit nervous, though not for any particular reason, and had gone to see local police officials. A local demonstration one day in support of Gazans had attracted about 500 people, and had remained quiet and peaceful. The police, who know exactly who Nir-Boujo is and where he comes from, and appreciate his activity with local tourism officials, told him, « Keep your eyes open, but you have nothing to fear. We’re watching out for you. » Local police officials told him that there was no radical Islamic activity in town. « If any Arab foreigners come looking for trouble, Algerians for example, we know about it, » they said. « Nobody has come. » (…)

Nir-Boujo has formed a travel company. One of his first clients is a big Israeli travel firm. « I want to mix business with social, » he says, « so 2.5 percent of profits will go to Jewish restoration projects in Morocco, and 2.5% will go to not-for-profit education projects throughout the country. « This is my personal mission here. In Israel and Western countries, this business-social mix happens regularly, but here it does not. It comes from the tzedaka tradition and the chora for Muslims, but perhaps needs some encouraging here. » He will be going to Casablanca to talk to Jewish businessmen there about doing the same mix, but would like to work with Moroccan Muslim businesspeople as well. IS IT strange that no other Israelis have followed Nir-Boujo to live in Essaouira? « No, I’m not a typical Israeli, I am Moroccan, » he says. « The mix of the heartfelt and the official identity is tough to describe. I would say I am still Israeli, but I am also a Moroccan patriot. It would take a strange person to move here full-time. »

En juin 2009, dans les colonnes du Jerusalem Post, il dépeignait donc le Maroc comme un pays exemplaire en termes de relations judéo-arabes. En juillet 2010, il se demande que fait la police marocaine à rester à regarder placidement ces odieux manifestants dont l’antisémitisme constitue principalement à traiter Obama et Netanyahu d’assassins (factuellement, c’est loin d’être faux) et à condamner le sionisme. Il déclare au site Arutz Sheva que « anti-Semitism in Morocco is deeply rooted in history and continues to the present day. He identified Islam and the process of Arabization in Morocco as two factors which contribute heavily to acts of anti-Semitism in the country« .  Si Noam Nir est en plein combat idéologique, où il n’hésite pas à recourir aux arguments essentialistes qu’il reproche à ses adversaires, je suis assez surpris par l’absence de pièce à conviction plus convaincante: aucune insulte religieuse ou raciale n’a pu être relevée lors de ces deux manifestations – on aurait pu être sûr qu’il en aurait fait état dans ce cas.

Voilà donc que ce militant sioniste, à qui on doit reconnaître le courage de s’afficher à visage découvert, porte plainte au pénal contre trois membres de l’AMDH – Samira Kinani du bureau national, Fouad Jarid de la commission administrative et du bureau de la section locale, et enfin Houssin Boubkir, membre de la section locale d’Essaouira – accusés… d’antisémitisme! Le sionisme serait donc une sacralité de plus à respecter au Maroc…

On ne dispose pas de détails sur la base légale spécifique de cette poursuite pénale, car, comme le souligne le député PJD et avocat Mustapha Ramid, «il n’y a aucun texte légal consacré à l’antisémitisme».

Si c’est vrai au sens strict, c’est tout simplement parce que le législateur ne distingue pas entre les formes de racisme. Le Code pénal et le Code de la presse et de l’édition contiennent tous deux des dispositions en matière de racisme. Commençons par le Code pénal:

Article 431 – 1 :

Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de l’origine nationale ou sociale, de la couleur, du sexe, de la situation de famille, de l’état de santé, du handicap, de l’opinion politique, de l’appartenance syndicale, de l’appartenance ou de la non appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.

Constitue également une discrimination toute distinction opérée entre les personnes morales à raison de l’origine, du sexe, de la situation de famille, de l’état de santé, du handicap, des opinions politiques, des activités syndicales, de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée des membres ou de certains membres de ces personnes morales.

Article 431 – 2 :

La discrimination définie à l’article 431-1 ci-dessus est punie de l’emprisonnement d’un mois à deux ans et d’une amende de mille deux cent à cinquante mille dirhams, lorsqu’elle consiste :
– à refuser la fourniture d’un bien ou d’un service ;
– à entraver l’exercice normal d’une activité économique quelconque ;
– à refuser d’embaucher, à sanctionner ou à licencier une personne ;
– à subordonner la fourniture d’un bien ou d’un service ou l’offre d’un emploi à une condition fondée
sur l’un des éléments visés à l’article 431-1.

Difficile de considérer que la courte manifestation de l’AMDH filmée par Nir puisse raisonnablement être considérée comme une discrimination consistant « à entraver l’exercice normal d’un activité économique quelconque« . Un restaurateur ayant pignon sur rue en plein centre-ville ne peut décemment estimer que les manifestations publiques susceptibles d’avoir lieu de manière momentanée – une minute dans ce cas-ci – entravent son commerce – cela pourrait être considéré comme les aléas normaux auquel est confronté tout opérateur économique.

On notera cependant de manière inquiétante que l’article 431-1 vise également « l’opinion politique« , ce qui, couplé à l’article 431-2, pourrait toucher les actions de boycott, y compris de celles visant Israël. Ceci se heurterait avec la liberté d’expression, lié à la liberté du commerce, deux droits qui incluent celui de ne pas acheter des biens ou services pour des raisons politiques – on se demande le sort que réserveraient les articles 431-1 et 431-2 du Codé pénal à Rosa Parks

Voyons voir du côté du Code de la presse et de l’édition. Son article 39 bis dispose ce qui suit:

ARTICLE 39 bis :
Quiconque aura , par l’un des moyens énoncés à l’article 38, incité à la discrimination raciale, à la haine ou à la violence contre une ou plusieurs personnes en raison de leur race, leur origine, leur couleur ou leur appartenance ethnique ou religieuse, ou soutenu les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité sera puni d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 3.000 à 30 000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement.

L’article 38 auquel l’article 39 bis se réfère contient ceci:

ARTICLE 38 :
Sont punis comme complices d’une action qualifiée crime ou délit ceux qui, soit par discours, cris ou menaces proférés dans les lieux ou réunions publics, soit par des écrits, des imprimés vendus, distribués, mis en vente ou exposés dans les lieux ou réunions publics, soit par des placards ou affiches exposés aux regards du public, soit par les différents moyens d’information audiovisuelle et électronique, auront directement provoqué le ou les auteurs à commettre ladite action si la provocation a été suivie d’effet.

Cette disposition sera également applicable lorsque la provocation n’aura été suivie que d’une tentative de crime.

Cette disposition, bien que figurant dans le Code de la presse et de l’édition, peut donc être invoquée à l’encontre de quiconque par discours, cris et menaces proférés dans des lieux ou réunions publics, incite à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’encontre d’une personne en raison de son origine ou de son appartenance religieuse ou ethnique. Le problème c’est qu’aucune des paroles audibles sur le film vidéo de Noam Nir ne contient de telles paroles. Au demeurant, dans l’article d’Arutz Sheva reprenant le film et ses propos, les seuls propos concrets reprochés à la section locale d’Essaouira de l’AMDH sont ceux qualifiant Obama et Netanyahu d’assassins. A la rigueur, de tels propos pourraient tomber sous le coup de l’article 52 du Code de la presse et de l’édition:

ARTICLE 52 :

L’offense commise publiquement envers la personne des chefs d’Etat et leur dignité, les chefs de gouvernement, les ministres des affaires étrangères des pays étrangers sera punie d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 10.000 à 100.000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement.

Obama étant chef d’Etat et Netanyahu chef de gouvernement, cette disposition pourrait être invocable – sauf que selon l’article 71 alinéa 6°) du Code de la presse, « dans le cas d’offense ou d’outrage prévu par les articles 52 et 53 du présent Dahir, la poursuite aura lieu soit à la requête de l’offensé ou de l’outragé, soit d’office sur sa demande adressée au Premier ministre ou au ministre des affaires étrangères« . Il faudrait donc, pour que les manifestants de l’AMDH soient poursuivis pour offense à chef d’Etat ou de gouvernement étranger, qu’Obama et Netanyahu adressent une demande en ce sens à la primature ou au MAEC. On peut présumer que cela n’a pas été le cas. ceci étant, le délai de prescription de 6 mois pour les actions publiques visant à réprimer les infractions au Code de la presse (article 78) n’est pas encore écoulé.

Mais ce n’est bien sûr pas cette disposition qui est invoquée par le militant sioniste israëlien Noam Nir. A ce stade, aucune information n’a filtré sur la base légale exacte pour l’inculpation des trois militants de l’AMDH – Samira Kinani m’a confirmé ne pas connaître la base légale exacte sur laquelle elle est poursuivie. L’objectif politique, lui est clair. Du point de vue de Noam Nir, faire ce qui a été fait à des degrés divers en Europe, à savoir criminaliser ou délégitimer l’antisionisme – on se rappelle qu’en France, un rapport commandé par Dominique de Villepin au sinistre histrion et ambassadeur Jean-Christophe Rufin avait proposé de criminaliser l’antisionisme – fort critiqué, ce rapport avait été enterré en douce, même si certains militants sionistes tentent d’oeuvrer pour la criminalisation de cette opinion politique qu’est l’antisionisme. Son raisonnement est très clair là-dessus:

Nir explained that the “common man” as he put it in Morocco does not distinguish between Judaism and Zionism, and as such equates criticism of Zionism with an attack on Judaism. This, according to Nir, « puts the Jewish community in danger. » (Arutz Sheva)

Puisque le Zakaria Boualem moyen confond judaïsme et sionisme (ce que semble également faire Noam Nir, en faisant l’équivalence parfaite entre antisémitisme et antisionisme), toute critique du sionisme revient à une critique du judaïsme, laquelle serait par essence antisémite. Raisonnement lumineux qui aboutit à taire toute critique du sionisme.

Mais il faut également se pencher sur l’objectif politique du point de vue du makhzen. En effet, voilà un ressortissant israëlien, affichant ouvertement son militantisme pro-israëlien, qui porte plainte pour antisémitisme contre une association honnie par le makhzen, l’AMDH. Il n’invoque aucune insulte antisémite mais estime que l’antisionisme équivaut à de l’antisémitisme, auquel cas 99% des Marocains seraient passibles de poursuites pénales. Et que se passe-til? En moins de dix jours, deux des trois personnes contre qui il a déposé plainte sont entendues par la police judiciaire d’Essaouira, agissant sur instruction du procureur du Roi. Chaque Marocain sait que la première question que pose la police lorsque quelqu’un a la folle idée d’aller dénoncer une infraction chez elle est « y a-t-il eu du sang coulé?« . Et là, pour un délit d’opinion ne touchant ni au Roi, ni au Sahara, on a droit à une convocation à la police judiciaire dans les dix jours…

Il faut reconnaître que Noam Nir a de bonnes fréquentations: entre le wali de la région (« He noted that the ouli (sic!) of Safi, the king’s official representative, has said that there is an unbreakable connection between Morocco and Jews. « His hospitality was wonderful, » he says. » Jerusalem Post) et les policiers de quartier (« Nir-Boujo was a bit nervous, though not for any particular reason, and had gone to see local police officials (…). The police, who know exactly who Nir-Boujo is and where he comes from, and appreciate his activity with local tourism officials, told him, « Keep your eyes open, but you have nothing to fear. We’re watching out for you. » » Jerusalem Post), il est bien reçu, ce qui n’est pas donné au premier restaurateur venu, même étranger.

Ces deux personnes sont interrogées sur leur vision du conflit israëlo-palestinien, ce qui dépasse le cadre des poursuites: qu’ils aient fait des déclarations antisémites, et ils devraient alors être interrogés sur celles-ci – mais en tout état de cause, sauf si le délit d’opinion existe en droit marocain, leur vision du conflit israëlo-palestinien n’est pas réellement pertinente, surtout en l’absence de déclarations antisémites.

L’AMDH est à la une de l’actualité. L’association de défense des droits de l’Homme est accusée, par un certain Noam Nir, d’antisémitisme. Propriétaire d’un restaurant à Essaouira, l’homme a déposé le 27 juillet une plainte contre trois membres de l’AMDH : Houcine Boukbir, Fouad Jarid et Samira Kinani. Le 5 août, la police a interrogé Boukbir pour des écrits sur Facebook. Le lendemain, c’est au tour de Jarid de subir pendant 45 minutes les questions de la police. «Des questions qui ont porté notamment sur ma position concernant le conflit au Moyen-Orient. J’ai répondu que je ne suis pas un antisémite mais plutôt anti-sioniste. Ils m’ont également présenté une vidéo à l’occasion de la Journée de la terre (29 mars en solidarité avec la Palestine) d’un meeting organisé par la section AMDH à Dessaoula, durant lequel j’ai scandé des slogans en faveur du peuple palestinien», déclare Fouad Jarid. «Les policiers m’ont également demandé si j’ai des problèmes personnels avec Noam Nir. Ma réponse a été un «niet» catégorique», a-t-il ajouté. Cette affaire connaîtra-t-elle une suite auprès des tribunaux du royaume ? «C’est fort probable», nous confie Fouad Jarid. (Le Soir)

Pour le makhzen, la tentation est effectivement irrésistible d’infliger à l’AMDH, déjà en butte aux critiques acerbes du pouvoir, la flétrissure infâmante de l’antisémitisme – car cette association est probablement la plus entendue au niveau international (avec l’OMDH). Une condamnation pour antisémitisme serait instrumentalisée de manière éhontée par le makhzen pour décrédibiliser et discréditer l’AMDH auprès des ONG et gouvernements occidentaux, seule audience dont l’avis compte réellement aux yeux des décideurs marocains. Bien évidemment, criminaliser l’antisionisme serait non seulement absurde – il ne l’est pas (encore) en Israël – mais aussi politiquement très mal perçu par l’opinion publique marocaine. Mais la tentation d’endommager gravement la réputation internationale de l’AMDH sera sans doute irrésistible, sans compter les bénéfices à escompter auprès d’Israël et de ses parrains occidentaux, ravis qu’un pays arabe ose faire ce que leur ordre constitutionnel interne leur interdit de faire. Tout comme Fouad Jarid, je crains que les tribunaux marocains exécutent cette basse manoeuvre.

Si les trois militants de l’AMDH sont poursuivis pour antisionisme, c’est le peuple marocain dans son écrasante majorité qui devrait l’être également. Il nous faut tous réagir contre cette manigance indigne.

PS: Un petit oubli de la part de Noam Nir: l’article 39 bis, qui semble être la base légale la plus probable de l’action pénale intentée contre les trois militants de l’AMDH, incrimine également le soutien à des crimes de guerre. Une traduction des différents posts de son blog, en hébreu, permettrait peut-être de mieux cerner sa vision des crimes de guerre commis par Israël en Palestine.

Liens:

– « Suite à l’affaire Noam Nir – AMDH: campagne de solidarité contre le sionisme à Essaouira » (Libération);

– « A l’AMDH nous sommes 12.000 antisionistes et 12000 militants contre l’antisémitisme« ;

– « Droits de l’Homme: L’AMDH accusée d’antisémitisme« ;

Simon Wiesenthal, une imposture?

Via le blog suédois Motbilder j’ai lu un billet  reprenant les révélations d’un récent ouvrage britannique – « Hunting Evil« , traduit en français sous le titre « La traque du mal » – écrit par le journaliste Guy Walters du Daily Telegraph, et qui est consacré à la traque des criminels de guerre nazis après la seconde guerre mondiale. La révélation la plus remarquable de cet ouvrage serait – je ne l’ai pas lu – le caractère mythomane de Simon Wiesenthal, le plus célèbre chasseur de nazis, fondateur du Simon Wiesenthal Center qui est passé de la traque des anciens criminels de guerre nazis à l’apologie d’Israël. Les sites antisémites et révisionnistes – attention si vous cherchez des liens vers ce livre: 80/90% mènent vers ce type de sites – s’en étaient faits l’écho auparavant, mais là c’est le fait d’un journaliste britannique qui n’est pas soupçonnable de complaisances coupables.

Guy Walters est très sévère:

In June 2009, British author Guy Walters published a book entitled Hunting Evil in which he characterised Wiesenthal as « a liar — and a bad one at that« . « He would concoct outrageous stories about his war years and make false claims about his academic careers. » Walters found that there were « so many inconsistencies between his three main memoirs and between those memoirs and contemporaneous documents it is impossible to establish a reliable narrative from them. Wiesenthal’s scant regard for truth makes it possible to doubt everything he ever wrote or said. » (Al Ahram Weekly)

Why so down on Simon Weisenthal?

Because he’s a liar. He’s just not this secular saint that everyone says he is. His memoirs all contradict each other and are at odds with the rest of the evidence. The Weisenthal Centre claims 1100 Nazi scalps, but the true figure is about 10. The Centre bought his name in the 1970s and is basically an Israeli brand builder fighting anti-Semitism. (Fivebooks.com)

Quelques exemples de ces mensonges:

  • Simon Wiesenthal aurait menti sur son rôle dans la traque couronnée de succès d’Adolf Eichmann: « The capture of Adolf Eichmann by Mossad agents in 1960 in Argentina is particularly well reconstructed in fine and page-turning detail, revealing that rather than being Wiesenthal’s greatest triumph, as he claimed, his very limited contribution was more of a hindrance than a help » (The Daily Telegraph);
  • Un détail mensonger: si dans la première de ses trois autobiographies il affirme avoir remis le dossier original qu’il détenait sur Eichmann à Yad Vashem, dans les deux suivantes il affirmait l’avoir conservé, selon Guy Walters (BBC);
  • Il aurait également menti sur ses diplômes universitaires – il n’en aurait pas: « Although most biographies — including that on the Simon Wiesenthal Center’s website — say he graduated, he did not complete his degree. Some biographies say he gained a diploma as an architectural engineer at Lvov polytechnic in Poland, but the Lvov state archives have no record of his having studied there and his name is absent from Poland’s pre-war catalogue of architects and builders. He claimed fraudulently throughout his life that he did have a diploma; his letterheads proudly display it. » (The Times);
  • Il aurait menti sur le nombre de criminels de guerre nazis qu’il aurait aidé à capturer, nombre plus proche de dix que des mille qu’il aimait citer (The Daily Telegraph);
  • Selon les versions, un certain Adolf Kohlrautz, civil allemand qui l’aurait sauvé, est mort en 1944 ou en 1945, ou l’aurait ou ne l’auait pas sauvé: « According to Wiesenthal, Kohlrautz was killed in the battle for Berlin in April 1945. He also told a biographer, however, that Kohlrautz was killed on the Russian front in 1944. And in an affidavit made in August 1954 about his wartime persecutions, he neglects to include the story at all. In both this document and in his testimony to the Americans in May 1945, he mentions Kohlrautz without saying the German saved his life. » (The Times);
  • Ses activités entre octobre 1943 et la mi-1944 sont perdues dans le brouillard de ses versions successives: « From this point in Wiesenthal’s war it is impossible to establish a reliable train of events. With at least four wildly different accounts of his activities between October 1943 and the middle of 1944 — including his alleged role as a partisan officer — serious questions must be raised » (The Times);
  • La façon dont il relate l’amputation d’un orteil en 1944 est invraisemblable: « Yet again, one of Wiesenthal’s “miracles” is open to doubt. First, the story appears in no other memoir or statement. Secondly, if the Red Cross really was inspecting Gross-Rosen that day, then the SS would have temporarily halted any executions. As it was, the Red Cross was not allowed access to concentration camps at that time. Thirdly, the medical consequences seem entirely implausible. » (The Times);
  • Son récit sur la libération du camp de Mauthausen où fut emmené est également invraisemblable: un orteil amputé, une jambe gangrénée, vivant avec une ration alimentaire de 200 calories par jour, il affirme cependant avoir eu la force de grimper sur un char étatsunien venu libérer le camp: « Mauthausen was liberated on May 5, 1945. Despite weighing just 100lb, Wiesenthal struggled outside to greet the American tanks. “I don’t know how I managed to get up and walk,” he recalled. If he was able to walk, his severely infected leg must have been cured during the previous three months by either amputation or antibiotics. We know the former did not take place, and the latter was emphatically not a common treatment for ailing Jews in Nazi concentration camps. Once again, it appears as though a miracle had taken place. » (The Times);
  • Il prétendait avoir été détenu dans 13 camps différents alors sa présence n’est confirmée que dans 6 camps(The Times);

Par la suite, Simon Wiesenthal en vint à fonder le centre portant son nom – Norman Finkelstein prétend même qu’il obtenait 90.000 $ annuellement en royalties pour laisser le Centre utiliser son nom (1). Ce centre allait fidèlement refléter son engagement politique: alors que lui-même avait activement pris part – pas pour son compte cependant – à l’entreprise d’émigration juive vers la Palestine à compter de 1947, ce centre fût sans dout plus efficace dans la dénonciation des critiques d’Israël tels le chancelier social-démocrate autrichien Bruno Kreisky, juif et ami personnel de Yasser Arafat ainsi que de la cause palestinienne – Kreisky le lui rendit bien en accusant Wiesenthal d’avoir été un informateur de la Gestapo durant la guerre sur la foi de documents polonais et soviétique – accusations qui valurent à Kreisky une condamnation pour diffamation. A ce soutien absolu à Israël s’ajoutait un parti-pris nettement pro-étatsunien: la néo-conne Jeane Kirkpatrick, ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU sous Reagan et défenseur farouche du terrorisme d’Etat étatsunien au Nicaragua (2), obtint le prix Humanitarian of the year award, décerné par le Centre Simon Wiesenthal en 1986, en dépit de fortes protestations (3). Sans compter une option politique résolument conservatrice: un autre lauréat du Humanitarian Laureate of the Year Award (2009) est ainsi le magnat de presse australien Rupert Murdoch.

Ces dernières années, le Centre Simon Wiesenthal se consacre principalement au Moyen-Orient, avec principalement la Palestine et l’Iran en ligne de mire – récemment, le Centre a cru bon de condamner l’évêque et prix Nobel de la paix sud-africain Desmond Tutu pour avoir soutenu le bycott commercial et économique d’Israël ou de tancer l’administration Obama pour sa brouille passagère avec Israël- ce qui nous emmène bien loin de Treblinka et Auschwitz. Cette confusion entre la lutte contre le nazisme et l’impunité des anciens criminels de guerre nazis d’une part et la question palestinienne d’autre part n’est pas isolée, puisqu’elle est également le fait de Yad Vashem, « The Holocaust Martyrs’ and Heroes Rememberance Authority » – ici par exemple:

Elements from the far right – xenophobes, neo-Nazis, and Holocaust deniers; elements from the far left – advocates of anti-Americanism, anti-globalization and anti-colonialism; elements from the radical pro-Palestinian camp; and adherents to radical Islam, all share the common bond of Jew hatred.

Le Centre Simon Wiesenthal s’est en plus spectaculairement planté à certaines occasions, y compris s’agissant de sa mission initiale, la traque de criminels de guerre nazis. Le débatteur et politicien suédois Andres Küng avait ainsi relevé en 2000 que sur 12 criminels de guerre nazis qui vivraient en Suède sans être inquiétés, selon le Centre Simon Wiesenthal, huit étaient morts, trois étaient des Baltes s’étant battus avec les Allemands désignés comme criminels de guerre dans des écrits de propagande soviétique des années 80 et un était innocent. Le plantage le plus spectaculaire demeure celui de Frank Walus, Polonais émigré aux Etats-Unis accusé à tort d’avoir collaboré avec la Gestapo dans le meurtre de douzaines de Polonais et de Juifs, avant de voir les poursuites pour crimes de guerre abandonnées par le ministère fédéral de la justice en l’absence de toute preuve concluante.

Tant la tendance à confondre le souvenir du génocide nazi et la défense tous azimuts d’Israël qu’un rapport difficile avec la vérité semblent rapprocher Simon Wiesenthal d’Elie Wiesel, prix Nobel de littérature et rescapé des camps d’extermination nazis (3), également lancé dans la sous-traitance de la politique étrangère israëlienne. Norman Finkelstein avait dénoncé son affairisme et ses parti-pris dans « The Holocaust industry« , tandis que pour Wiesenthal il a fallu attendre sa mort. Dans les deux cas, le respect naturellement dû au parcours individuel dramatique des intéressés – tous deux rescapés des camps d’extermination, le sentiment de culpabilité occidental autour du génocide nazi – qui anesthésie l’esprit critique – ainsi que leur poids médiatique, sans compter la crainte des sempiternelles accusations d’antisémitisme lancées contre quiconque se hasarderait à formuler des critiques contre deux symboles de la survie du peuple juif, tout cela a contribué à refroidir les ardeurs critiques.

C’est ainsi que l’ouvrage de Guy Walters, a été accueilli relativement positivement au Royaume-Uni (critiques élogieuses dans The Times et The Daily Telegraph) – et encore, vu le caractère explosif des révélations sur Wiesenthal, je suis étonné de ne pas avoir lu de recensions dans d’autres journaux que ceux où il écrit (Daily Telegraph) ou a écrit (The Times), comme The Guardian, The Independent ou la London Review of Books. Bien évidemment, le Centre Simon Wiesenthal, par le biais de son président, Efraim Zuroff, n’a pas apprécié mais sa critique est étonnamment modérée, en attendant peut-être de lancer l’artillerie lourde à l’occasion de la sortie de l’éditions étatsunienne du livre de Walters:

But Zuroff is scathing of Walters. “There may have been some inconsistencies in what Wiesenthal said but much of what Walters wrote was ridiculous. Certainly what he wrote about me was ridiculous. On top of that it’s a boring book.” (The Jewish Chronicle)

Fait notable, un article de Daniel Finkelstein – ancien collègue de Guy Walters – dans l’organe communautaire juif du Royaume-Uni, The Jewish Chronicle, soutient pleinement Walters:

Walters’s documentary evidence on Wiesenthal’s inconsistencies and lies is impeccable. He shows how the Nazi hunter’s accounts of his wartime experiences are contradictory and implausible. He demonstrates that he had no role, contrary to his own assertion, in the capture of Adolf Eichmann. He pitilessly dissects Wiesenthal’s overblown claims about the numbers he brought to justice, suggesting it was not much more than a handful.

When you read Hunting Evil, you know its author is telling the truth. And, above all — above everything — the truth matters. The truth however painful, the truth however embarrassing, the truth wherever it takes you. Jews can never be hurt by the truth about the Holocaust and must never fear it, never run away from it. (The Jewish Chronicle)

C’est également le cas de Ben Barkow, directeur de The Wiener Library, centre britannique de documentation du génocide nazi:

Ben Barkow, the director of the Wiener Library, the institution that my grandfather established to document the truth, has lent his voice to that of Walters, agreeing that a revaluation of Wiesenthal’s contribution was in order. Barkow argues that a nuanced view is possible. That accepting that Wiesenthal was a showman and a braggart and, yes, even a liar, can live alongside acknowledging the contribution he made. (The Jewish Chronicle)

Il faut néanmoins relever que Walters a du par avance se défendre de tout négationnisme ou antisémitisme:

We are left with the sense that perhaps some who noticed discrepancies in Wiesenthal’s books said nothing because they were afraid of being denounced as anti-Semites. (Mondoweiss)

C’est un peu différent en France: le livre a fait l’objet, pour sa sortie en français, outre une brève dans Le Figaro Magazine, d’un articulet typique du climat de débat concernant tout ce qui touche la communauté juive en France:

Polémique autour d’un chasseur de nazis – Simon Wiesenthal a-t-il menti?

Par Laurent Lemire

Le journaliste britannique Guy Walters s’en prend, dans son dernier ouvrage, à Simon Wiesenthal, l’incontournable traqueur d’anciens nazis. Laurent Lemire a jugé l’exercice périlleux dans un article du « Nouvel Obs ». Guy Walters lui répond.

Wiesenthal pourchassé
Pour traquer le mal, il faut être malin. C’est un peu ce qu’a oublié, ou voulu oublier, le journaliste britannique Guy Walters, qui prend le risque d’installer la confusion. Son enquête historique, précise mais pas nouvelle, s’attache à montrer la façon dont les bourreaux du IIIe Reich ont tenté d’échapper à la justice après la guerre et comment la traque des Eichmann, Mengele, Barbie ou Stangl s’est plus ou moins bien organisée.

Mais surtout, dans cette « Traque du mal » (Flammarion, 25 euros), l’auteur piste Simon Wiesenthal avec une constance qui vire à l’obsession : fausses études, faux diplôme d’architecte, fausse activité dans la Résistance, survie miraculeuse, oublis divers, etc. Tout n’aurait été dans la vie du plus célèbre chasseur de nazis que mensonges, supercherie et spectacle. Wiesenthal ne peut hélas apporter le moindre démenti. Il est mort en 2005.

L. L. (Nouvelobs.com)

Le procès de Wiesenthal

« Wiesenthal était un menteur, et un menteur maladroit. » C’est Guy Walters qui l’écrit. Ce journaliste britannique traque la vérité comme Simon Wiesenthal traquait les nazis. Dans son enquête serrée (1), il suit de près ceux qui ont tenté d’échapper à la justice, les Eichmann, Barbie, Mengele, Stangl ; mais aussi ceux qui les ont poursuivi sans relâche.

Parmi eux, il y a Wiesenthal, l’homme qui clamait avoir fait arrêter plus de mille nazis ? Certes, il y a des trous dans sa vie, des zones grises comme disait Primo Levi, des absences, des enjolivements. Il s’en était plus ou moins expliqué de son vivant. Décédé en 2005, il ne peut répondre à cette attaque qui vire quelquefois à l’obsession.

Bien sûr qu’il y eut des dissensions, des conflits d’intérêt et même des haines farouches parmi les chasseurs de nazis. Il y eut aussi des violences au sein de la Résistance. Si le rôle de l’historien est d’éclairer le passé, il doit aussi éviter toute confusion, tout amalgame, et se rappeler que la Résistance passe par la guerre tout comme la traque du mal passe par le fait d’être malin.

Guy Walters a pris un risque. Il le sait. « Certains trouveront peut-être que j’ai été avec lui d’une sévérité excessive, et que j’ai pris un risque en pouvant donner l’impression de donner du grain à moudre aux néo-nazis, négationnistes, antisémites de tout poil et autres illuminés – individus qui m’inspirent la répulsion que l’on peut imaginer. » Entre le camp des bourreaux et celui des victimes, devenues ou non chasseurs, la différence reste fondamentale.

Laurent LEMIRE (L’agitateur d’idées)

(1) La Traque du mal de Guy Walters, traduit de l’anglais par Christophe Magny et Jean-Pierre Ricard, Flammarion, 510 p., 25 €.

Guy Walters a répliqué, sur son site et sur celui du Nouvel Observateur:

Droit de réponse de Guy Walters :

« Perplexité et colère. Voilà ce que j’ai ressenti en prenant connaissance de l’article publié par « Le Nouvel Observateur », le 25 février 2010, au sujet de mon livre, « La Traque du mal », paru chez Flammarion en janvier.

Je sais bien que les journalistes qui consacrent une courte note à un ouvrage ne le lisent pas forcément de A à Z ; mais, en l’espèce, étant donné la distorsion que Laurent Lemire fait subir à ce que j’ai écrit, je suis bien obligé de penser qu’il ne l’a pas lu du tout, pour des raisons qui m’échappent.

Pour commencer, Laurent Lemire explique que mon livre n’apporte rien de neuf sur le sujet (la traque des nazis après la guerre). De toute évidence, il ne sait pas de quoi il parle. Ma mise en cause de l’existence même de l’organisation Odessa, le fait que les Britanniques ont utilisé un officier des Einsatzgruppe, Friedrich Buchardt, comme agent secret après 1945, l’aide que l’évêque Hudal a apportée à Franz Stangl lorsqu’il s’est réfugié à Rome : sur ces points comme sur de nombreux autres, j’apporte des éléments nouveaux, fondés sur un minutieux travail d’archives. Et je suis prêt à parier, allez, tous mes euros, que Laurent Lemire ignore à peu près tout de la manière dont les Français ont utilisé un officier SS qui s’appelait Károly Ney.

Ce qui semble contrarier au plus haut point Laurent Lemire, ce sont les développements que je consacre, dans ce livre, à Simon Wiesenthal. Une petite mise au point, d’abord. J’ai en horreur les négationnistes, antisémites et néo-nazis de tout poil ; mais le fait que ces gens-là puissent se réjouir de ce que j’ai découvert sur Wiesenthal doit-il pour autant m’empêcher d’en parler ? Selon moi, non : ce qui prime, c’est la recherche historique. Or je mets très volontiers à la disposition de Laurent Lemire l’ensemble des documents que j’ai réunis sur la question. Et c’est très simple : oui, Simon Wiesenthal était un menteur ; non, il n’a pas menti sur tout, comme Laurent Lemire prétend que je l’ai écrit, j’ai même dit formellement le contraire. Mais Wiesenthal n’a pas, comme il le prétend, permis l’arrestation de 1.100 nazis : le chiffre le plus vraisemblable se situe autour de 10. Et pour le reste, j’invite le lecteur à aller voir les choses de plus près dans mon livre, pour se faire sa propre opinion.

Le devoir de l’historien est d’être honnête. La vérité fait mal, parfois, tant pis si elle ne plaît pas à tout le monde. Si les historiens commençaient à s’en préoccuper, ils ne feraient plus de l’histoire, mais de la politique. Est-ce cela que nous voulons ?»

Guy Walters (traduction Hélène Casa) (Nouvelobs.com)

26/02 18:34 Guy Walters
Laurent

I don’t understand your point. Of course the truth is never black and white, but are you really saying that I should not write the truth about Wiesenthal? How does doing so possibly confuse things? The logical extension of your argument is that I should not write such things and therefore keep things the way they are – nice and simple! That is surely nonsense.

Besides, much of what I say did not come out during Wiesenthal’s lifetime, and if it did, it was only published by nasty Holocaust deniers. I think it’s vital that people without an agenda should be able to criticise.

And neither am I claiming any moral equivalence between the Nazis and their victims – all I am saying is that Wiesenthal is just as capable as lying as, say, Eichmann. Ironically, Eichmann’s memoirs are sometimes more truthful than those of Wiesenthal. (Furthermore, I see no reason why Wiesenthal had to lie about himself in order to hunt Nazis.)

These are uncomfortable things to consider, but it doesn’t change the moral positions of the two men. Instead, it gives us a more nuanced view, and if Simon Wiesenthal did ‘smart’ things during the war in order to survive, then that is far more revealing of human nature in wartime than the Hollywood version of Simon Wiesenthal that you would prefer to maintain.

Nobody on their own can present a definitive portrait of another person’s life, but my contribution is simply part of the mix. If you analysed Wiesenthal’s claims as closely as I did, you too would have been shocked. My shock comes through as anger, for which I make no apology.

What I do apologise for is my lack of good French, and I am sorry that my comments here are in English.

Amitiés!

Guy (L’agitateur d’idées)

French reaction to Hunting Evil

Now that La Traque du Mal has been out in France for exactly one month, it’s a good moment to compare the reactions of the French critics to those of the British. While my fellow countrymen, raised on a diet of tabloidal reputation busting, were remarkably relaxed about my pasting of Simon Wiesenthal, the French seem to be more worried about it. A typical observaton is that my attack is “obsessional (Michaël Prazan in Transfuge), which I don’t have an enormous issue with – it is certainly angry, I’ll admit.

However, what I object to are the lazy critics who have either not read my book, or refuse to acknowledge its findings for reasons of their own. The biggest culprit is Laurent Lemire in Le Nouvel Observateur, who claimed that my book had nothing new in it, that it created unnecessary confusion (huh?), and that I wrote that everything Wiesenthal said or did was mendacious. It’s stunning quite how many mistakes one can make in 138 words, but there you go. Thankfully, Le Nouvel Obs has given me space to reply, which you can have a look at here.

 UPDATE: Laurent Lemire has posted further comments on his website. Naturally, I’ve responded! (site de Guy Walters)

On ne peut pas dire que le journaliste du Nouvel Observateur, Laurent Lemire, ait modifié sa position – Walters a eu tort de troubler l’image médiatique de Simon Wiesenthal, et le travail de l’historien est de conforter les certitudes:

Je retourne volontiers à Guy Walters sa perplexité et sa colère. Perplexité sur un ouvrage très documenté certes, qui montre les dissensions, les conflits d’intérêts et même les haines farouches parmi les chasseurs de nazis, mais qui finit par introduire de la confusion ce qui n’est pas le rôle de l’historien, d’autant que Simon Wiesenthal n’est plus là pour répondre. Colère parce que, même pour une note, les journalistes lisent les livres intégralement. Avec le risque d’être déçus.

L.L. (Nouvelobs.com)

On notera ici ce qui est évident depuis quelques années en France (mais aussi ailleurs): il est devenu difficile de parler – du moins dans les médias dominants – de sujets liés à la communauté juive ou à Israël. Je ne parle pas ici du négationnisme, dont la France est la patrie d’origine semble-t-il (Paul Rassinier, Maurice Bardèche, Roger Garaudy et Robert Faurisson sont les parrains de cette sous-culture de l’antisémitisme), mais des critiques non-antisémites. L’appel au boycott d’Israël est criminalisé, et proclamer l’évidence, à savoir que certains intellectuels (Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy ou Alexandre Adler) ont un attachement d’origine communautaire à Israël, expose l’impétrant à l’accusation rituelle d’antisémitisme. Plus près de la question qui nous occupe, les ouvrages très critiques de Maurice Rajsfus – qui subit lui-même la persécution antisémite sous Vichy – sur les organes dirigeants de la communauté juive française en 1940-44 sont largement méconnus. Si on rajoute à cela la tradition française de biographies plus littéraires que factuelles, du moins par rapport aux bibliographies à l’anglo-saxonne (Jean Lacouture, un des meilleurs biorgaphes français, dit « Je serais honoré qu’un de mes livres soit taxé de biographie anglo-saxonne« ), on comprend que l’accueil fait à l’ouvrage de Walters ne serait pas enthousiaste en France.

La réaction de Laurent Lemire du Nouvel Observateur est caricaturale à cet égard:

  • le livre de Walters installe la confusion;
  • Walters est obsédé par Wiesenthal;
  • Walters attaque Wiesenthal après sa mort;
  • les infos de Walters ne sont pas nouvelles;
  • il prend un risque car il peut apporter l’eau au moulin des négationnistes;

La confusion? Comme le répond Walters – qui au passage est plutôt journaliste que historien, mais à l’anglo-saxonne, pas à la française – si la vérité est nuancée, complexe et paradoxale, et si l’historien ne doit pas introduire la confusion, la conclusion logique est alors que l’historien ne doit pas dire la vérité telle qu’il l’entend. L’obsession? Elle est à la mesure de l’image médiatique de Wiesenthal, synonyme de la traque des nazis pour le grand public. Pouvoir montrer qu’un tel personnage a menti sur de nombreux points de son histoire personnelle est évidemment justifié par l’intérêt public. Après la mort de Wiesenthal? C’est le propre des ouvrages d’histoire que d’apporter un éclairage critique sur des personnes mortes. Pas nouvelles, les infos sur les mensonges de Wiesenthal? Peut-être, mais ces infos étaient alors surtout diffusées dans les milieux antisémites. Un risque? Les négationnistes fonctionnent de manière assez détachée de la réalité historique: ils n’ont pas attendu Walters pour attaquer Wiesenthal ou démontrer que 2 et 2 font 5. Mais on comprend la crainte de Lemire, qui agit ainsi comme les gardiens de jardins publics empêchant les enfants de piétiner les pelouses: toute discussion critique d’éléments centraux du discours de la communauté juive institutionnalisée étant rendue périlleuse par l’usage dui chantage à l’antisémitisme, il s’agit de rappeler à l’ordre les impétrants, surtout dans le cas d’un étranger peu au fait des règles du jeu.

Mais la facade se fissure donc, ici grâce au livre de Walters. C’est ainsi que le journaliste français Luc Rosenzweig – qu’on ne peut taxer d’être fanatiquement hostile à Israël – exprime dans un article sur Causeur.fr son analyse du rôle de Simon Wiesenthal, qu’il a connu et cotoyé en tant que journaliste, d’une manière très directe:

Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que Wiesenthal était une figure bien commode pour les services israéliens, qui effectuaient discrètement les recherches et interventions attribuées au “chasseur de nazis” viennois. Sa notoriété mondiale était également utilisée par les dirigeants de l’Etat juif pour contrecarrer l’action d’un autre juif autrichien célèbre, le chancelier Bruno Kreisky, dont l’antisionisme viscéral était l’une des lignes directrice de sa politique étrangère. Les deux hommes se vouaient mutuellement une haine inextinguible. Il faut espérer que la seule chose qui les réunissait, leur incroyance au ciel ou à l’enfer, leur a épargné une cohabitation post mortem dans l’un ou l’autre de ces lieux. (Causeur.fr)

Quelle conclusion tirer de cette supercherie?

  1. Les victimes – en l’occurence, Simon Wiesenthal en tant que victime de l’antisémitisme nazi – ne sont pas toujours exemplaires. Cela n’enlève rien à leur qualité de victime ou à la réalité de leur persécution.
  2. Un menteur invéteré et manipulateur peut néanmoins faire oeuvre utile, même si l’utilité réelle sera moindre que celle alléguée par l’intéressé: à supposer que Simon Wiesenthal n’ait permis l’arrestation que d’une dizaine de criminels de guerre nazis au lieu du millier allégué par lui, c’est en tout cas un meilleur bilan que celui du gouvernement suédois – zéro criminel de guerre nazi arrêté et condamné.
  3. Un menteur n’est pas un monstre: Simon Wiesenthal fût une victime du génocide nazi, et avait des postions saines à certains égards – « Wiesenthal also drew fire for emphasizing that others besides Jews died in the gas chambers, which brought him into conflict with Elie Wiesel, who took the view that the Holocaust should be seen as an exclusively Jewish event« ;
  4. Par contre, le mensonge a un coût. Si le talent de Simon Wiesenthal en matière de relations publiques a eu un effet bénéfique sur la volonté politique de pourchasser les criminels de guerre nazis, ses mensonges sont bien évidemment du pain bénit pour les négationnistes – car, selon leur logique perverse, si Wiesenthal a menti sur les conditions de sa libération il peut avoir menti sur l’existence même des camps d’extermination. C’est bien évidemment absurde – peu de crimes de guerre et contre l’humanité sont aussi bien documentés que les crimes nazis – mais on aurait tort de sous-estimer le risque.
  5. On peut se demander si l’instrumentalisation des crimes passés pour justifier des crimes présents n’est pas aussi détestable que le négationnisme. Il est ainsi permis de préférer Maurice Rajsfus ou Marek Edelman à Simon Wiesenthal ou Elie Wiesel.
  6. Les victimes peuvent opprimer à leur tour: le Centre Simon Wiesenthal a ainsi obtenu le feu vert en 2008 de la justice israëlienne pour construire un Musée de la tolérance (!) sur le site d’un cimetière musulman dans la partie de Jérusalem occupée en 1967…

Lectures complémentaires:

– l’indéfatigable bloggeur étatsunien Phil Weiss, a publié sur l’indispensable Mondoweiss un billet de Lawrence Swaim, « Deconstructing Simon Wiesenthal« , sans compter deux posts – ici et ici – sur la construction d’un musée du Centre Simon Wiesenthal sur l’emplacement d’un cimetière musulman à Jérusalem-Est, c’est-à-dire dans les territoires occupés en 1967;

– le site Pratique de l’histoire et dévoiements négationnistes est à recommander sur la question négationniste, et notamment en démontant le fonctionnement de la pensée négationniste, par exemple ici, en « démontrant » que le débarquement en Normandie n’a jamais eu lieu (on pourrait ici souligner qu’au niveau de la démarche « intellectuelle », cela rappelle ceux qui prétendent que le 11 septembre n’a jamais eu lieu);

un extrait du livre de Guy Walters est accessible sur le site de ce dernier;

(1) Voir Norman Finkelstein, « The Holocaust industry: reflections on the exploitation of Jewish suffering« , Verso, London, 2003, p. 93. L’honnêteté pousse quand même à préciser que Finkelstein ne semble indiquer aucune source pour cette information. D’un autre côté, Wiesenthal n’a pas intenté d’action en diffamation.

(2) Les Etats-Unis sont l’un des rares pays à avoir été condamné pour activités terroristes par la Cour internationale de justice de La Haye dans l’affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci (Nicaragua c. États-Unis d’Amérique).

(3) Voir Norman Finkelstein, « The Holocaust industry: reflections on the exploitation of Jewish suffering« , Verso, London, 2003, p. 146.

Quarante années de crimes

Mansour Kikhia, opposant libyen "disparu" au Caire le 10 décembre 1993

Mansour Kikhia, opposant libyen "disparu" au Caire le 10 décembre 1993

Le colonel Kadhafi, qui a pris le pouvoir en Libye suite à un coup d’Etat le 1er septembre 1969 ayant renversé le roi Idriss I, est largement perçu à travers le monde arabe – et le monde tout court – comme un fou, amusant les galeries avec ses pitreries, y compris vestimentaires. Certes, trois organes de presse marocains («Al Massae», «Al Jarida Al Oula» et «Al Ahdath Al Maghribiya») condamnés à 3 millions de dirhams (270.000 euros) de dommages-intérêts ont sans doute quelques réserves à émettre, mais il est vrai que le spectacle de Kadhafi humiliant dignitaires et chefs d’Etat occidentaux peut être réjouissant à l’occasion.

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Pensez donc: voilà l’homme qui a ridiculisé médiatiquement Sarkozy cinq jours durant lors de sa visite officielle en 2007 (contestant que les droits de l’homme aient été évoqués par Sarkozy en dépit des protestations de ce dernier, et obtenant une véritable pluie d’avantages divers de son « ami » Sarkozy), celui qui a obtenu du gouvernement réactionnaire, xénophobe et partiellement post-fasciste de Silvio Berlusconi des excuses pour les indéniables crimes coloniaux italiens en Libye, et qui a réussi l’exploit au sujet de la libération d’Abdelbasat el Megrahi de semer la zizanie entre autorités écossaises et gouvernement britannique d’une part, et gouvernement britanniques et gouvernement étatsunien d’autre part. En comparaison avec les autres chefs d’Etat arabes (à l’exception éventuelle de Bashar al Asad), tous plus soumis les uns que les autres face aux puissances occidentales, Kadhafi peut jouer sur la fibre nationaliste arabe – enfin un chef d’Etat arabe qui tiendrait tête aux puissances occidentales.

C’est oublier les événements de ces six dernières années: suite à la ténébreuse affaire de Lockerbie, dont les tenants et les aboutissants ne sont absolument pas clairs (cf. le magistral résumé chez Lenin’s Tomb), et qui était plus que douteuse quant à la légalité des sanctions prises contre la Libye par le Conseil de sécurité de l’ONU (ce bref mais éclairant article de Hugh Stephens), la Libye a fait plus qu’amende honorable, se rapprochant très sensiblement des Etats-Unis au lendemain même de l’invasion de l’Irak, et renouant les relations diplomatiques en 2006, et esquissant même initialement quelques timides gestes envers Israël (le vice-président de la Knesset en 2004, l’Israëlien d’origine libyenne Moshe Kahlon, fût ainsi invité dans son pays natal par Kadhafi). Bien sûr, ce n’est l’amour du peuple libyen qui anime les puissances occidentales, mais le pétrole libyen et les opportunités d’affaires qu’il rend possibles en Libye:

When Col Gaddafi decided to turn a page on the past, he might have been partly driven by the need to attract foreign investment and expertise into Libya’s oil industry. But once this goal was achieved, and oil prices soared, he discovered that he could use his financial muscle to consolidate his new position.

Thus, moves in the US Congress last year to pass legislation that would sue Opec members for manipulating international oil prices immediately prompted Libya to threaten to cut its oil exports. Though neither the legislation nor the threat were likely to materialise, oil markets were shaken by the Libyan warning.

Furthermore when one of Col Gaddafi’s sons – Hannibal – was arrested in Switzerland last year on charges of assaulting a maid, Tripoli cut oil supplies to the Alpine state and withdrew $5bn from Swiss banks. Hannibal was released without charge.

The world economic crisis has further strengthened Tripoli’s hand. “There’s plenty of action in Libya,” says Oliver Miles, a former British ambassador in Libya and now the deputy chairman of the Libyan British Business Council. “It has accumulated a sizeable cash mountain and it needs everything, from food to services – it hardly produces anything other than oil and gas.”

The list of projects outside oil and gas is impressive: Tripoli is planning a range of new airports, ports and rail lines and wants to double electrical power capacity this decade, all of which requires foreign business involvement.

The government’s revenues are projected to fall by 40 per cent this year, because of lower oil prices, but the International Monetary Fund estimates net foreign exchange reserves, including investments by the Libyan Investment Authority, the newly founded sovereign wealth fund, will reach $147bn, up from $136bn in 2008.

Unlike many of its peers which have been reeling from financial losses, the LIA (with $65bn in assets) only recently started investing, turning itself into a favourite destination for investment bankers scrambling for new clients. (Financial Times, 31/8/2009)

Je passe sur les incohérences du Guide suprême de la révolution, son action africaine, et ses pitreries habituelles (sa proclamation en tant que Roi des Rois d’Afrique…) – sans compter ses encombrantes amitiés: ainsi, aux festivités de ses 40 années de pouvoir dictatorial, Kadhafi a invité Robert Mugabe et Omar Bashir, ce dernier sous le coup d’un mandat d’arrêt international délivré par la Cour pénale internationale. Mais tout cela occulte le caractère sanguinaire et violent de sa dictature, sans compter son soutien au terrorisme (même si Lockerbie ne semble pas être de son fait) et à l’antisémitisme (le psychopatholigique dissident marocain Ahmed Rami, vivant en Suède, et d’un antisémitisme maladif, a pu se louer de la générosité du Comité populaire – c’est ainsi que le Guide nomme ses ambassades – libyen à Stockholm). Sur ce dernier point, ce qui m’a frappé c’est non seulement qu’il a réussi à rendre la Libye Judenrein de son vivant, mais qu’il avait en plus fait détruire les cimetères juifs du pays en 1970:

It is an unavoidable duty of the city councils of Tripoli, Benghazi, Misurata, etc., to remove their [the Jews’] cemeteries immediately, and throw the bodies of their dead, which, even in their eternal rest, soil our country, into the depths of the sea. Where those dirty corpses are lying they should put buildings, parks, and roads. Only thus can the hatred of the Libyan Arab people toward the Jews be satiated

Le résultat a été radical:

The Jewish cemeteries have been leveled off and buildings were erected on them without giving the families the opportunity to remove the remains of their dead. These included four cemeteries in Tripoli, one in Benghazi, and sixteen in small towns.[86] This act by the Qadhafi regime forever erased the Jewish past from Libya. The same can be said for the seventy-eight synagogues that were turned into mosques or, as in the case of the Central Synagogue in Benghazi, a Coptic church. Sixty-four of them were destroyed-forty-four in Tripoli, three in Benghazi, and seventeen in small towns.[87]

Les Libyens qui sont restés au pays n’ont pas été plus chanceux, et les rapports sur la situation des droits de l’homme en Libye sont accablants. Un rapport d’Amnesty de 2004 – « Il est temps que les droits humains deviennent une réalité » – donne un tableau assez général, de même que celui tout récent de Human Rights Watch « Libya: rights at risk« , et on peut également se rappeler de la mort récente du prisonnier d’opinion Fathi el-Jahmi dans un hôpital jordanien peu de temps après avoir été libéré après cinq années dans une prison libyenne. Human Rights Watch a saisi l’occasion de ce triste jubilé pour demander au pouvoir libyen de respecter les droits de l’homme – « Mark anniversary by restoring rights« , où l’on apprend que les groupes politiques critiquant l’idéologie de la Révolution sont interdits, et l’adhésion à ces groupes punie de mort:

Libyan laws also severely restrict freedom of association. Law 71 bans any group activity opposing the ideology of the 1969 revolution, and the penal code imposes the death penalty on those who join those groups

L’ANHRI (Arabic Network for Human Rights Information) a quant à lui publié un rapport très critique, « The Long-Aged Dictatorship
40 Years of Qaddafi Rule in Libya
« , retraçant l’évolution de la Libye dans ce domaine.

S’il fallait donner un visage à l’oppression du régime de Kadhafi sur son propre peuple, ce serait celui de Mansour Kikhia, toutes proportions gardées le Mehdi Ben Barka libyen. Cet opposant au Guide, démocrate et fondateur de l’Arab Organisation for Human Rights, disparût le 10 décembre 1993, au Caire, en pleine conférence arabe sur les droits de l’homme:

Mansur al Kikhiya, militant des droits humains et secrétaire général de l’Alliance Nationale Libyenne, groupement d’opposition basé à l’étranger, a «disparu» au Caire, Egypte, en 1993. Il avait été membre du gouvernement libyen pendant un certain nombre d’années et avait démissionné en 1980 pour protester contre l’exécution, cette année-là, d’opposants politiques par les autorités libyennes. Avant sa «disparition», Mansur al Kikhiya participait à la Conférence Générale de l’Organisation Arabe des Droits de l’Homme au Caire ; il a été vu pour la dernière fois dans la soirée du 10 décembre 1993 à l’hôtel Al Safir.

Baha al Kikhiya, l’épouse de Mansur al Kikhiya, a déclaré à Amnesty International : «En tant que femme et en tant que mère, je dois vivre avec cette souffrance : ignorer où est mon mari, ne pas savoir s’il est toujours vivant. Mes enfants et moi, nous voulons simplement connaître la vérité, quelle qu’elle soit

En 2002 les autorités libyennes ont écrit à Amnesty International pour lui faire savoir qu’elles «avaient mené une série d’enquêtes en vue de découvrir l’endroit où se trouvait [Mansur al Kikhiya] mais que «sa disparition restait un mystère». Cette lettre émettait en outre l’hypothèse selon laquelle il pourrait avoir été «enlevé dans le cadre d’un règlement de conflits entre groupements en concurrence, ou dans le cadre d’une tactique orchestrée par des services secrets étrangers» (80). En février 2004 toutefois, Abd al Rahman Shalgam, secrétaire général du Comité Populaire Général pour les Affaires Etrangères et la Coopération Internationale, n’a pas été en mesure de fournir de précisions sur les enquêtes relatives à cette «disparition». (Amnesty International, « LIBYE: Il est temps que les droits humains deviennent une réalité« , 2004)

Un ami de Mansour Kikhia témoigne:

On a warm winter evening in Cairo — December 10, 1993 — I first experienced the shock of having someone I knew disappear.

That night, I was waiting for Mansour Kikhia, a journalistic source and friend who had served as Libya’s ambassador to the United Nations and as Muammar Gadhafi’s foreign minister before joining the opposition in exile.

We had agreed to meet after he had taken his evening stroll along the Nile River, and our meeting place was to be the bar at the Intercontinental Hotel, where we both planned to attend a human-rights conference the following day.

He never showed up.

Cell phones were rare back then, so I waited idly, calling his room over and over. By midnight, I had that feeling in my stomach that I had felt before while covering Middle East catastrophes.

Months later, on May 18, 1994, I published an interview in the New York Times with Kikhia’s wife, Bahaa al-Omary, about her struggle with the impossible thought of her husband’s abduction. In the interview, she said she had tried to meet with the two men involved — Mr. Mubarak, who would have had to sanction such an act, and Colonel Gadhafi, who would have had to order it.

Mr. Mubarak didn’t meet with her, but Colonel Gadhafi did, and the Libyan leader had had the temerity to assure her he was prepared to assume all expenses for her four children and herself, including the costs of housing, schooling, and medical care. « I said, ‘No way,' » she told me. « I will not sully … [my husband’s] integrity by accepting money from them. »

For the longest time, she had been silent, she said, thinking, « Maybe I am living in a dream. Maybe they are just groping for a way to let him go without a fuss. » It was not to be. When Kikhia was taken that evening, he was to be tortured and eventually killed. Think of all those who have and will continue to endure such horrible experiences: the children, the spouses, the parents.

Le Groupe de travail des Nations Unies sur les disparitions forcées ou involontaires a été saisi de son cas, sans résultat à ce jour, et le gouvernement libyen prétend toujours « enquêter ». Tout comme pour Mehdi ben Barka, le pays dans lequel il fût enlevé n’a guère fait preuve de zèle sur les circonstances de sa disparition, et les Etats-Unis – Mansour Kikhia résidait dans ce pays et était marié à une Etatsunienne – n’ont pas non plus débordé d’énergie pour apporter la paix de l’âme à sa veuve, Baha Kikhia. Un rapport de la CIA, présenté au président William Clinton, a indiqué que selon leurs sources, Kikhia aurait immédiatement emmené en Libye par ses ravisseurs puis assassiné en 1994:

The U.S. investigation concluded that Kikhia was taken to Libya immediately and killed in early 1994. One source said that there are indications in the CIA report that Kikhia’s body was buried in the Libyan desert.

Au lieu d’un jubilé de quarante années de « règne », c’est quarante jours de deuil qu’il faudrait faire.

Laila Lalami a également consacré un billet sur les droits de l’homme en Libye.

Il manque quelque chose à la checklist d’Isabelle Adjani

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Un nouveau film vient de sortir, « La journée de la jupe« . Ca faisait longtemps, mais Isabelle Adjani y tient le rôle principal – une enseignante quinquagénaire en jupe et bottes noires qui prend en otage ses élèves, des indigènesjeunes de banlieue. En lisant l’entretien qu’elle a accordé au Nouvel Observateur, j’ai mentalement coché la checklist applicable à ce type de sujet en France:

1- La laïcité – Isabelle Adjani est « une bombe humaine de la laïcité » – on imagine que seule une préoccupation trop grande du politiquement correct tariqoramadaniste a empêché d’utiliser le terme kamikaze.

Quelles sont les questions que soulève ce film ?
Isabelle Adjani: Il y en a énormément: le problème de la laïcité, de la mixité à l’école, le problème du sexisme qui peut exister dans les établissements pluriethniques, qui est imposé par les garçons et subi par les filles. Le film tente de faire comprendre que ni l’alibi sociologique ni l’alibi religieux n’ont à franchir le seuil de la classe. (La République des Lettres)

Isabelle Adjani: (…) On est dans une société en train de se désencombrer du bling-bling et de tous les artifices, et qui retrouve des valeurs plus authentiques…

Quelles « valeurs » ?
D’abord, la valeur de la laïcité. La laïcité, les problèmes de mixité à l’école, le sexisme, le sort réservé aux classes pluriethniques. Est-ce cela qui dérange? (…)

Pour vous, la laïcité est-elle en danger en France ?
Elle est tout le temps en danger. Elle est sans arrêt provoquée, elle est challengée. En général par des arguments fallacieux. Mais c’est, en même temps, un sujet très compliqué. On m’avait demandé, il y a cinq ans, de pétitionner contre le port du voile à l’école, ce que j’ai tout de suite fait. C’était une évidence, mais l’évidence humaine n’est pas, elle, si évidente que ça. Certaines jeunes filles vivent une ambivalence très compliquée entre l’école et la maison. Quelques-unes ont dû quitter l’école, ou se sont retrouvées en porte-à-faux par rapport à leurs parents, donc culpabilisées.(Le Parisien)

2- L’antisémitisme: « la tragi-comédie de l’enseignante et de sa classe de z’y-va blasphématoires («Occupe-toi de ton cul, vieille grosse»), misogynes ou antisémites« .

C’est la première fois, aussi, où l’on voit sur le grand écran une dénonciation nette et claire de l’antisémitisme vulgaire d’une partie de cette jeunesse làun antisémitisme jamais dénoncé par le « politiquement correct ». (juif.org)

3- L’intégrisme islamique et le voile:

N. O. – La modernité, c’est la jupe ou le pantalon ?
I. Adjani. – Ce fut le pantalon, c’est devenu la jupe. On est loin des acquis féministes. On est dans la nécessité de revenir à une féminité vivable. Féminine égale pute, c’est quand même embêtant. C’était inimaginable avant le phénomène de l’intégrisme islamique. Il est étrange que le pantalon soit vécu comme un voile. (Arts et spectacles)

4- Il faut pas se voiler la face, les tabous c’est pas bien et le politiquement correct ne m’enlèvera pas la liberté de penser:

Isabelle Adjani: C’est d’abord le défi, le challenge d’un rôle fort d’actrice. Et aussi ce traitement non consensuel et politiquement incorrect du sujet. (La République des Lettres)

Jean-Paul Lilienfeld: A vouloir se voiler la face, on laisse le terrain libre à ceux qui font un état des lieux et qui apportent des solutions racistes. (Afrik.com)

On m’empêchera d’ailleurs pas de penser que la réflexion portée par ce film est d’un modernisme et d’une complexité échevélés:

Isabelle Adjani: Le film tente de faire comprendre que ni l’alibi sociologique ni l’alibi religieux n’ont à franchir le seuil de la classe. Il s’interroge aussi sur la façon de faire comprendre à des jeunes qui ne se sentent pas valorisés que l’enseignement, c’est d’accepter une structure qui peut les construire. Il faut apprendre et ensuite s’exprimer. C’est un peu sévère ce que je dis mais ce n’est ni idéaliste, ni angélique, ni démagogique. (La République des Lettres)

Outre les intéressés, Le Figaro Magazine et des militants laïques sont du même avis – ce film est iconoclaste:

Retenez ce nom : Jean-Paul Lilienfeld. Ce réalisateur de 47 ans vient de briser l’un des plus grands tabous français du demi-siècle écoulé. Avec La Journée de la jupe, il bat en brèche l’angélisme avec lequel le cinéma français évoquait jusqu’à maintenant l’enseignement dans les collèges ou lycées difficiles (Le Plus beau métier du monde, Entre les murs, etc.) Bien sûr, on y voyait quelques figures professorales exaspérées par la violence et l’agressivité – verbales, principalement – des adolescents. Mais tout cela restait plutôt, c’est le cas de le dire, bon enfant et l’on se quittait bons amis. (Figaro Magazine)

« La journée de la jupe », le film qui pulvérise l’islamiquement correct
« La journée de la jupe » dénonce tout ce que nous disons depuis bientôt deux ans sur Riposte Laïque. Tout y passe, en vrac et en boucle : les chiennes de garde qui démolissent la féminité au nom du féminisme, le pédagogisme décervelant à la Bégaudeau et à la Darcos, les insultes sexistes, une ministre de l’Education nationale peureuse et prête à sacrifier médiatiquement et physiquement la victime expiatoire, les filles obligées de s’habiller comme des sacs à patates, l’accusation d’« islamophobie », la peur d’émeutes urbaines, la victimisation des coupables et la culpabilisation des victimes, l’irrespect envers les adultes, l’antisémitisme islamique et le racisme anti-blancs, l’école républicaine transformée en garderie et en « fabrique de crétins », l’hyper-violence, l’arabisation et l’appauvrissement de la langue française, l’éclatement des familles, le racket, les mots faux-culs comme « quartier sensible » ou « contexte », les professeurs qui baissent le pavillon jusqu’à se faire complice des voyous ou à se servir du Coran en classe pour les apaiser, le multiculturalisme, l’échec de l’intégration (et ne parlons même plus d’assimilation), le communautarisme ethnique, le mépris des valeurs laïques, les viols collectifs, les superstitions religieuses, le machisme abruti, la manipulation de l’opinion publique, le proviseur qui ne pense qu’à étouffer les problèmes de son établissement et qui accuse la victime d’être à la fois « catho coincée » et trop laïque (ultra-laïciste, comme on dit chez Kintzler et Fourest), l’affinité entre les islamistes algériens et les « sauvageons » de nos banlieues, le commerçant chinois qui fuit la cité parce qu’il a été victime de multiples braquages, les menaces de représailles, l’influence affligeante des séries télé et des reality shows, etc.(le blog Action républicaine)

5- Les méchants mâles arabo-musulmans – « petits caïds de banlieue«  et les femmes victimes (en dehors des bougnoules et des négrosbanlieues, les relations hommes et femmes sont bien évidemment harmonieuses et paritaires): « une dénonciation virulente du traitement des jeunes femmes dans les banlieues« .

Isabelle Adjani: Les garçons sont tentés de soumettre les filles à leurs propres lois. C’est d’une violence inouïe. Les jambes doivent être voilées sous un pantalon. La poitrine pose moins de problèmes sans doute parce qu’elle renvoie à la maternité. Quelle régression! Nous sommes assis sur une poudrière. (La Dépêche)

Elle dénonce l’archaïsme et la violence de leur système de valeurs. Les garçons, forcément virils, seraient tous des « bêtes de sexe », mais les filles, pour être dignes et respectées, devraient rester vierges jusqu’au mariage. Aussi l’apprentissage sexuel des garçons passerait-il souvent par le viol collectif, réunion virile et rituel initiatique pour les petits mâles des cités. (Critikat.com)

6- Lors du tournage comme dans le film et dans la réalité, les rapports entre la prof/actrice évoluéefrançaise d’origine maghrébine et les jeunesindigènes sont empreints d’égalitarisme et de réciprocité:

Quelle était la relation entre Isabelle Adjani et les jeunes sur le plateau ?

Jean-Paul Lilienfeld: On s’était mis d’accord sur le fait qu’elle devait garder une certaine distance avec les jeunes sur le plateau. Le premier jour, elle leur a bien expliqué que ce n’était pas du snobisme, mais bien un moyen d’éviter de copiner et de devenir trop familier, ce qui aurait pu se ressentir dans le jeu. Ce fût une bonne chose, car je pense qu’il n’y aurait pas eu cette distance naturelle autrement. (Filmsactu.com)

Comment s’est passé le tournage ?
Isabelle Adjani: Très bien parce qu’il n’y avait pas de confusion. Je suis arrivée devant eux comme leur prof de français et eux mes élèves. Je n’ai pas cherché à leur raconter qui j’étais dans ce métier parce que je ne voulais pas les déconcentrer. Je ne voulais pas non plus faire copain-copain parce que je pensais qu’il nous fallait d’abord nous concentrer pour faire du bon travail. (La République des Lettres)

Isabelle Adjani: Beaucoup d’élèves de lycées de banlieue sont orphelins d’une autorité dont le principe même a été battu en brèche. Quand ce sont les élèves qui demandent à leur professeur du respect, c’est le monde à l’envers, non ? (Figaro Magazine)

7- La langue arabe, c’est pas bien, le couscous, c’est bon:

N. O.- Votre deuxième prénom est Yasmina…
I. Adjani. – «Isabelle», c’était fait pour ne pas attirer l’attention. Mon frère se prénomme Eric Akim. Mon père venait d’une Algérie française. Il parlait français mieux que vous. Il ne parlait jamais arabe devant nous. Sauf l’accent allemand de ma mère, tout était fait pour qu’on soit français, même si cela n’empêchait pas mon père de cuisiner des plats traditionnels ou d’évoquer Constantine. En revanche, quand il écrivait à sa famille, j’ai découvert que, dans ces lettres, j’étais «Yasmina», jamais «Isabelle». (Nouvel Observateur)

Et les chiites, Isabelle/Yasmina, ils sont où dans tout ça les chiites?

ADDENDUM: Je m’en voudrais d’accabler la seule Isabelle/Yasmina. Le réalisateur du film lui-même est honteusement silencieux sur la menace libertifère que représente l’arme nucléaire iranienne pour les enseignantes en jupe d’Ile de France. Il dénonce à juste titre l’islamo-fascisme qui déferle sur les « jeunes des quartiers » – les caïds:

« J’ai eu envie de parler du durcissement des positions, du recul des relations garçons-filles« , explique le cinéaste. « Quels que soient les choix politiques ou religieux de chacun, il existe des valeurs de base indiscutables et intransgressibles« , ajoute-t-il.

Il raconte une scène dans lesquelles un indigènevieux monsieur marocain, reconnaissant, lui a exprimé sa reconnaissance pour sa mission civilisatricecinématographique:

Le plus beau compliment qu’on m’ai fait, c’était à Saint-Denis, où nous avons tourné. La salle était composée à 99, 9% de personnes noires et arabes. A la fin de la projection, un vieux monsieur marocain de 80 ans m’a dit, les larmes aux yeux : « Merci de parler de nous normalement ».

Il ironise finement sur la peur irraisonnée de la pourtant très réelle violence islamo-fasciste:

Et puis, il y a la peur irraisonnée. L’un d’entre eux a justifié son refus en disant : « Je n’ai pas envie que ma maison saute. » Comme s’il allait encourir je ne sais quelle fatwa en distribuant La Journée de la jupe…

Il rappelle des vérités cachées que les tchékistes du politiquement correct islamo-gauchiste tentent d’étouffer par tous moyens – il faut faire ses devoirs et avoir de bonnes notes, et si on veut on peut:

Par ailleurs, Sonia Bergerac le dit, quand on Noir ou Arabe, ce n’est pas facile, mais si on est en plus ignorant…

Même Marianne, qui dénonce pourtant le pouvoir théocratique musulman au sein de l’industrie française du cinéma, n’ose aborder de front la vraie menace:

« Ca », c’est la banlieue, les ghettos scolaires, le racisme, la religion, le machisme. Ca c’est ce qui pourrait se passer dans un lycée le jour où un(e) prof pètera un câble. (…) Toujours mieux que de continuer à se voiler la face. Ainsi, après avoir vu le film, Xavier Darcos aurait dit : « Mais l’éducation nationale, ce n’est pas ça ! ». Certes, faute de pouvoir montrer la réalité, c’est un concentré de réalités qui s’affiche à l’écran. L’ignorer, c’est encore pire.

Ne soyons toutefois pas trop sévère. Comme je l’ai déjà souligné, nous avons affaire à un briseur de tabous – (c) Sébastien Fontenelle – évoquant des phénomènes dont nul auparavant n’avait jamais oser parler au sujet des bougnoules et des négrosbanlieues – voile, viol, islam, immigrés, misogynie, drogue, racisme:

Ici, c’est nettement plus noir. Lilienfeld nous confronte à des mômes paumés, violents, et pour certains, des violeurs irrécupérables. Plus fort, il évoque – dans ce film refusé par tous les producteurs de cinéma – l’islam, la misogynie, la drogue, le racisme, le viol… On est dans du lourd et, à chaque fois, Lilienfeld s’en sort avec beaucoup de justesse. Avec une économie de moyen, sans pathos, Lilienfeld décrit juste l’enfer quotidien de la banlieue (quand une maman d’élève déclare : « Pourquoi on nous met tous ensemble comme des animaux ? », tu as tout compris), où les filles ne peuvent plus porter de jupes sous peine de se faire traiter de putes, où certains profs démagos débattent du coran avec les élèves, où des mômes de 15 ans ne pensent qu’au business… Des sujets tabous que Lilienfeld dégueule sur l’écran et qui transforment son petit thriller prévisible en un vrai film politique (avec le port du pantalon en métaphore du voile), d’une force invraisemblable en cette période tiède et morne. (Bakchich)

Et quelle consécration que de voir le plus briseur des briseur de tabous, le commentateur sportif Alain Finkielkraut, qui aime à compter les joueurs noirs en équipe de France, déclarer avec enthousiasme que le film est un événement politique historique, constituant la première fois que le discours anti-raciste est dénudé, révèlant la misogynie et l’antisémitisme d’une civilisation (je n’ai pas réussi à déterminer s’il  parlait de Byzance ou des Etrusques).

Il y a bien quelques irréductibles de la dictature de la bienpensance pour y trouver à redire:

Le Monde: Le problème, c’est que tout y est tellement simplifié, tellement cousu de fil blanc, qu’on a l’impression que le réalisateur prend a priori son public pour une classe à éduquer.

Et encore:

Chronicart: Pas fin pour un sou, le film de Jean-Paul Lilienfeld voudrait se glisser dans l’espace informe et mou entre ces deux positions également indigentes, il n’y trouve qu’une friche stérile, entre coups de pied au cul des caïds et caresses sur la joue meurtrie des petites princesses des cités. Alternant lourdement les points de vue, il fait match nul. (…) on ne sort pas d’une ambiance Julie Lescaut cheap.

Des fanatiques persiflent:

Critikat: La Journée de la jupe est un film démagogique et verbeux : vous n’échapperez à aucun poncif sur les jeunes de banlieue ! Tous les problèmes des cités, emplissant régulièrement les émissions de reportages, sont présentés à la chaîne. Bienvenue à Thoiry, où chaque individu est réduit à un stéréotype à la psychologie minimale : le petit caïd séducteur et grande gueule, le timide mal dans sa peau, la fille au physique peu enviable, la blédarde [2] au grand cœur

Des enseignants endoctrinés radotent:

Faut-il pour autant, par ce film, choisir arme à la main, de « karchériser » certaines de nos salles de classes? Sans RIEN proposer d’autre que la dénonciation d’une catégorie, de la stigmatisation récurrente. (…) La Journée de la Jupe, par ses défauts nombreux, est un film dangereux. Il tend la main aux plus réactionnaires. D’ailleurs, ceux-là ont saisi la balle (de revolver?) au bond pour faire de ce film un anti Entre les Murs, pour eux l’horreur pédagogique absolue! Ils tiennent leur oeuvre maîtresse! Or, ce film, La Journée de la Jupe, avec cette affiche-choc montrant une enseignante faisant cours une arme à la main, ne fait qu’ajouter au malaise évident qui règne dans les salles des professeurs de ces étabissements. Il n’apporte AUCUNE solution INTELLIGENTE! Pourtant, la très grande majorité de nos collègues, ne cautionne en aucun cas la « prise d’otages », même symbolique, pour parvenir à enseigner. Il existe d’autres voies, d’autres chemins.

Qu’on les montre! Qu’on les mette en lumière! Et qu’on en finisse avec les gros sabots de la démagogie sécuritaire, le revolver remplaçant la volonté d’inventer!

Et encore ici:

On voit bien quel miel les adorateurs de l’autorité perdue, celle qui devait s’appliquer sans jamais se discuter, auront l’impression d’y trouver. On voit aussi comment les défenseurs de l’identité nationale en péril seront tentés d’en appeler au même sursaut que celui de cette enseignante bafouée par ses élèves. Cela, d’ailleurs, a commencé, et le film – ce qui pourrait injustement nuire à sa réputation – est salué dans la blogosphère d’extrême droite comme une gifle à « l’angélisme béat multi-culturel ».

Et enfin, pour clore, un véritable déferlement de démagogie politiquement correcte:

Les élèves, noirs et arabes pour l’essentiel mis à part un petit rouquin arrogant, la méprisent ouvertement, et se comportent – le mot est employé à plusieurs reprises – comme «des sauvages». (…) Le regard qu’elle porte sur ses élèves est d’une incroyable agressivité. Elle moque leur prétention sexuelle: «ça parle que de sauter les filles et ça a pas un préservatif en poche!». Elle ricane: «le fric, les journaux people, la Star Ac, y a que ça qui vous intéresse!». Enfin, dans une scène hallucinante, elle leur explique qu’ils ne doivent surtout pas se voir comme des victimes, car leurs difficultés sociales ne sont pas une excuse… «Ne faites pas ça! Ne vous prenez pas pour des victimes!», répète-t-elle les larmes aux yeux, alors qu’elle les retient tous prisonniers grâce à une arme à feu! (…) Quiconque s’oppose à Sonia et à sa prise d’otages est représenté comme un imbécile (le principal, alias Jackie Berroyer), un lâche de gauche (le prof qui se laisse tabasser par les jeunes sous prétexte qu’il comprend leur malaise) ou un psychopathe dangereux (Bechet, le policier du Raid joué par Yann Collette). (…)

Une ligne de partage est également tracée entre bons et méchants à l’intérieur même de la classe. Les bons, ce sont ceux qui, après avoir vu le pistolet, acceptent d’écouter Madame Bergerac. Le méchant, c’est Mouss qui, malgré la menace, ne change pas d’attitude. Quel culot! Les autres peuvent être dressés, mais pas Mouss. Il cumule toutes les tares : violent, gangster, macho, antisémite, complice d’un viol, et enfin balance… On nous demande clairement à nous, spectateurs, de comprendre la prof qui braque ses élèves, mais surtout pas cet ado dangereux, cause profonde de tous les problèmes de la classe. C’est la bonne vieille technique du bouc émissaire. Il existe certainement quelque part en France un ado comme Mouss, macho, antisémite et criminel. Là n’est pas la question. Mais si c’était ce cas extrême, ce personnage singulier, qui intéressait Jean-Paul Lilienfeld, il aurait dû nous raconter le face-à-face de deux individus spécifiques – Sonia et Mouss -, pas les transformer en symbole, en faire l’affrontement de l’école laïque et du sauvageon de banlieue. En chargeant le personnage de grand Black fou furieux de représenter le danger de la cité, le film tombe dans un racisme impardonnable. (…)

Entendant la prof parler arabe, une élève lui demande: «Madame, pourquoi vous nous l’avez pas dit?». Et Madame Bergerac de répondre : «Parce que je suis prof de français!»

Que signifie cette scène au juste, cette sympathie soudaine de l’élève, sa question qui laisse supposer qu’une telle révélation aurait tout changé? Ainsi, si la prof leur avait révélé qu’elle était arabe, les élèves l’auraient écoutée? Ils auraient bien travaillé à l’école, appris le vrai nom de Molière sans pistolet sur la tempe? On comprend à ce moment précis ce que le film — peut-être à son corps défendant — finit par dire. Que ce qui se joue dans nos écoles de ZEP, c’est le clash des civilisations. Le personnage le plus tourné en ridicule du film n’est-il pas le prof qui amène le Coran en cours? Comme si le vrai affrontement n’est pas entre profs et élèves mais entre laïques et musulmans. Il y a là une vision grossière et fausse d’une réalité sociale complexe, un regard qui exclut et qui divise, caché sous les oripeaux flatteurs du film citoyen. (Slate.fr)

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