Le 20 février, une année plus tard

Le printemps arabe de 2011 – l’expression n’est pas nouvelle, puisque Jacques Benoist-Méchin, ancien collabo qui fut plus tard un survivant du coup d’Etat de Skhirat en 1971, avait déjà qualifié ainsi l’année 1958 dans un livre du même nom – n’est pas terminé: les transitions vont cahin-caha en Egypte, en Libye et en Tunisie, tandis qu’un statu quo indécis perdure au Yémen et que le régime baathiste syrien confirme de jour en jour le titre de l’ouvrage posthume de Michel Seurat – qui mourut au Liban après y avoir été pris en otage – "L’Etat de barbarie".

Au Maroc, par rapport au 20 février 2011, la différence formelle ou institutionnelle est mesurée: il n’a jamais été question de renverser le régime mais de transformer une monarchie absolutiste en monarchie parlementaire, et mettre fin à la corruption et à la paupérisation endémiques au Maroc. C’est dans cette optique, sous pression du climat encore fervent qui régnait en ce début du mois de mars 2011 que le Roi enclencha, par le biais de son discours du 9 mars, une riposte cantonnée au plan institutionnel, avec tout d’abord une réforme constitutionnelle entérinée par le plébiscite du 1er juillet et des élections législatives anticipées aboutissant à l’arrivée du PJD à la primature.

Il s’est agi d’un changement formel: la Constitution a été toilettée, mais sans toucher à la substance des prérogatives royales; des élections ont eu lieu et donné la victoire au PJD, mais ce parti a été domestiqué, du moins dans sa majorité. Les quelques mois qui se sont écoulés depuis l’arrivée à la primature d’Abdelillah Benkirane et la nomination de son gouvernement n’ont guère convaincu de la réalité du changement: sans mentionner la nomination de Fouad Ali el Himma en tant que conseiller du Roi, la mascarade de la nomination hors-la-loi de 28 ambassadeurs par le Roi, le maintien d’Aziz Akhennouch (ex-RNI et homme d’affaires proche du sérail) dans un gouvernement abandonné par son parti, le maintien de ministres de souveraineté (on notera la nomination, en tant que ministre délégué à l’intérieur, de l’ancien patron de la Sûreté nationale Charki Draïss), les procès pour délit d’opinion se sont succédés, et le correspondant d’El Pais au Maroc est dans le collimateur des autorités probablement pour un manque de flagornerie.

C’est ainsi que le rappeur membre du 20 février L7a9ed a été condamné à quatre mois de prison (soit la durée de sa détention préventive) pour une aggression imaginaire, deux condamnations à de la prison ferme (un an et trois ans) viennent d’être prononcées pour offense au Roi, les saisies de journaux se multiplient, et le journaliste le plus lu du Maroc – Rachid Nini – est toujours emprisonné, en dépit du souhait exprimé publiquement par le ministre de la justice de le voir en liberté. La liste des emplois publics – et notamment ceux à des postes stratégiques – encore réservés au Roi est particulièrement fastidieuse, et ne présage pas de changement substantiel dans la pratique makhzénienne de mainmise du Palais sur l’administration.

Mais il faut être honnête: ce ne sont pas ces péripéties institutionnelles ou en matière de libertés publiques qui affecteront véritablement le bilan que l’opinion publique marocaine sera amenée à porter sur ces quelques mois de changement allégué. Elle se prononcera plutôt sur le bilan tel qu’elle pourra le constater dans sa vie quotidienne – emploi, pouvoir d’achat, qualité des services publics (santé et éducation surtout), corruption. Et là, rien n’indique un changement notable dans ces domaines, beaucoup moins susceptibles à l’affichage de résultats rapides: la situation déjà désastreuse de la balance des paiements s’aggrave, et le déficit public se creuse, sous l’effet notamment des mesures coûteuses prises par les autorités en 2011 – augmentation des fonctionnaires, recrutement de diplômés-chômeurs, maintien de la compensation – afin d’acheter la paix sociale dans le contexte politique tendu du début 2011. Et les investissements directs étrangers chutent – l’Union européenne étant le premier partenaire économique et commercial du Maroc, il est évident que le contrecoup de la crise profonde et structurelle que traverse l’UE ne pourra qu’affecter le Maroc. La loi de finances 2012 n’étant toujours pas votée, rien ne permet encore de déterminer si le gouvernement Benkirane pourra faire beaucoup mieux que ses prédécesseurs, sachant de toute façon que le Palais contrôle là aussi des instruments non-négligeables: la Bank al Maghrib, les établissements publics, la SNI et les fondations royales sont en dehors du contrôle gouvernemental.

Face à ce constat peu optimiste, le mouvement du 20 février continue à manifester publiquement son refus du système autocratique. C’est sans doute sa persistance et sa contribution à une plus grande liberté de ton qui sont sa première qualité, car son bilan est maigre: le système institutionnel continue à marcher de manière à peu près identique à ce qui se faisait il y a un an – l’autoritarisme, le favoritisme et la corruption n’ont guère reculé – de manière plus importante, si les textes ont changé, la pratique demeure. Le champ politique est certes marqué par l’arrivée au "pouvoir" (terme impropre) du PJD, mais aucun parti d’envergure ne soutient le mouvement du 20 février (le boycott des élections par les partis qui lui sont proches ne contribue pas, il faut l’avouer, à renforcer l’assise politique du mouvement) – le PSU, le PADS et Annahj addimoqrati sont remarquables par leur militantisme de qualité mais limités par leur assise populaire. Seule une légalisation d’Al adl wal ihsan permettrait sans doute de bouleverser le système politique, mais pas forcément d’une manière uniquement positive. Le jeu institutionnel est pour l’instant totalement imperméable au mouvement du 20 février, et aucun changement n’est même intervenu au niveau des personnes les plus critiquées par l’opinion publique- Majidi et El Himma sont toujours là, au Palais.

La mobilisation populaire est quant à elle limitée (comme l’admet Karim Tazi) – si la persévérance du mouvement du 20 février force le respect, il est incontestable qu’il n’a pas franchi le palier numérique qui permettrait de troubler le jeu institutionnel, et le départ d’Al adl wal ihsan n’a pas vraiment renforcé le mouvement du 20 février. Les modes d’action sont confinés aux manifestations sur la voie publique, la coordination nationale est inexistante, et ce n’est pas de son côté – ses représentants l’affirment eux-mêmes – qu’il faut trouver des programmes ou propositions concrètes.

C’est du côté du mécontentement populaire, par le biais d’émeutes, que vient probablement le principal motif d’inquiétude du Palais: si ces émeutes ne touchent que la périphérie (Taza, Beni Mellal), comme c’est le cas au Maroc depuis 1990 (si on admet que Marrakech (1984) et Fès (1990) n’en font pas partie), l’exécrable conjoncture économique rend probable des troubles accentués au cours de l’année. Les émeutes ne font pas une révolution, mais le contexte de 2012 n’est pas celui de 1981 ou 1990.  Si quelqu’un peut affirmer avec certitude que le jeu institutionnel dans un an sera très différent, toutes mes félicitations – je vois une situation socio-économique qui s’aggrave et une situation politique stagnante, et j’espère me tromper sur ces deux plans.

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10 Réponses

  1. Oui, la situation économique ira en s’aggravant, et la situation politique stagnera tout simplement parceque le Maroc n’a pas encore entamé une révolution scientifique ou industrielle, ni que la vingt février a inauguré une révolution culturelle !

    Pour ceux qui ne l’ont pas encore compris, ou accépté, ou digéré.. que la Monarchie garde ses prérogatives ou pas, au Maroc, ce pays d’anarchie sociale, économique et culturelle, seuls quelques catégories et profils sont qualifiés pour s’adapter et réussir ;

    – les profils brillants qui malgrè tout décident de rester dans leur pays..car oui nous sommes un pays élitiste et seuls les profils brillants sont qualifiés aux postes de cadres supérieurs et fonctions prestigieuses dans le secteur privé ou public…et ce même avec ou sans piston..on ne pistonne pas un pont et chaussées qui traîne 15 à 25 ans ans d’expérience consistante..et dont la tête est mise à prix au Maroc et ailleurs qu’au maroc ! et les exemples sont nombreux.

    – les nantis…le Maroc n’a rien inventé ! depuis la nuit des temps, les riches sont riches pour le rester et perpétuer leur fortunes et leur lignées..enfin c’est pasd toujours garanti au Maroc !

    – les audacieux self made man, qui passent leur vie à se mettre des objectifs et les atteindre

    – et enfin, les voleurs, les corrompus, les opportunistes, les journalistes de pacotille, les "opposants" avec agenda chargé, et les gourous islamistes, fkihs et autres charlatans !

    Bien entendu, le reste qui compte 80% d’une population sous éduquée, devra se contenter de conditions de vie difficile, ou faire preuve d’audace et d’imagination pour s’en sortir on est pas le Koweit, ni le Qatar, ni les EAU…nous sommes un petit pays du maghreb qui compte 40 millions d’habitants, avec certainement un minimum de 10 millions d’expatriés avec et sans papiers à vivoter dans la quatre coins du globe, excéption faite des RME qui exercent des fonctions bien rémunérées, des professions libérales ou font tourner des business qui tienent la route.

    Prétendre que le 20 février possède la baguette magique pour résoudre les problèmes structurels, économiques et sociaux du Maroc est une hérésie auquelle n’adhère que les menteurs, les hypocrites et les aliénés mentaux ou marginaux qui poursuivent des rêves insensés…ou des gourous ; journalistes radicaux, islamistes radicaux, "opposants" radicaux, et autres charlatans et opportunistes radicaux qui à l’heure du printemps arabe se sentent vraiment poussés par les vents vers la gloire !!

    Ce mouvement du 20est l’expression de la colère populaire, de l’impuissance des couches sociales défavorisées à améliorer radicalement leur vécu et bien sûr, des jeunes à qui les parents et enseignants du Maroc entier ont menti déliberemment et induits en erreur ! "si vous allez à l’université, que vous deveniez ingénieurs, médecins, comptables ou simples licenciés, la porte du césame s’ouvrira à vous " !!! ça n’existe ni aux états unis, ni en Europe…mais oui, ça existe dans quelques pays du Golf dont la population ne dépasse pas 6 millions d’habitants ! Ce qui arrivera probablement au Maroc, c’est que les derniers équilibres structurels et socio économiques qui nous restent vont péter, déjà le peu de structures encore debout sont déjà squattés et menaçcent de s’écrouler à tout moment.

    la Monarchie cherche une issue honorable à ce "merdier" pour elle et ceux qu’elle protège…hériter de monarchie n’est pas une mince affaire au 21ème siècle après tout ! il y a des gens qui ont vecu sous son aile, et ceux qui ont "profité" de sa "clémence"… c’est humain après tout ! et surtout dans cette jungle ou des "févrièistes" ne rêvent que d’une chose, une kalach dans une main, et un lance rquette dans l’autre pour en finir avec tout ce qui ne colle pas à leur percéption du "peuple" !

    Dans cet enfer sur terre qu’est devenu le Maroc, il n’y a personne de sensé je crois qui voudrait prendre les rennes d’un pays balkanisé par autant d’irresponsabilité et de haine collective matérielle et sociale, sauf les candidats que sont les hypocrites, les opportunistes, les voleurs et les radicaux de tous poils !

    franchement !

  2. Excellent article de fonds sur le sujet. Tant qu’il existera une monarchie féodale, il n’y aura pas de changement au Maroc. Tous les indicateurs nous montrent que le Maroc est très loin d’arriver à un miracle économique ou social. Rien n’a été fait sous le règne kleptocratique du Régime de Mohammed VI.

  3. Comments toujours, vous, je vous vouvoie par respect, etes d’une lucidite remarquable.

  4. Merci pour cette rétrospective assez synthétique et fidèle.
    Malgré un bilan catastrophique, le changement a commencé dans notre pays et les gens commencent à ouvrir les yeux petit à petit, ce à quoi les cyniques et autres enragés ne pourront rien.

  5. Je ne comprends d’ailleurs pas comment est ce que des satellites (blogs, journaux electroniques) et des tribunes (journaleux) se disant associés au mouvement du 20 février cherchent a dissocier la situation économique du Maroc de la crise économique planétaire qui sévit ! et vouloir la relier presque exclusivement aux "dysfonctionnements" institutionnels et autres "déficits démocratiques" !! si c’est pas de la démagogie et de la manip de l’opinion en vrac alors c’est quoi ?!!!

    le Maroc à besoin de repenser son modèle politique certes, mais faut-il le faire à n’importe quel prix comme ce qui se passe aujourd’hui ?!! et puis le politique n’est qu’une base parmis d’autres au Maroc et non pas toute la base comme ça serait le cas de véritables dictatures ou de pays ravagés par la guerre ! ceux qui aujourd’hui prétendent que la Monarchie n’a rien fait que voler ce pays ressemblent fortement à des chiens errants et enragés, et ceux d’entre eux qui ont des tribunes politiques sont plus dangereux qu’une meute de hyènes qui ne survivent que de charogne !

    faut arrêter de nous enfoncer dans cette spirale de chiens galeux qui ont complètement détourné le peuple de ses véritables intérêts ! il faut que des gens cultivés et aimant leurs pays se soulèvent pour dire la vérité aux marocains, il faut rendre l’université payante, la privatiser totalement avec un cahier de charges très stricte et requalifier cette institution pour la rendre aux élites et accessible qu’aux plus méritants avec des bourses et subventions (au jeunes sans ressources) et tanpis pour les riches s’ils veulent que leur enfants y fassent de la figuration ! la scolarité devrait être gratuite uniquement jusqu’au secondaire, et focuser le financement de l’enseignement public sur les instituts de qualification technique et professionnelle post secondaires 2 a 3 ans max après le Bac. le maroc manque cruellement de techniciens dans tous les domaines, même dans l’administration ! plombiers, electriciens, mécanos, comptables, infirmières, peintres et je ne sais quoi ! il faut stopper l’université tout de suite au Maroc et demander à tous ceux qui poursuivent l’état pour les embaucher de se recycler et passer des concours strictes pour se qualifier aux emplois ! merde ! et puis il faut réglementer toutes les professions techniques et les petits entrepreneurs, les encadrer, les protéger comme travailleurs et les mettre à contribution aux impôts ! et puis il faut penser à subventionner enfin les PME et grandes entreprises qui créent de l’emploi valorisé et uniquement celles-là ! ce qu’on ne dit pas c’est que la SNI et l’ONA qu’on dit appartiennent au Roi ou à sa famille et qu’on accuse de voler le maroc emploie des milliers de cadres, d’ingénieurs, de techniciens, de fonctionnaires, dans des domaines qui vont des mines à la grande distribution et payent des milliards en impôts aux caisses de l’état ! assidi el hamdou allah qu’elle appartient au Roi alors ! et vivement qu’il la developpe et crée encore plus de jobs de valeur !

    c’est en cas bien mieux que les TPE qui appartienaient jadis ou continuent d’appartenir aux voyous des médias "indépendants" et qui ne payaient même pas leurs cotisations à la CNSS ! tous des voleurs qui ont et continuent de s’enrichir sur le dos du peuple non ?! il faut réglementer très strictement la profession de journaliste et l’entreprise médiatique en général, lui consacrer un volet jurisprudentiel complet à mon avis, et rendre le journaliste aussi responsable que le serait un médecin, un avocat comme toute profession fortement réglementée. même chose pour la liberté d’expression, interne etc, il faut rendre toute personne responsable de ses paroles et de ses actes ! n’est pas ainsi que font de plus en plus les pays dits "démocratiques" !?

    A un moment donné, il faut dire stop à cette anarchie ! il y a trop de vermine qui s’enrichit au maroc au détriment du peuple et de ses problèmes, politiciens, journaleux, fonctionnaires corrompus, rabins et curés islamistes…radicaux de tous poils etc sans aucune contrepartie et sans jamais résoudre ne serait-ce qu’une partie des problèmes, bien au contraire il font partie du problème et ne font que le rendre insoluble ! il faut les traquer, les juger et les mettre en taule ou dans les asiles psychiatriques ! moi perso je suis pour qu’on les fusille aussi sec que ça ! on les passe par les armes, et par groupes de centaines ! ils servent à rien ! ils veulent griller les étapes et s’enrichir au détriment des autres, quit à foutre le pays en l’air ! s’ils étaient bons à quelque chose, ils seraient entrain de faire des mouvement aussi tenaces que le 20 février pour lutter contre la drogue qui a détruit le quart du pays, la prostitution qui ronge les villes comme les campagnes et jette les femmes et les enfants dans la misère et la maladie …!

    et dire qui y’en a qui après chaque soirée super arrosée de "chaudsoleil" et autres spiritueux, joints, karkoubi et je ne ne sais quoi d’autre, dès qu’ils se reveillent le matin dans un état lamentable…ils trouvent rien d’autre a dire sauf " din mou, tout ça c’est sa faute, c’est le Roi qui en est la cause ! t’barkallah !

    Si la crise économique mondiale atteint le maroc dans ce qu’il a de plus précieux dans son économie c’est a dire ses exportations et ses entreprises, et que l’état ne trouve plus rien à collecter en impôts, c’est fonctionnaires et ménages super endettés qui vont trinquer en premier ! et les ménages super endéttés au Maroc sont l’unique ressource valable qui reste à l’économie marocaine ! à ce moment là, les journaleux de mes deux, les islamistes radicaux et les opposants de pacotille iront se faire subventionner chez les autres pour se maintenir à flot (les qataris peut être, al quaida, ou les gouvernements espagnols et US) ! quelle racaille ! et dire que c’est eux qui font la loi dans ce pays !

  6. Ce gouvernement barbu, semble être un très mauvais gestionnaire des crises et des émeutes aussi ( prise de position du ministre de la justice dans l’affaire du juge de tanger, menaces de Benkirane contre la presse électronique et écrite suite aux émeutes de Taza, la future loi de Khalfi contre les blogs, les réseaux sociaux et les sites web particuliers … ).

  7. [...] Le 20 février, une année plus tard « Ibn Kafka’s obiter dicta [...]

  8. Tu fais partie de ces citoyens (nombreux) frustrés par tant d’espoir déçu depuis la Révolution du Jasmin (en Tunisie) jusqu’à nos jours. L’amertume qui suinte de ta brillante analyse (sur le cas du Maroc) pourrait suggérer qu’à force d’immobilisme (politique) et de résignation (populaire) le train (des réformes indispensables) va encore (!) nous larguer sur le quai (de la médiocrité).Mais jusqu’à quand allons-nous subir cette humiliation? Nous sommes tous concernés par notre avenir: impliquons-nous!
    Je sais que, grâce à tes nombreux posts/analyses engagés, ton implication (pour un Maroc meilleur) n’est un secret pour personne, sauf que cette noble implication mérite, par les temps qui courent, un franc et massif soutien de la part d"autres intellectuels d’habitude plus prolixes (quand l’image du Maroc est écornée par quelque média étranger) mais dont le silence aujourd’hui est assourdissant au moment où le spectre de la Démocratie (dans le pays) s’éloigne de plus en plus…

  9. [...] IBN  KAFKA’S  OBITER  DICTA Le printemps arabe de 2011 – l’expression n’est pas nouvelle, puisque Jacques Benoist-Méchin, ancien collabo qui fut plus tard un survivant du coup d’Etat de Skhirat en 1971, avait déjà qualifié ainsi l’année 1958 dans un livre du même nom – n’est pas terminé: les transitions vont cahin-caha en Egypte, en Libye et en Tunisie, tandis qu’un statu quo indécis perdure au Yémen et que le régime baathiste syrien confirme de jour en jour le titre de l’ouvrage posthume de Michel Seurat – qui mourut au Liban après y avoir été pris en otage – “L’Etat de barbarie“.   Au Maroc, par rapport au 20 février 2011, la différence formelle ou institutionnelle est mesurée: il n’a jamais été question de renverser le régime mais de transformer une monarchie absolutiste en monarchie parlementaire, et mettre fin à la corruption et à la paupérisation endémiques au Maroc. C’est dans cette optique, sous pression du climat encore fervent qui régnait en ce début du mois de mars 2011 que le Roi enclencha, par le biais de son discours du 9 mars, une riposte cantonnée au plan institutionnel, avec tout d’abord une réforme constitutionnelle entérinée par le plébiscite du 1er juillet et des élections législatives anticipées aboutissant à l’arrivée du PJD à la primature.   Il s’est agi d’un changement formel: la Constitution a été toilettée, mais sans toucher à la substance des prérogatives royales; des élections ont eu lieu et donné la victoire au PJD, mais ce parti a été domestiqué, du moins dans sa majorité. Les quelques mois qui se sont écoulés depuis l’arrivée à la primature d’Abdelillah Benkirane et la nomination de son gouvernement n’ont guère convaincu de la réalité du changement: sans mentionner la nomination de Fouad Ali el Himma en tant que conseiller du Roi, la mascarade de la nomination hors-la-loi de 28 ambassadeurs par le Roi, le maintien d’Aziz Akhennouch (ex-RNI et homme d’affaires proche du sérail) dans un gouvernement abandonné par son parti, le maintien de ministres de souveraineté (on notera la nomination, en tant que ministre délégué à l’intérieur, de l’ancien patron de la Sûreté nationale Charki Draïss), les procès pour délit d’opinion se sont succédés, et le correspondant d’El Pais au Maroc est dans le collimateur des autorités probablement pour un manque de flagornerie.   C’est ainsi que le rappeur membre du 20 février L7a9ed a été condamné à quatre mois de prison (soit la durée de sa détention préventive) pour une aggression imaginaire, deux condamnations à de la prison ferme (un an et trois ans) viennent d’être prononcées pour offense au Roi, les saisies de journaux se multiplient, et le journaliste le plus lu du Maroc – Rachid Nini – est toujours emprisonné, en dépit du souhait exprimé publiquement par le ministre de la justice de le voir en liberté. La liste des emplois publics – et notamment ceux à des postes stratégiques – encore réservés au Roi est particulièrement fastidieuse, et ne présage pas de changement substantiel dans la pratique makhzénienne de mainmise du Palais sur l’administration.   Mais il faut être honnête: ce ne sont pas ces péripéties institutionnelles ou en matière de libertés publiques qui affecteront véritablement le bilan que l’opinion publique marocaine sera amenée à porter sur ces quelques mois de changement allégué. Elle se prononcera plutôt sur le bilan tel qu’elle pourra le constater dans sa vie quotidienne – emploi, pouvoir d’achat, qualité des services publics (santé et éducation surtout), corruption. Et là, rien n’indique un changement notable dans ces domaines, beaucoup moins susceptibles à l’affichage de résultats rapides: la situation déjà désastreuse de la balance des paiements s’aggrave, et le déficit public se creuse, sous l’effet notamment des mesures coûteuses prises par les autorités en 2011 – augmentation des fonctionnaires, recrutement de diplômés-chômeurs, maintien de la compensation – afin d’acheter la paix sociale dans le contexte politique tendu du début 2011. Et les investissements directs étrangers chutent – l’Union européenne étant le premier partenaire économique et commercial du Maroc, il est évident que le contrecoup de la crise profonde et structurelle que traverse l’UE ne pourra qu’affecter le Maroc. La loi de finances 2012 n’étant toujours pas votée, rien ne permet encore de déterminer si le gouvernement Benkirane pourra faire beaucoup mieux que ses prédécesseurs, sachant de toute façon que le Palais contrôle là aussi des instruments non-négligeables: la Bank al Maghrib, les établissements publics, la SNI et les fondations royales sont en dehors du contrôle gouvernemental.   Face à ce constat peu optimiste, le mouvement du 20 février continue à manifester publiquement son refus du système autocratique. C’est sans doute sa persistance et sa contribution à une plus grande liberté de ton qui sont sa première qualité, car son bilan est maigre: le système institutionnel continue à marcher de manière à peu près identique à ce qui se faisait il y a un an – l’autoritarisme, le favoritisme et la corruption n’ont guère reculé – de manière plus importante, si les textes ont changé, la pratique demeure. Le champ politique est certes marqué par l’arrivée au “pouvoir” (terme impropre) du PJD, mais aucun parti d’envergure ne soutient le mouvement du 20 février (le boycott des élections par les partis qui lui sont proches ne contribue pas, il faut l’avouer, à renforcer l’assise politique du mouvement) – le PSU, le PADS et Annahj addimoqrati sont remarquables par leur militantisme de qualité mais limités par leur assise populaire. Seule une légalisation d’Al adl wal ihsan permettrait sans doute de bouleverser le système politique, mais pas forcément d’une manière uniquement positive. Le jeu institutionnel est pour l’instant totalement imperméable au mouvement du 20 février, et aucun changement n’est même intervenu au niveau des personnes les plus critiquées par l’opinion publique- Majidi et El Himma sont toujours là, au Palais.   Lire la suite sur ibnkafkasobiterdicta.com [...]

  10. [...] Face à ce constat peu optimiste, le mouvement du 20 février continue à manifester publiquement son refus du système autocratique. C’est sans doute sa persistance et sa contribution à une plus grande liberté de ton qui sont sa première qualité, car son bilan est maigre: le système institutionnel continue à marcher de manière à peu près identique à ce qui se faisait il y a un an – l’autoritarisme, le favoritisme et la corruption n’ont guère reculé – de manière plus importante, si les textes ont changé, la pratique demeure. Le champ politique est certes marqué par l’arrivée au “pouvoir” (terme impropre) du PJD, mais aucun parti d’envergure ne soutient le mouvement du 20 février (le boycott des élections par les partis qui lui sont proches ne contribue pas, il faut l’avouer, à renforcer l’assise politique du mouvement) – le PSU, le PADS et Annahj addimoqrati sont remarquables par leur militantisme de qualité mais limités par leur assise populaire. Seule une légalisation d’Al adl wal ihsan permettrait sans doute de bouleverser le système politique, mais pas forcément d’une manière uniquement positive. Le jeu institutionnel est pour l’instant totalement imperméable au mouvement du 20 février, et aucun changement n’est même intervenu au niveau des personnes les plus critiquées par l’opinion publique- Majidi et El Himma sont toujours là, au Palais. Lire la suite sur ibnkafkasobiterdicta.com [...]

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