« What good has it done the Palestinians to recognise you? »

Sur Al Jazeera, un ancien ambassadeur israëlien à Washington, Zalman Shoval (Likoud), s’est fait reprendre en pleine volée par un professeur de sciences politiques irakien, Saad Naji Jawad, alors qu’il répétait le mensonge le plus courant dans la bouche des talking heads israëliens et pro-israëliens: « Hamas ne reconnaît pas Israël« . On sait que c’est faux: pas plus tard qu’en novembre 2008, Ismaïl Haniyeh a accepté le principe d’une reconnaissance d’Israël, de même que Khaled Meshaal à plusieurs reprises et dernièrement dans un entretien accordé à Alain Gresh du Monde diplomatique, et il a longtemps été clair que la question de la reconnaissance d’Israël – dans la perspective du Hamas -était d’ordre politique et tactique, pas idéologique, alors qu’Israël aurait tendance à instrumentaliser la question afin de justifier son refus de toute négociation et concession.

La réplique de Saad Naji Jawad était tout aussi fulgurante que parfaitement logique: « what good has it done the Palestinians to recognise you? » – « qu’est-ce que ça leur a rapporté que de vous reconnaître, aux Palestiniens?« . Si Mohamed Dahlan a peut-être tiré personnellement profit de cette reconnaissance, il est indéniable que du point de vue du peuple palestinien, et de la création d’un Etat palestinien, cette reconnaissance d’Israël matérialisée par le calamiteux processus d’Oslo a été désastreuse – la reconnaissance d’Israël doit faire partie de l’issue finale des négociations, pas des préalables. Abandonnant sa meilleure carte avant le début des négociations sur le fond, sur l’étendue et les modalités d’un Etat palestinien, le Fatah n’a pu que subir la poursuite de la colonisation et des tueries israëliennes.

Cette question devrait hanter les nuits et les jours d’Abou Mazen, après avoir rongé ceux de Yassir Arafat.

Une résolution pour rien, alors qu’Israël bombarde Gaza au phosphore blanc en pleine trève

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Pendant que je vois les images en direct d’Al Jazeera des bombardements israëliens de Gaza, avec des bombes au phosphore apparemment – selon les commentateurs – en pleine trève unilatérale apparemment, je trouve enfin le texte de la résolution qui vient d’être votée par le Conseil de sécurité. Par quatorze voix contre zéro et une abstention (Etats-Unis), le Conseil de sécurité des Nations-Unies a adopté la résolution n° 1860. En voici un extrait en anglais (pas de version française pour l’instant) reprenant les paragraphes opérationnels:

Resolution 1860 (2009) Adopted by 14 in Favour, Abstention by United States;
Also Calls for Unimpeded Humanitarian Assistance, Welcomes Egyptian Initiative

(…) 1. Stresses the urgency of and calls for an immediate, durable and fully respected ceasefire, leading to the full withdrawal of Israeli forces from Gaza;

2. Calls for the unimpeded provision and distribution throughout Gaza of humanitarian assistance, including of food, fuel and medical treatment;

3. Welcomes the initiatives aimed at creating and opening humanitarian corridors and other mechanisms for the sustained delivery of humanitarian aid;

4. Calls on Member States to support international efforts to alleviate the humanitarian and economic situation in Gaza, including through urgently needed additional contributions to UNRWA and through the Ad Hoc Liaison Committee;

5. Condemns all violence and hostilities directed against civilians and all acts of terrorism;

6. Calls upon Member States to intensify efforts to provide arrangements and guarantees in Gaza in order to sustain a durable ceasefire and calm, including to prevent illicit trafficking in arms and ammunition and to ensure the sustained re‑opening of the crossing points on the basis of the 2005 Agreement on Movement and Access between the Palestinian Authority and Israel; and in this regard, welcomes the Egyptian initiative, and other regional and international efforts that are under way;

7. Encourages tangible steps towards intra-Palestinian reconciliation including in support of mediation efforts of Egypt and the League of Arab States as expressed in the 26 November 2008 resolution, and consistent with Security Council resolution 1850 (2008) and other relevant resolutions;

8. Calls for renewed and urgent efforts by the parties and the international community to achieve a comprehensive peace based on the vision of a region where two democratic States, Israel and Palestine, live side by side in peace with secure and recognised borders, as envisaged in Security Council resolution 1850 (2008), and recalls also the importance of the Arab Peace Initiative;

9. Welcomes the Quartet’s consideration, in consultation with the parties, of an international meeting in Moscow in 2009

Réaction de Michel Abdel Massih, juriste, interviewé par Al Jazeera: « le mot-clé est l’adjectif immédiat – cessez-le-feu immédiat, qui figure dans le premier paragraphe 1 de la résolution. Israël a déjà violé la résolution 1860 en poursuivant sa guerre. Le paragraphe 5 condamne toute violence de la part de toutes les parties, et ne va pas assez loin car ignore les violations substantielles du droit international humanitaire. Ces violations audraient d’être mentionnées dans la résolution. La résolution peut être appliquée si la volonté politique existe, avec des sanctions à la clé. Cette résolution est contraignante. Mais il faut négocier avec le Hamas pour ne pas que la résolution ne soit percue comme étant partiale. Les roquettes du Hamas, criminelles? Le problème c’est la proportionnalité, leurs actes sont disproportionnés. Le Conseil de sécurité aurait pu saisir la Cour pénale internationale. Le bombardement des écoles de l’UNRWA sont un exemple de crimes internationaux, car une opération militaire résultant dans des morts de nombreux civils est criminelle même si la mort des civiles n’est pas l’objectif visé« .

Mouin Rabbani, de l’Institut d’études palestiniennes à Amman, toujours sur Al Jazeera: « les vues du Hamas n’ont pas été prises en compte. Pas d’appel au retrait immédiat et inconditionnel de Gaza, comme en 1978 et la résolution 425 relative au retrait immédiat des troupes israëliennes du Liban. Il n’y a pas de calendrier, contrairement à la résolution 1701 sur le Liban, pas de sanctions. L’abstention étatsunienne est un signal pour les Israëliens de ne pas y prêter attention et de continuer avec leur offensive. La situation est terrible mais peut empirer – l’attaque peut se poursuivre et viser le centre de Gaza. Cette résolution est difficilement acceptable pour le Hamas, qui n’a pas été consulté. Il aménera une escalade.« . Pendant qu’il dit ça sur Al Jazeera, des images en direct montrent des nuages blancs et noirs après des bombardements israëliens à Gaza, qui ont lieu alors même que la résolution a été adoptée. « L’Autorité palestinienne a été très affaiblié, je ne vois pas comment Abou Mazen pourra tirer profit de la crise. L’initiative égyptienne, en liaison avec l’initiative turque, se fait au moins en contact avec le Hamas« .

Riyad Maliki, ministre des affaires étrangères d’Abou Mazen, est étonné de l’abstention étatsunienne, soulignant que la résolution a été rédigée selon ses orientations.

Du côté israëlien, pas de surprise. L’ambassadeur israëlienne à Bruxelles, Tamar Catarivas-Samash, avait annoncé la couleur:

« Une trêve humanitaire permettrait au Hamas de se ressaisir. De plus, elle n’est pas nécessaire. (…)
– Des ONG jugent pourtant la situation humanitaire catastrophique…
– Cela fait partie de la guerre de propagande menée contre Israël. (…) nous ne laisserons personne, pas même l’ONU, nous arrêter avant d’avoir atteint notre objectif : mettre fin aux attaques terroristes sur le sud d’Israël. Et, dans la foulée, ramener le calme à Gaza, dont les habitants sont, eux aussi, les otages du Hamas ».

On peut pas dire qu’elle va à l’encontre des instructions de sa supérieure, qui a réagi de manière prévisible à l’adoption de la résolution 1860:

« Israel has acted, is acting, and will continue to act only according to its calculations, in the interest of the security of its citizens and its right to self defense »

Le meilleur commentaire est celui du président de l’assemblée générale de l’ONU (qui se réunit en session spéciale consacrée à la situation humanitaire en Palestine occupée sur demande de la Malaisie), Miguel d’Escoto Brockmann, prêtre et ancien ministre des affaires étrangères du Nicaragua, menacé de mort et déclaré persona non grata en Israël après avoir appelé au boycott d’Israël et déclaré l’absence d’existence d’un Etat palestinien le plus grand échec dans l’histoire de l’ONU (pas d’accord: je placerai le génocide rwandais en premier):

« Je ne supporte pas cette impuissance, nous trahissons le monde de la sorte. (…) Israël ne respecte pas les résolutions du Conseil de sécurité, on le sait, mais il pourrait tout de même respecter celles de l’Assemblée générale de l’ONU – après tout, il lui doit son existence, et pas beaucoup d’entre nous peuvent en dire autant« .

Et pendant ce temps, les bombardements continuent.

ADDENDUM: Voici le texte français de la résolution 1860.

L’Autorité palestinienne participe au combat

Qui a dit que l’Autorité palestinienne d’Abou Mazen était passive face à l’offensive israëlienne?
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A member of the Palestinian security forces (R) kicks a Palestinian stone-thrower, protesting Israel’s offensive in Gaza, in the West Bank town of Bethlehem January 8, 2009.

Voltes-faces, ou qui a dit que l’opinion publique n’existe pas?

Abdallah Abdallah, un dirigeant et député du Fatah en Cisjordanie, tient un discours unitaire. Il dément fermement que le Fatah serait prêt à rentrer dans Gaza sur les chars israëliens; il prétend qu’Israël ne souhaite pas que l’Autorité palestinienne (ce par quoi il faut entendre le Fatah) s’installe à Gaza. Ce n’est pas ce qu’ont dit les porte-paroles du gouvernement israëlien interviewés sur Al Jazeera, ni Ehud Barak lors de son discours hier. Et ce n’est pas conforme avec les premières réactions du Fatah au début de la guerre contre Gaza, qui, tout comme Israël, faisaient porter toute la responsabilité au Hamas.

Abdallah Abdallah a rajouté que les militants du Fatah à Gaza se battaient avec ceux du Hamas contre l’invasion, et que les Palestiniens tués en Cisjordanie ces derniers jours étaient tous des militants de Fatah.

Il y a eu ces derniers jours de nombreuses manifestations, y compris à Ramallah, fief du Fatah, appelant à l’unité et dénoncant sans aucune ambiguïté la guerre d’agression israëlienne. La révolte, en Palestine et même dans le reste du monde arabe, où Abou Mazen et ses complices arabes sont désormais ouvertement traités de supplétifs israëliens. L’influence des réactions de l’opinion palestinienne, arabe et mondiale est évidente. Il faut avoir entendu le sheikh Hamad de Bahreïn appeler à une action diplomatique arabe unifiée contre Israël, et critiquer l’Egypte, pour se rendre compte que les opportunistes les moins fermés aux choses de l’esprit sentent passer le vent du boulet.

Même le Jerusalem Post, proche du Likoud, reconnaît que les divisions sont fortes au sein du Fatah, où même des ministres du Fatah se sont révoltés:

Fatah: Let us help you fight Israel in Gaza
By KHALED ABU TOAMEH
RAMALLAH
Jerusalem Post Jan 2, 2009 0:11 | Updated Jan 3, 2009 2:13

Fatah operatives in the West Bank on Thursday criticized the Palestinian Authority leadership and accused its representatives of failing to take a « tough stance » against the current IDF military operation in the Gaza Strip.

One of them, Ziad Abu Ein, a deputy minister in the PA, called on Hamas to return the weapons it had confiscated from Fatah members in the Gaza Strip so they could help in fighting against the IDF during a ground offensive.

Abu Ein said Fatah had about 70,000 loyalists in the Gaza Strip, many of them former members of the PA security forces, who were prepared to repel an Israeli incursion.

Meanwhile, a senior aide to PA President Mahmoud Abbas launched a scathing attack on Hamas and accused it of being a puppet in the hands of Iran. He also denied allegations by Hamas and other Palestinians that Abbas was planning to return to the Gaza Strip « aboard an Israeli tank. »

Some Fatah representatives went as far as accusing the PA leaders of « collusion » with Israel to get rid of the Hamas government so they could return to the Gaza Strip.

The Fatah members, who spoke on condition of anonymity, pointed out that the PA leadership here had banned all forms of demonstrations in support of Hamas in the West Bank.

« They allowed people to demonstrate in the first two days, but then started cracking down on the demonstrators, » said a senior Fatah official. « You’re permitted to demonstrate only if you promise to refrain from voicing your support for Hamas. »

The Fatah official and some Palestinians told The Jerusalem Post that Abbas’s forces in some West Bank cities had forced merchants who were on strike to open their businesses. The strike was organized by various Palestinian factions in protest against the ongoing war in the Gaza Strip.

Another Fatah official said it was « ironic and sad » that people were demonstrating in Tokyo and London against the Israeli offensive while the PA was trying to halt such protests out of fear that they would turn into pro-Hamas rallies.

The criticism against Abbas and the PA leadership is a sign of growing divisions inside the ruling Fatah faction over how to relate to the anti-Hamas IDF campaign.

Senior Fatah members – including Marwan Barghouti, the top Fatah operative who is serving life terms in Israeli prison – are said to be « enraged » with the way Abbas is handling the conflict.

In messages to the PA leadership, some of the senior Fatah figures threatened to come out in public against Abbas unless he took « real » steps to exert pressure on Israel to halt the offensive. One of their primary demands was that Abbas suspend peace talks with Israel and stop security coordination with Israel and the clampdown on Hamas members in the West Bank.

Moreover, the Fatah officials demanded that Abbas release all Hamas detainees from his prisons and agree to the resumption of reconciliation talks with Hamas.

The Fatah officials are worried that the IDF operation will make their leaders appear as if they were collaborating with Israel. The Arab media has been full of unconfirmed reports suggesting that the main goal of the Israeli operation is to pave the way for the return of Abbas’s men to the Gaza Strip after they were kicked out in the summer of 2007.

On Thursday, the secretary-general of the Damascus-based Democratic Front for the Liberation of Palestine, Nayef Hawatmeh, joined Hamas in claiming that some Arab leaders, including Abbas, had apparently given Israel a green light to launch its attack.

While some Fatah members appeared to be unhappy with the IDF operation, others expressed hope that Israel would destroy Hamas.

« I have no sympathy for Hamas because of what they did to our Fatah brothers in the Gaza Strip, » said a Fatah activist in the nearby Al-Amari refugee camp. « They brought this disaster on themselves because of their crimes against our people. We will never forget what they did to us. »

Senior PA officials here strongly denied Hamas allegations that Abbas had established an emergency room to prepare for the return of his loyalists to the Gaza Strip after the collapse of the Hamas government.

Tayeb Abdel Rahim, a senior adviser to Abbas, accused Hamas of spreading « lies » and of incitement against the PA leadership. He admitted, however, that the PA had formed a special committee « to follow up on the situation in the Gaza Strip. »

The attack on Hamas was the fiercest by a top PA official since the beginning of the IDF operation. It came despite an order issued by Abbas earlier in the day banning PA and Fatah representatives from openly criticizing Hamas and Islamic Jihad.

« The Hamas leadership has disappeared, and someone needs to look after the Palestinians, » he said. « What’s wrong with the establishment of a committee to follow up on what’s happening in the Gaza Strip? Mahmoud Abbas is the president of all the Palestinians, and it’s his duty to follow up on the situation on all levels. »

Abdel Rahim denied allegations by Hamas that the PA was providing Israel with information about the whereabouts of Hamas leaders and the location of security installations.

« The information is coming from within Hamas’s ranks, » he charged. « Hamas has been infiltrated [by Israel]. »

He also denied that Fatah had set up special cells of its supporters in the Gaza Strip to help Israel get rid of Hamas and to prepare for the return of the PA.

The PA official accused Hamas of serving Iran’s agenda and of seeking to marginalize the role of Egypt, Saudi Arabia and other Arab countries in the region.

« Hamas is trying to turn this conflict into a card in the hands of the Iranians so that Teheran could later use it in negotiations with the Americans, » he said. « The Iranians want to appear as if they have influence in the region. »

Accusing the Hamas leaders of being « arrogant and political idiots, » Abdel Rahim said the Islamist movement did not believe that Israel would attack the Gaza Strip out of fear for the life of kidnapped IDF soldier Gilad Schalit and because of the upcoming general elections in Israel.

He also condemned Hamas Prime Minister Ismail Haniyeh for declaring that Hamas would not succumb even if the entire Gaza Strip were wiped out.

Les porte-paroles israëliens citent Abou Mazen et les gouvernements arabes à l’appui de leur propagande

Sur Al Jazeera, Osama Hamdan, porte-parole du Hamas à Beyrouth, a mélangé le meilleur – en indiquant la continuité de la violence israëlienne, qui a fait des centaines de mort avant la présente guerre contre Gaza, en soulignant la disparité entre la non-reconnaissance des droits palestiniens et l’exigence de la reconnaissance du droit d’Israël à exister – et le pire – la violence israëlienne est dans leurs gènes et dans leur sang. Ila fait les promesses habituelles d’apocalypse, dont on sait pertinemment que le Hamas n’a pas les moyens de réaliser. Ce n’est pas avec lui que le Hamas remportera des victoires médiatiques.

La meilleure prestation palestinienne, avec celle de Marwan Bishara à Washington en tant qu’analyste d’Al Jazeera, est celle de Mustafa Barghouti. Bishara a souligné que les agressions militaires israëliennes, en 1978, 1982, 1987 (la première intifada), 1996, 2000 ou 2006, n’ont rien résolu. La citation du jour est la sienne: « tous les pays du monde ont le droit de défendre leurs citoyens, mais aucun pays n’a le droit de défendre son occupation. Les Palestiniens ont droit de se défendre, mais pas en tirant des roquettes contre des cibles civiles ».

Barghouti, candidat malheureux contre Abou Mazen aux présidentielles de 2005, a également bien montré les incohérences et hypocrisies de la version israëlienne des faits, et ce en dépit d’une erreur factuelle initiale, lorsqu’il a dit que le bombardement de Gaza, un territoire qu’elle contrôle et qu’elle occupe, était sans précédent depuis la répression allemande de l’insurrection du ghetto de Varsovie – il y a hélas d’autres exemples, du Sri Lanka à la Tchétchénie en passant par le Congo et le Soudan. Il a très clairement montré la disparité des moyens, et surtout l’incohérence des exigences des alliés arabes et occidentaux d’Israël, qui exigent désormais « l’unité palestinienne » – autour d’Abou Mazen bien entendu… – alors qu’ils avaient appliqué ou accepté l’embargo israëlien contre Arafat de 2000 jusqu’à sa mort, alors même qu’il y avait alors une union nationale palestinienne entre les factions, du Hamas à Fatah en passant par le FPLP. Il a demandé qu’Abou Mazen cesse tout contact avec Israël, et indiqué que le problème fondamental n’est pas le terrorisme, mais la colonisation et l’occupation (bien évidemment, l’occupation de Gaza n’a jamais cessé, comme l’ont constaté ONU et Croix Rouge).

Les différents porte-paroles israëliens ont fourni une prestation assez amusante. Il y a tout d’abord la blondasse porte-parole de l’armée israëlienne, la major Avital Leibovich, en uniforme, et déclarant, en réponse à une question du journaliste d’Al Jazeera sur les victimes civiles à Gaza, « je suis une civile et je n’ai pas de roquette dans ma cave« …

Il y a eu ensuite deux porte-paroles – le premier, avec l’air avenant d’un commissaire politique de l’Armée rouge sous Staline, représentait je ne sais plus trop quel ministère. Le second, un australien à en croire son accent, représentait la primature israëlienne.

Alors que le premier disait que le fait que des roquettes touchent encore Israël n’affectait en rien le succès de l’opération, aux objectifs plus larges: l’éradication « des structures terroristes » du Hamas – en gros, sa destruction en tant que mouvement, avec sans doute la destruction de la moitié des Palestiniens ayant voté pour lui, le second porte-parole insistait au contraire pour dire que seule la fin des tirs de roquette était visée par la guerre contre Gaza. Le journaliste le lui a fait savoir, citant Ehud Barak qui a parlé d’un « changement significatif de la situation à Gaza« , sous-entendu le renversement et la fin du Hamas en tant qu’autorité – si ce terme est adéquat – publique palestinienne, et d’une opération sur le long terme. Je doute qu’une guerre terrestre qui durerait jusqu’aux élections législatives israëliennes de février fasse plaisir aux électeurs israëliens, qui préfèrent les massacres par bombardements aériens.

L’harmonie était cependant de retour lorsque les deux porte-paroles parlaient de la nécessité de voir revenir le Fatah au pouvoir à Gaza, et lorsqu’ils ont cité à l’appui de leurs dires sur la responsabilité du Hamas dans le déclenchement de la guerre tant Abou Mazen que les gouvernement arabes.

La machine à remonter le temps

Les mêmes noms qui étaient autour de Yassir Arafat au début des années 90, avec les négociations de Madrid, en passant par le calamiteux processus d’Oslo, sont toujours là aujourd’hui autour du Quisling palestinien, Abou Mazen. Je viens de voir Nabil Shaath se faire interviewer sur Al Jazeera, et ai vu récemment que Abou Alaa (alias Ahmed Qurei) était toujours présent, et Saëb Erakat n’est jamais loin. On ne change pas une équipe qui gagne. Nabil Shaath commencait à botter en touche, parlant de l’épouvantail Bush (comme si la CIA et le Pentagone ne financaient pas, n’armaient pas et ne formaient pas les milices de Fatah), implorant la Ligue arabe de se mettre d’accord (un moment d’humour un jour aussi sombre). La journaliste d’Al Jazeera ne l’a pas laisser ouvrir son robinet d’eau tiède.

Nabil Shaath n'a pas toujours nourri des sentiments ambivalents vis-à-vis de l'administration Bush

Nabil Shaath n'a pas toujours nourri des sentiments ambivalents vis-à-vis de l'administration Bush

Un autre moment de comédie a été quand Nabil Shaath a déclaré que Hamas n’étaient pas les seuls à résister et qu’Abou Mazen résistait lui aussi.

Barack Obama a enfin trouvé des musulmans avec qui il accepte d’être pris en photo

Vous vous rappelez du meeting de campagne de Barack Obama où deux filles voilées avaient été empêchées de prendre place derrière le pupitre de Barack Obama, afin d’empêcher qu’elles apparaissent sur les photos officielles du meeting. Barack Obama avait dû s’en excuser auprès des deux électrices concernées.

Je suis heureux néanmoins d’informer son important fan club marocain que Barack Obama a accepté de poser auprès de deux musulmans lors de son récent voyage au Moyen-Orient – « Obama finally found a Muslim with whom he’s willing to be photographed« , comme l’écrit la percutante chroniqueuse « libérale » (au sens étatsunien du terme) du New York Times, Maureen Dowd.

Tout d’abord, le mari de cheikha Ghania, a.k.a. « the Playstation King« , le roi Abdallah II de Jordanie, qui lui a fait montre de ses talents d’homme civilisé en le conduisant lui-même à l’aéroport.

Ensuite, Abou Mazen (tout commentaire superflu).

Ah, ça fait plaisir, non?

« Siniora is so much an instrument of US and Saudi policy that he should be provided a federal judgeship to retire to… »

Ce n’est pas un islamo-gauchiste marocain accro à Al Jazira, Tariq Ramadan et Rachid Nini qui écrit ça mais un colonel de l’US Marine Corps et du Defense Intelligence Agency, le bloggeur Pat Lang de Sic Semper Tyrannis, qui réagit à une chronique du New York Times:

It is increasingly clear that David Brooks is not an editorial columnist. He is a propagandist for the hard right in this country and in Israel. « Implacable enemies? » « ..an armed assault on the democratic government of Lebanon? » Brooks is not a stupid man. He knows very well that the various Lebanese factions are engaged in a struggle over re-alignment of power in the government that has been in progress for most of a year. He knows that Hizbullah, Amal, the Aounis and others all hold seats in the parliament and are for that reason, in fact, part of the « government of Lebanon » that he writes of just as members of Congress are part of the government here. He knows exceedingly well that todays’s « terrorists » are often tomorrow’s rulers, (Kenyatta, Begin, Shamir, etc) He knows very well that his factional allies in the Bush Administration and in Israel favor the Siniora Cabinet in Beirut because they are supremely biddable and useful tools. Siniora is so much an instrument of US and Saudi policy that he should be provided a federal judgeship to retire to when when he is finally ejected from office. (Maybe Guam would be a good place. That was suggested for Thieu long ago)

« Implacable terrorist. » I suppose that is what the British called Menachem Begin and Begin’s hero Michael Collins before they became heads of government.

La ministre israëlienne des affaires étrangères a apporté son soutien au gouvernement Siniora:

Vice Prime Minister and Minister of Foreign Affairs Tzipi Livni said that « Lebanon exemplifies a country where the moderates are growing weaker as Iran attempts to gain control with the aid of an armed militia, and to destabilize the region at the same time. Israel expects all countries of the world who share its values to demonstrate decisiveness in their opposition to extremism ».

La presse israëlienne fait la comparaison entre Fouad Siniora et Abou Mazen, qui n’est sans doute pas flatteuse pour le premier:

Throughout the week it was possible to hear the wails of the losers, among them Prime Minister Fuad Siniora who, in lacerative rhetoric, described Hezbollah as « insurrectionists, » exactly the same word Palestinian President Mahmoud Abbas uses to describe Hamas. « They have stabbed democracy in the back »

Car rappelez-vous la révélationtardive certes – de Vanity Fair, preuves à l’appui:

After failing to anticipate Hamas’s victory over Fatah in the 2006 Palestinian election, the White House cooked up yet another scandalously covert and self-defeating Middle East debacle: part Iran-contra, part Bay of Pigs. With confidential documents, corroborated by outraged former and current U.S. officials, David Rose reveals how President Bush, Condoleezza Rice, and Deputy National-Security Adviser Elliott Abrams backed an armed force under Fatah strongman Muhammad Dahlan, touching off a bloody civil war in Gaza and leaving Hamas stronger than ever.

Ce stratagème étatsunien, rappelant la Baie des Cochons, a choqué même un néo-con pro-israëlien (redondance!) de l’administration Bush, David Wurmser, qui a démissionné pour cette raison:

Within the Bush administration, the Palestinian policy set off a furious debate. One of its critics is David Wurmser, the avowed neoconservative, who resigned as Vice President Dick Cheney’s chief Middle East adviser in July 2007, a month after the Gaza coup.

Wurmser accuses the Bush administration of “engaging in a dirty war in an effort to provide a corrupt dictatorship [led by Abbas] with victory.” He believes that Hamas had no intention of taking Gaza until Fatah forced its hand. “It looks to me that what happened wasn’t so much a coup by Hamas but an attempted coup by Fatah that was pre-empted before it could happen,” Wurmser says.

The botched plan has rendered the dream of Middle East peace more remote than ever, but what really galls neocons such as Wurmser is the hypocrisy it exposed. “There is a stunning disconnect between the president’s call for Middle East democracy and this policy,” he says. “It directly contradicts it.”

Mohamed Dahlan, l’homme fort du régime d’Abou Mazen – fidèle allié d’Israël et des Etats-Unis – ne nie pas farouchement l’imputation d’être proche des services étatsuniens:

Dahlan worked closely with the F.B.I. and the C.I.A., and he developed a warm relationship with Director of Central Intelligence George Tenet, a Clinton appointee who stayed on under Bush until July 2004. “He’s simply a great and fair man,” Dahlan says. “I’m still in touch with him from time to time.”

Soyons honnêtes tout de même: si Dahlan n’est pas insensible aux souhaits des services étatsuniens, le président palestinien Abou Mazen ne l’est guère plus:

Washington reacted with dismay when Abbas began holding talks with Hamas in the hope of establishing a “unity government.” On October 4, 2006, Rice traveled to Ramallah to see Abbas. They met at the Muqata, the new presidential headquarters that rose from the ruins of Arafat’s compound, which Israel had destroyed in 2002.

America’s leverage in Palestinian affairs was much stronger than it had been in Arafat’s time. Abbas had never had a strong, independent base, and he desperately needed to restore the flow of foreign aid—and, with it, his power of patronage. He also knew that he could not stand up to Hamas without Washington’s help.

At their joint press conference, Rice smiled as she expressed her nation’s “great admiration” for Abbas’s leadership. Behind closed doors, however, Rice’s tone was sharper, say officials who witnessed their meeting. Isolating Hamas just wasn’t working, she reportedly told Abbas, and America expected him to dissolve the Haniyeh government as soon as possible and hold fresh elections.

Abbas, one official says, agreed to take action within two weeks. It happened to be Ramadan, the month when Muslims fast during daylight hours. With dusk approaching, Abbas asked Rice to join him for iftar—a snack to break the fast.

Afterward, according to the official, Rice underlined her position: “So we’re agreed? You’ll dissolve the government within two weeks?”

“Maybe not two weeks. Give me a month. Let’s wait until after the Eid,” he said, referring to the three-day celebration that marks the end of Ramadan. (Abbas’s spokesman said via e-mail: “According to our records, this is incorrect.”)

Et l’alignement d’Abou Mazen n’est pas que platonique, comme le révèle dans un autre article la journaliste Helena Cobban:

Throughout late 2006 and 2007, the Hamas leaders had to deal with the growing military challenge that Fateh was posing, with Washington’s encouragement, to their strongholds in Gaza. In April 2007 a Jordanian paper leaked details of a plan whereby hundreds of U.S.-armed and U.S.-trained Fateh units who had been sent to Gaza under the guise of “upgrading the Palestinian security forces” would seize control. Hamas pre-empted the plan’s implementation. In five days of brutal fighting, Hamas fighters routed the newly deployed Fateh forces from the Strip. Many Fateh fighters defected to Hamas. Some were killed. The Israelis finally allowed the battered Fateh remnants to transit Israel and regroup in the West Bank. In Ramallah a badly piqued President Abbas announced the dissolution of the Hamas-led government and its replacement with a “technocratic” government led by long-time U.S. ally Fayyad.

La Maison Blanche n’était pas en mesure de nier les allégations spécifiques contenues dans le reportage de David Rose publié par Vanity Fair, se contentant de dénégations générales et abstraites.

Et le Liban dans tout ça? Figurez-vous que le reporter vétéran Seymour Hersh, du New Yorker, avait lui révélé en 2007 déjà le soutien officiel et clandestin de l’administration Bush pour le gouvernement Siniora:

The focus of the U.S.-Saudi relationship, after Iran, is Lebanon, where the Saudis have been deeply involved in efforts by the Administration to support the Lebanese government. Prime Minister Fouad Siniora is struggling to stay in power against a persistent opposition led by Hezbollah, the Shiite organization, and its leader, Sheikh Hassan Nasrallah. (…)

The Bush Administration has publicly pledged the Siniora government a billion dollars in aid since last summer. A donors’ conference in Paris, in January, which the U.S. helped organize, yielded pledges of almost eight billion more, including a promise of more than a billion from the Saudis. The American pledge includes more than two hundred million dollars in military aid, and forty million dollars for internal security.

The United States has also given clandestine support to the Siniora government, according to the former senior intelligence official and the U.S. government consultant. “We are in a program to enhance the Sunni capability to resist Shiite influence, and we’re spreading the money around as much as we can,” the former senior intelligence official said. The problem was that such money “always gets in more pockets than you think it will,” he said. “In this process, we’re financing a lot of bad guys with some serious potential unintended consequences. We don’t have the ability to determine and get pay vouchers signed by the people we like and avoid the people we don’t like. It’s a very high-risk venture.”

American, European, and Arab officials I spoke to told me that the Siniora government and its allies had allowed some aid to end up in the hands of emerging Sunni radical groups in northern Lebanon, the Bekaa Valley, and around Palestinian refugee camps in the south. These groups, though small, are seen as a buffer to Hezbollah; at the same time, their ideological ties are with Al Qaeda. (…)

Alastair Crooke, who spent nearly thirty years in MI6, the British intelligence service, and now works for Conflicts Forum, a think tank in Beirut, told me, “The Lebanese government is opening space for these people to come in. It could be very dangerous.” Crooke said that one Sunni extremist group, Fatah al-Islam, had splintered from its pro-Syrian parent group, Fatah al-Intifada, in the Nahr al-Bared refugee camp, in northern Lebanon. Its membership at the time was less than two hundred. “I was told that within twenty-four hours they were being offered weapons and money by people presenting themselves as representatives of the Lebanese government’s interests—presumably to take on Hezbollah,” Crooke said.

A part ça, les événéments récents au Liban concernaient la rebéllion d’extrémistes islamistes armés contre un gouvernement légitime démocratiquement élu…

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